Pie XII ne parle pas du péché, mais du crime (ou plutôt du délit, au sens canonique du terme)
Je ne crois pas que le terme
scelus "crime" "délit" a ici le sens canonique de
delictum.
Le Pape, si je ne me trompe, oppose le caractère même extrêmement peccamineux d'un acte (et pour cela il parle de
scelus), mais qui ne soit pas hérésie, schisme ou apostasie (et qui par conséquent ne fait pas perdre l'appartenance à l'Église) à hérésie, schisme ou apostasie qui, eux, font perdre l'appartenance à l'Église. Mais le pape ne précise pas, sans doute à dessein, s'il s'agit d'hérésie etc. publique ou occulte.
Il s'agirait ici de réfuter l'erreur e.a. hussite que l'Église n'est composée que des justes (voir ce qui précède :
neque existimandum est Ecclesiae corpus ... ex membris tantummodo sanctitate praestantibus constare).
Puisque Pie XII parle de crime, il faut exclure l'hérésie occulte per se. Reste l'hérésie occulte per accidens.
À mon avis le
occultum per se constitue aussi un péché, tout comme le
occultum per accidens (et, bien sûr, le péché notoire). Tout délit est péché, mais pas tout péché est délit. La seule différence entre
occultum per se et
occultum per accidens seraient éventuellement les conséquences canoniques, mais moralement cela revient au même.
Notre droit canon (can. 2197) distingue encore
occultum materialiter (si lateat delictum ipsum) et
occultum formaliter (si lateat eiusdem imputabilitas).
L'hérésie formelle, conçue et tenue mentalement et jamais exprimée, donc votre, suivant Cajétan,
occultum per se, est forcément un péché mortel qui fait perdre la grâce sanctifiante et coupe l'âme de Dieu. Cajetan dit:
Haereticus in mente est perfecte haereticus (ad IIam-IIae, q. 11, a.3, p. 100 du tome 8 de la Léonine).
Si elle ne fait pas perdre l'appartenance (externe) à l'Église avant d'être exprimée (pour adopter la
sententia communior), et n'est donc pas un
delictum dans le sens canonique et punissable d'une censure, elle n'en demeure pas moins un
scelus dans l'ordre moral.
Scelus est un terme moral.
Enfin, voici,
quidquid hoc qualecumque, quelques ruminations déjà bien nocturnes de ma part.
Et merci à vous et les autres contribuants de permettre l'approfondissement de ce "noeud théologique complexe" (Marco Antonio), bien intéressant.