Remerciements et compléments par N.M. 2013-02-19 09:13:33 |
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Marco Antonio, je vous remercie pour votre message.
Malheureusement, je n'ai pas appris la langue de Dante. Je vous saurais gré de bien vouloir nous en livrer une traduction... même (et surtout ?) si ce que je crois cependant deviner me semble digne d'être nuancé.
Pour ce qui regarde les cardinaux, tous ne purent participer au premier conclave de 1378, soit parce qu'ils se trouvaient encore en Avignon, soit parce qu'ils étaient en légation. Mais de tous les cardinaux présents au conclave seul le vieux cardinal Tebaldeschi reconnut Urbain VI jusqu'à sa mort (avant même l'élection de Clément VII, si j'ai bonne mémoire).
Le 24 juin 1378, les cardinaux Robert de Genève et Pedro de Luna (futurs Clément VII et Benoît XIII) rejoignent les onze à Anagni. Les onze en question, ce sont dix des seize cardinaux qui ont participé au conclave + le cardinal Jean de la Grange, de retour de France entre-temps.
Le 5 août, les cardinaux Brossano, Orsini et Corsini ont rejoint les treize à Anagni. Les treize procèdentà la dénonciation publique solennelle de l'élection d'Urbain VI en date du 9 août. Les trois Italiens y souscrivent le 15. A cette date, seize cardinaux contestent publiquement la papauté d'Urbain VI, parmi lesquels quinze des conclavistes d'avril (quinze sur seize).
Ultérieurement, le 20 septembre à Fondi, les trois Italiens s'abstiendront lors de l'élection de Robert de Genève (Clément VII). Ils continueront un temps à contester l'une et l'autre élection, et à ne reconnaître aucun pape, même si leurs sympathies sont plutôt "clémentistes". Evidemment, chaque obédience essayera de les rallier à sa cause.
Je suis comme vous, je trouve que Noël Valois analyse bien la démarche des seize. Mais peut-on dire que les doutes, contradictions et "retards à l'allumage" des cardinaux plaident nécessairement contre eux et contre la validité de leur démarche ? Ne peut-on pas envisager qu'ils aient été, dans ce premier temps, à la fois conscients des déficiences de l'élection, agités de scrupules (tel semble le cas avec Pedro de Luna, compulsant frénétiquement toutes les sources canoniques possibles), tétanisés par l'agitation proprement révolutionnaire régnant à Rome (une réalité négligée par les historiens "urbanistes"), courtisans également et attachés à leurs intérêts propres, mais soucieux aussi de trouver un arrangement avec Urbain VI avant d'en arriver à des mesures en effet extrêmes et dommageables à l'unité de l'Eglise militante ?
Et pour ma part j'accorde aussi un certain crédit à la circonspection dont firent preuve les membres de la curie demeurés en Avignon ainsi que les maîtres de Sorbonne.
Dès qu'Avignon apprit la nouvelle de l'élection des 8-9 avril, le palais des papes reconnut Urbain VI sans difficulté. Dès que les circonstances de l'élection furent connues, on se tint sur ses gardes. Il en fut pareillment, mais plus tardivement (compte tenu des distances) à la Sorbonne et à la cour de France (et sans doute ai-je eu tort d'écrire de manière générale que les princes eurent connaissance en même temps de l'élections et des doutes regardant cette dernière - Mea culpa). C'est pour ça que les premières lettres publiques des princes, et notamment des rois de France, de Castille, de Navarre et d'Aragon, ou de la reine de Naples (tous futur "clémentistes" - ou "indifférentistes", pour Pierre IV d'Aragon) n'ont pas forcément la valeur que Moroni veut leur donner.
"En juin [1378], l'Université de Paris décide assez normalement d'envoyer au nouveau pape le rôle de suppliques qu'elle aurait envoyé à Grégoire XI, mais les maîtres chargés d'aller le porter à Rome passent par Avignon et y recueillent de tels jugements que la plupart s'en tiennent là. Le seul qui pousse jusqu'à Rome ne tardera pas à rejoindre les cardinaux rebelles à Anagni. A Paris, l'Université décide de ne pas prendre position, ce qui est pour le moins inusité au lendemain d'une élection pontificale : d'ordinaire, une fois le pape élu, on ne se demande pas s'il y a lieu d'adopter une attitude."
Jean Favier, Les papes d'Avignon, éd. Fayard, 2006, p. 560.
"A Paris, les maîtres ont longtemps hésité. Fortement admonestés par un Charles V qu'exaspérait leur propension à discuter à perte de vue, quelques membres des trois nations [regroupements des maîtres et des étudiants selon leur origine] de France, de Normandie et de Picardie se sont prononcées en mai 1379 pour Clément VII. Il s'en fallait cependant pour qu'on pût espérer un accord général. Les grandes voix se partageaient et, si la plupart s'en tenaient à la temporisation, le théologien hessois Heinrich von Langenstein, qui allait être le conseiller d'Albert d'Autriche, ne se gêna pas pour défendre devant ses collègues parisiens la légitimité d'Urbain VI en arguant que les mouvements de la rue romaine ne pouvaient avoir infléchi le choix d'un conclave à l'abri de ses murs. [En sens contraire : Nicolas de Saint-Saturnin]
[...]
"Lors de la fête annuelle qu'était en juin à Saint-Denis l'arrivée des étudiants venus faire à la foire du Lendit leur provision de parchemin, le fervent partisan de Clément VII qu'était l'évêque de Paris Aimeryc de Maignac fut assez fortement chahuté. Maignac tenta un coup de force : en juillet 1381, il révoqua le chancelier, nomma un clémentiste convaincu, Jean Blanchard, et désigna de nouveaux examinateurs pour la maîtrise ès arts.
[...]
"Les temporisateurs ont perdu : attendre engendrait le désordre. Prendre le parti opposé à celui du gouvernement [des oncles du jeune Charles VI] était irréaliste : on voyait mal un pape reconnu dans tout le royaume de France, étant exceptée la rive gauche de la capitale. D'ailleurs la majorité penchait déjà par principe pour celui qui passait pour le successeur des papes d'Avignon que les maîtres avaient bien connus et dont ils avaient souvent eu la faveur.
[...]
"Le 26 février 1383, l'Université votait l'adhésion à Clément VII.
"Les dégâts ne se firent pas attendre. On vit partir pour Heidelberg, pour Cologne ou pour Prague des étudiants et des maîtres qui ne reviendraient jamais. Même les Aragonais s'en tinrent à une certaine prudence envers Paris. Des Anglais profitèrent de ce que le roi Richard II ne leur interdisait pas Paris afin de suivre les leçons de la rue du Fouarre mais ils continuèrent de reconnaître par-devers eux le pape de Rome plutôt que celui d'Avignon."
Jean Favier, Pierre Cauchon, éd. Fayard, 2010, pp. 138-140.
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