Poursuivons par Cluny 2026-09-21 15:04:03 |
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Le week-end étant achevé, je me remets au travail sur notre sujet.
Merci tout d’abord de votre réponse.
Ce que dit Lumen Gentium : "Mais le dessein de Salut concerne aussi ceux qui adorent le créateur, surtout les Musulmans qui, professant avoir la Foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, juge des hommes au dernier jour. »
Ce que dit Nostra Aetate : « L’Eglise regarde aussi avec estime les Musulmans qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant , miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. »
Tout d’abord, cette expression « adorent avec nous » va beaucoup plus loin que les autres textes. Grégoire VII dit même le contraire. « Nous croyons et confessons un seul Dieu, quoique de manière différente, que nous louons et vénérons chaque jour comme créateur des siècles et gouverneur de ce monde. » D’une part Grégoire VII s’adresse à un musulman (Al-Nazir) et peut fort bien se livrer à une captatio bene volantiae, et d’autre part, personne ne nie que les Musulmans confessent un seul Dieu. Ce texte de Grégoire VII, bien que cité par le Concile comme argument d’autorité, a très peu à voir avec lui.
Nostra Aetate va encore plus loin en disant qu’ils lui rendent un culte. En outre, à quoi servent leurs aumônes, leurs prières et leur jeûne ? Sauf à présupposer qu’ils aient la grâce sanctifiante et la Foi surnaturelle (ce qui peut arriver individuellement mais malgré leur religion et non grâce à elle), comment peuvent-ils avoir la Charité ? Or, selon St Paul, « quand je donnerais tous mes bien aux pauvres, si je n’ai pas la Charité, je ne suis qu’une cymbale retentissante ».
Enfin, s’ils professent effectivement avoir la Foi d’Abraham, il est peu probable qu’ils l’aient, sans reconnaître la venue du Messie.
A noter quand-même aussi que la version de 1912 du catéchisme de St Pie X a supprimé la mention « tout en admettant l’unique vrai Dieu », présente dans celle de 1905 que vous citez, même si cela n’indique pas forcément un changement de doctrine évidemment.
La question qui nous intéresse est donc : comment peut-on concilier ces extraits (Suarez, St Pie X) avec ceux-ci :
Saint Thomas (Somme théologique, Iia-IIae, q.10, a.3 :
« Par une fausse connaissance de Dieu, l’homme ne s’approche pas de Lui mais s’en sépare. Il n’est pas non plus possible à qui a de Dieu une fausse opinion de le connaître en aucune manière, car l’objet de son opinion n’est pas Dieu. » (Certes St Thomas ne traite pas ici des Musulmans mais ils parle bien de ceux qui ont une fausse idée de Dieu).
Saint Cyprien : « Le Père n’est pas glorifié si le Fils n’est pas glorifié »
Saint Augustin : « Comment peux-tu honorer celui qui envoie, lorsque tu blasphème celui qu’il a envoyé ? » (il s’agit ici des Juifs).
Et comment concilier ces textes avec le symbole de St Athanase et surtout avec les paroles bien connues : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14,6) et « Celui qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé » (Jean 5, 23).?
Jésus ne dit pas « Vous devez aussi m’adorer », ce qui permettrait de pouvoir dire que les Musulmans ont effectivement une adoration imparfaite de Dieu. Mais ce qui est écrit est « Nul ne vient au Père que par moi ».
Si l’on prend le terme « adorer Dieu » au sens de l’adoration chrétienne du Père, il est totalement impossible de dire que les Musulmans adorent Dieu avec les chrétiens . C’est en tout cas particulièrement ambigüe, encore une fois. Et comme toutes celles de ce Concile, beaucoup se sont empressés de sauter dessus.
Donc pour essayer de répondre à la question : un acte d’adoration peut-il être objectivement dirigé vers le vrai Dieu alors que celui qui l’accomplit se trompe gravement sur l’identité et la nature de Dieu ?, je crois qu’on peut essayer de dire :
Les Musulmans admettent (plutôt qu’adorent avec nous) Dieu, créateur unique du Ciel et de la Terre. Ils n’adorent pas Dieu tel qu’il s’est défini (Trinité, unité de nature entre le Père et le Fils) et ne Lui rendent pas le culte qui leur est dû.
Quant à comparer la soumission à Dieu des Musulmans avec la soumission à Dieu d’Abraham…
Quant à considérer avec estime les Musulmans… Au nom de quoi ?
(Avoir de l’estime : témoigner du respect, de la considération ou une opinion favorable envers quelqu’un pour ses qualités.)
Preneur quoi qu'il en soit de votre avis sur cette conciliation des textes, a priori contradictoires.
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