L'infaillibilité ne saurait dépendre d'un nécessaire tri des théologiens passant par-dessus le pape.
C'est une grande vérité. Le travail des théologiens, si noble et si précieux, n'a pas, et donc on ne peut ni ne doit lui attribuer le rôle de « médiateur » entre autorité et fidèles («
Qui vous écoute m'écoute »).
Souvent je me demande comment il est possible de penser pouvoir
gouverner l'infaillibilité par mille conditions, distinctions et nuances, la faisant ainsi « apparaître » et « disparaître » selon le buts de celui qui parle. Et je me demande aussi comment il est possible de penser pouvoir
gouverner le rapport autorité/fidèles par une sorte de science théologique et/ou exégétique appliquée (normalement mal) aux mots « du monde des documents », mais déconnectée de la réalité des choses.
Dans une revue renommée à l'époque, s'adressant à des théologiens comme lui, à des savants, le (presque
innominable ici) père M.-L. Guérard Des Lauriers o.p. écrivait :« ... on fausserait radicalement l’épistémologie de la foi, communion intelligible avec la Vérité révélante, si on faisait du recours au théologien qualifié le substitut nécessaire et suffisant de l’
intellectus fidei, fût-ce en ce qui concerne l’accueil de la vérité infailliblement promulguée par le Magistère ordinaire »; et aussi: « Le chrétien qui est
directement aux prises avec la réalité, le chrétien qui doit dans un secteur de la
vie s'engager de tout lui même et de toute sa foi, celui-là est immédiatement apte à assimiler l'enseignement du Pasteur suprême, du Pape séparé en fait de l'expérience humaine immédiate » (M.-L. Guérard Des Lauriers o.p.,
La communion intelligible dans la vérité dans l'Église enseignante et l’Église enseignée, Divinitas - Pontificiae Academiae Theologicae Romanae Commentarii, Rome, 1964, p. 100).
J'espère que l'année de publication soustrait la citation à tout possible appétit censorial.