Le problème par Signo 2026-02-12 16:19:01 |
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Personne ne nie ici qu’il y ait contradiction entre les actes posés par la FSSPX et l’ecclésiologie catholique. La vraie question est : d’où vient cette contradiction ?
Le problème de votre approche, une fois de plus, c’est l’abstraction faite du contexte… et aussi des enjeux. La FSSPX ne doit pas sacrer, point. Le problème est qu’une fois que l’on a dit ça, on a rien dit.
Bien sûr, il est toujours bon et même indispensable de rappeler la règle, surtout celle-ci, qui engage l’essence même de la légitimité épiscopale. Mais ça ne saurait être considéré comme suffisant pour répondre de manière satisfaisante et complète au problème. Une fois que l’on a rappelé la règle, on n’a toujours pas commencé à aborder le problème dans sa complexité…
Plusieurs points :
- Selon vous, le respect de la loi est supérieur au salut des âmes. Autrement dit, il est interdit de guérir ou de soigner le jour du sabbat. La règle, érigée en norme suprême et en fin en soi, ne souffre aucune exception ; les décisions de l’autorité sont perçues comme nécessairement contraignantes parce que c’est l’autorité, sans référence à une norme supérieure ;
- Selon moi, c’est bien le salut des âmes qui est suprême et une fin en soi, les normes canoniques étant ordonnées à cette fin ; le problème de la FSSPX n’est pas dans le fait de faire une exception à la règle du consentement romain, mais dans la justification invoquée : le salut des âmes n’est en effet pas directement menacé si la FSSPX disparait. Par conséquent, la situation, toute catastrophique qu’elle est, n’est pas suffisamment catastrophique pour justifier un sacre contre la volonté de Rome ; en revanche elle est suffisamment grave pour procéder à un sacre sans mandat mais avec un consentement tacite.
Car c’est bien, en définitive, de cela dont il s’agit : une Fraternité se voit contrainte de choisir entre la désobéissance à une norme impérieuse de l’ecclésiologie catholique, et sa propre disparition. Car si elle ne sacre pas, elle ne peut plus ordonner ses prêtres, et donc elle se condamne à terme à l’extinction. Mais le problème dépasse largement la question de la seule FSSPX : en effet sans FSSPX sacramentalement autonome, c’est dans le contexte actuel l’ensemble du monde traditionnel qui est concrètement menacé. Car il est évident que les autorités romaines et épiscopales visent à terme l’extinction de la liturgie ancienne et des communautés traditionnelles : depuis 1969, elles l’ont dit, elles l’ont écrit, elles ont constamment (mis à part la courte parenthèse ratzingérienne) pris des décisions en cohérence avec cet objectif. Sans la présence constante d’une FSSPX sacramentellement autonome, schismatique ou pas, qu’est-ce qui contraindrait les autorités romaines à accorder à la liturgie ancienne et aux communautés qui y sont attachés le droit à exister ? Elles n’auront plus qu’à laisser le phénomène traditionnel s’éteindre de lui-même, en refusant, par exemple, de procéder aux ordinations, et en imposant la nouvelle liturgie par petits bouts (d’abord le calendrier, puis le lectionnaire, etc). A chaque fois que Rome a accordé la possibilité d’user des anciens livres liturgiques (en 1984, en 1988), c’était presque à chaque fois sous la contrainte et sous la menace d’un schisme, jamais pour reconnaître à la liturgie traditionnelle sa légitimité intrinsèque (sauf, encore une fois, lors de la parenthèse ratzingérienne, vite refermée). Politique typique d’une administration froide qui ne considère que les rapports de force, et non la liberté des expressions chrétiennes légitimes.
Et c’est bien là, en définitive, que consiste l’essence de la tragédie que nous vivons : les sacres contre le consentement de Rome sont à la fois absolument inacceptables car ecclésiologiquement illégitimes, et en même temps absolument nécessaires à la survivance de la vie traditionnelle. C’est donc un problème insoluble, un dilemme crucifiant. Affirmer : « la FSSPX ne doit pas sacrer, point », ce n’est pas répondre au problème : c’est éluder la tragédie, en faisant croire qu’elle puisse être résolue par des simplismes, ce qui n’est pas vrai.
Plongés dans de tels dilemmes, les hommes effectuent leurs choix en conscience. Aucun choix (sacrer ou ne pas sacrer) n’est le bon, et on ne saurait jeter la pierre à quiconque. Ce dilemme crucifiant, ce problème insoluble, ce sont les autorités romaines qui l’ont artificiellement créé, et donc qui en portent la lourde responsabilité : en affirmant à la fois leur volonté d’une disparition complète à terme de la liturgie traditionnelle tout en refusant à la FSSPX le mandat. Mais aussi en créant un système de pouvoir dans lequel ce qui est secondaire est considéré comme essentiel, et l'essentiel comme accessoire. Dès lors, la responsabilité de l’acte schismatique (et peut-être demain du schisme) se déplace des consécrateurs illicites vers les autorités romaines : ce sont elles, en définitive, qui auront à répondre de cette tragédie devant Dieu et devant l’histoire.
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