Distinctions par Signo 2026-02-10 19:47:19 |
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Nous sommes effectivement confrontés à un problème typiquement moderne.
L’Eglise aujourd’hui et depuis deux ou trois siècles prend la forme du catholicisme, c’est à dire un système de pouvoir pyramidal et cadenassé en son sommet par le pouvoir romain. Dans ce système, il est très difficile d’oser une parole critique un peu sérieuse par rapport à la politique du pape ou d’autres hiérarques de l’Eglise. En effet, du fait de la centralisation du pouvoir qui tend à transformer la structure ecclésiastique en administration grise et homogène, toute parole critique court le risque d’appeler des sanctions sur celui qui les émet. Dans ce système, Rome n’est plus le Siège apostolique, c’est à dire une prestigieuse autorité de référence dans le domaine de la foi, dont la parole est écoutée, et à qui l’on ne se réfère que dans les cas les plus sensibles et seulement à des fins d’arbitrage; elle n’est plus que le Vatican, c’est à dire une administration froide essentiellement habitée par des logiques très humaines de pouvoir et de contrôle, souvent bien éloignées des questions de foi.
Dans l’Antiquité chrétienne, la situation était bien différente. Le Saint Siège avait un prestige, une autorité morale et doctrinale, mais en définitive très peu de pouvoir sur les autres Églises locales, qui avaient chacune sa consistance propre. C’est ainsi que l’on a pu voir un des plus grands Pères de l’Eglise, Saint Cyprien évêque de Carthage, s’opposer frontalement au pape sur une question doctrinale essentielle (la validité du baptême conféré par des hérétiques) sans pour autant qu’il y ait rupture de communion avec lui. Cet exemple historique concret montre que dans l’Eglise ancienne, la liberté de parole à l’intérieur de l’Eglise universelle était plus grande qu’aujourd’hui (ce qui n’est évidemment pas sans risque; mais la vie est risquée…), et que des désaccords, même doctrinaux, n’entraînaient pas automatiquement des sanctions canoniques et encore moins une rupture de communion.
Or dans l’Eglise d’aujourd’hui, que constate-t’on? Que pour être critique vis à vis de la politique des autorités, et notamment du pape, il faut presque être en dehors de toute régularité canonique, parce que quand on a une pleine régularité canonique, on est plus ou moins condamné à une forme de silence sur certains scandales et même à une certaine servilité à l’égard d’un pouvoir qui peut nous détruire en un claquement de doigt s’il le juge opportun. Et cela parce qu’on est passé, surtout depuis la Contre-Réforme (avec des prémices dès la Réforme grégorienne) et plus encore avec l’ultramontanisme du XIXe siècle, d’une l’ecclésiologie de communion traditionnelle (dans la foi et la charité, et dans laquelle l’autorité est au service de la vérité, à une ecclésiologie de pouvoir (impliquant une obéissance aveugle aux diktats d’une autorité considérée comme la norme suprême). Vatican II a tenté de s’éloigner quelque peu de cette logique de pouvoir, parfaitement en vain, comme l’a montré de manière spectaculaire le pontificat très « post-tridentin » (jésuite! perinde ac cadaver) que fut celui de Bergoglio…
On voit donc que dans la critique que fait la FSSPX vis à vis des « ralliés », au delà de toutes ses outrances et ses exagérations parfois grotesques voire dangereuses, il y a bien quelque chose de vrai…
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