Réponse par Signo 2026-02-12 11:14:19 |
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Mon objectif ici n’est pas de justifier entièrement la position de la FSSPX, que je désapprouve en partie, mais de tenter de la comprendre en la replaçant dans son contexte, et surtout en évitant les jugements à sens unique, ainsi que les surinterprétations sur certains points sur lesquels, quand on y regarde de plus près, elle n’a pas de position officielle et uniforme. Mon objectif est de laisser le plus de portes ouvertes possibles, en vue de permettre à terme une réconciliation.
Notons en préambule qu’une déclaration particulière exprimant un esprit schismatique, même exprimant une idée répandue voire majoritaire au sein de la Fraternité, n’en constitue pas pour autant une position officielle et publiquement assumée.
Ainsi, à ma connaissance, la FSSPX n’affirme absolument pas que « l’épiscopat serait un simple pouvoir sacramentel fonctionnel », ni que la dimension hiérarchique serait « facultative ». Elle n’affirme absolument pas qu’il serait « normal qu’un évêque soit sacré contre la volonté du pape », encore moins que « la Tradition serait un stock d’exceptions utilisables pour relativiser la norme actuelle ». Affirmer que la FSSPX affirme tout cela, même implicitement, c’est se méprendre sur son positionnement réel, et presque la diffamer. Or un véritable dialogue doit s’établir sur les positions réelles de l’interlocuteur, et non pas sur les positions (fausses) qu’on lui prête artificiellement.
Ce qu’affirme la FSSPX, c’est que la gravité de la crise actuelle est telle, que, face à l’impossibilité d’appliquer une norme (dont l’importance essentielle n’est nullement officiellement niée), il faut remonter au principe supérieur, qui est le salut des âmes, que le droit canon lui-même reconnait comme étant la norme suprême dans l’Eglise, à laquelle toutes les autres sont comme ordonnées. Or ce principe n’est pas une aberration, il est au contraire un principe juridique fondamental : c’est ce que l’on appelle en droit la hiérarchie des normes. Ainsi, la FSSPX ne nie pas que sa situation soit « anormale », mais elle justifie cette anormalité par le caractère anormal de la situation actuelle de l’Eglise.
Tout le problème de ce type d'argumentation à sens unique (et c’est un peu ce que je reproche à certains raisonnements comme ceux de Matthieu Lavagna), c’est qu’elle déroule des raisonnements canonico-ecclésiologiques certes impeccables, mais présentées presque systématiquement en faisant totalement abstraction du contexte concret dans lequel s’inscrit la problématique qui nous occupe. En présentant les choses de cette manière, on donne l’impression que la crise de l’Eglise dans sa gravité exceptionnelle et sa spécificité concrète, sans être niée, serait une sorte de non-sujet sans conséquence sur l’attitude à adopter dans la vie de l’Eglise, et que par conséquent le positionnement de la FSSPX relèverait d’une forme de caprice désinvolte, de décisions prises à la légère, voire sur la base d’une méconnaissance de la doctrine traditionnelle sur la nature de l’épiscopat. Comme si c’était si simple !
Un autre biais de raisonnement sera de présenter un raisonnement impeccable sur le plan -purement abstrait- du droit canon et de l’ecclésiologie qui le sous-tend, mais sans tenir compte de l’histoire longue. Ces normes sont ainsi absolutisées comme si elles avaient une origine divine directe, alors que l’histoire nous apprend qu’elles sont le fruit d’une volonté humaine, et qu’elles ont été élaborées parfois tardivement. Notons que cette manière de présenter les données d’un problème, sur un plan purement abstrait en faisant abstraction des contingences historiques, est exactement le biais qui conduit certains esprits pourtant objectivement brillants vers le sédévacantisme.
Sur la question précise des sacres, le véritable sujet serait donc, non pas d’accuser la FSSPX d’avoir une fausse conception de l’épiscopat, mais d’exagérer un état de nécessité générale dans l’Eglise pour justifier des sacres qui relèvent en réalité surtout d’un besoin interne.
Mais surtout, le véritable problème de la FSSPX réside moins dans la question précise des sacres en elle-même, que dans un certain état d’esprit pré-schismatique qui rend un sacre sans mandat, à la rigueur concevable dans des situations d’une gravité exceptionnelle, potentiellement dangereux. Là, à mon avis, réside toute la difficulté du sujet qui nous occupe.
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