sur l'état de nécessité par Réginald 2026-02-11 08:26:17 |
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L’argument de la nécessité (fidèles nombreux, évêques vieillissants, urgence sacramentelle) est sincère, mais il est théologiquement insuffisant. L’Église a toujours reconnu des situations de crise extrême, mais elle n’a jamais admis que la nécessité pastorale puisse autoriser un acte portant atteinte à la constitution hiérarchique de l’Église.
C’est là un point fondamental :on ne sauve pas l’Église contre l’Église, ni les sacrements contre l’ordre apostolique qui en est le garant.
L’histoire montre que les crises les plus graves (arianisme, Grand Schisme, Réforme) n’ont jamais été surmontées par la création de solutions épiscopales parallèles.
Le fait de limiter le nombre de sacres, de ne pas revendiquer explicitement de juridiction, ou de parler d’un épiscopat « provisoire » ne modifie en rien la nature de l’acte.
La consécration épiscopale n’est pas un simple outil fonctionnel au service d’un besoin sacramentel. Elle est un acte constitutif du collège apostolique, qui ne peut exister que cum Petro et sub Petro.
C’est précisément pour cette raison que Pie XII parle, dans Apostolorum principis, non d’irrégularité disciplinaire, mais d’un acte :
• non seulment contra ius (contre le droit humain),
• mais aussi contra fas (contre l’ordre voulu par Dieu),
• constituant « un très grave attentat à l’unité même de l’Église ».
Autrement dit : la gravité de l’acte ne dépend pas de l’intention subjective ni de son ampleur quantitative, mais de sa signification ecclésiologique objective.
Votre conclusion est, à mon sens, la seule rigoureusement tenable : la FSSPX pourrait éventuellement agir si Rome consentait explicitement ou implicitement à ces sacres, mais elle doit absolument s’en abstenir en cas d’opposition formelle.
C’est ici que tout se joue.
Car une consécration épiscopale conférée malgré une opposition explicite du Pontife romain ne peut plus être interprétée comme un acte de résistance, mais comme un acte objectivement schismatique, même si le schisme n’est pas immédiatement revendiqué ni subjectivement assumé.
L’histoire de Luther que vous rappelez est ici particulièrement éclairante : le passage décisif n’a pas été la critique des abus, mais le contournement des médiations hiérarchiques constitutives de l’Église.
Votre inquiétude sur la mentalité pré-schismatique est, à mon sens, parfaitement fondée.
Le vocabulaire, le fonctionnement en vase clos, la mise à distance systématique des structures canoniques, et surtout l’érosion du désir effectif de régularisation, constituent un terrain extrêmement dangereux.
On peut résister dans l’Église. On ne peut pas durablement résister à la place de l’Église.
Et c’est précisément ce que des sacres accomplis contre la volonté explicite de Rome risqueraient de sceller irréversiblement.
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