Le culte de la Mère de Dieu dans l'Eglise catholique éditions de chevetogne 1954,pages 19 à 22:
"Et c’est dans la même ligne qu’on peut enfin la voir appelée « co-rédemptrice », malgré la grande réticence que garde l’Église à l’égard de cette expression, qu’elle n’a encore jamais passé même dans les liturgies locales. Co-rédemptrice, Marie l’est tout d’abord comme nous le sommes tous, c’est-à-dire en tant que la rédemption ne peut être simplement reçue passivement et comme subie par l’humanité. Il ne s’agit pas ici, comme nos frères protestants seraient peut-être tentés de le croire, de céder rien à la tendance semi-pélagienne. Nous ne voulons nullement insinuer l’idée que l’homme et Dieu, dans l’œuvre du salut, pourraient en quelque sorte collaborer sur le même plan, si petite, si minime qu’on y fasse la part de l’homme. Dans le salut comme dans la création, tout vient de Dieu. Mais précisément pour cela, le salut n’est pas moins efficace, pas moins réel que la création.(...)C’est pourquoi il n’y a pas de rédemption sans souffrance. Ce n’est pas que la souffrance humaine donne sa valeur à la croix de Jésus. C’est au contraire la croix de Jésus, parce qu’elle est la croix du Fils de Dieu, qui donne sa valeur à la souffrance humaine. Il reste que sans cette communion dans la peine que le péché d’Adam a value à l’humanité, celle-ci ne pourrait communier à la gloire du Fils de Dieu. « Si nous souffrons avec lui, nous dit saint Paul, nous serons glorifiés avec lui ». C’est dans ce sens qu’il faut entendre son exhortation à « travailler à notre salut avec crainte et tremblement ». Et c’est aussi qu’on peut comprendre comment elle ne s’oppose aucunement à ce qu’il ajoute : « …sachant que c’est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire ».
À la lumière de ces pensées, nous pouvons comprendre comment la très sainte Vierge, debout le glaive de la prophétie de Siméon, transpercé par le glaive de la prophétie de Siméon, représente éminemment cette co-opération que l’humanité tout entière doit apporter à son propre salut, encore qu’elle le doive à la seule vertu de son chef divin. Si l’on ajoute à cela deux considérations, il semble qu’on aura réuni tout ce que les théologiens ou les fidèles catholiques qui appliquent à Marie le titre de « co-rédemptrice » peuvent mettre sous cette expression. Dans le sens que nous avons déjà développé, on peut dire que c’est tout le corps mystique qui est « co-rédempteur ».
En quoi donc l’expression mérite-t-elle d’être appliquée spécialement à Marie ? Tout d’abord à cause de cette antériorité, non seulement chronologique mais ontologique, de sa réponse à la grâce par rapport à notre propre réponse. Autrement dit, l’application spéciale de ce titre à Marie n’est qu’une conséquence particulière de sa maternité de grâce. D’autre part, aussi bien la virginité que la maternité de Marie peuvent lui valoir cette attribution insigne. À cause de l’absence complète en elle du péché, en effet, la souffrance humaine trouve en la Vierge une perfection dans la correspondance à la souffrance proprement rédemptrice de Jésus qui est strictement incomparable. Nous sommes tous, au moins en quelque mesure, personnellement cause des souffrances que nous subissons. Elle seule, avec Jésus, a pu les accepter dans une générosité absolument pure. Sa « compassion » (au sens étymologique du mot, dépassant toutes les considérations sentimentales qu’il évoque) est donc d’une qualité absolument sui generis, et pour autant d’une vertu toute singulière pour l’ensemble du corps mystique. S’il est vrai que tout ce qu’un membre souffre et tout ce qu’il opère retentit sur tous, à combien plus forte raison lorsque sa souffrance est à ce point désintéressée, son action inaccessible à l’égoïsme !
Ceci étant dit, rien ne serait plus faux que d’en conclure à un moindre besoin, chez Marie, du salut et de la grâce qu’en nous tous. Si l’expression de « co-rédemptrice » pouvait amener une telle aberration, il n’y a pas de doute que l’Église catholique la condamnerait sans pitié. Car la vérité est absolument à l’opposé. Dans la théologie comme dans la spiritualité catholique, Marie est au contraire l’exemple même de ce qu’est, de ce que peut, de ce que fait la grâce divine. Non seulement elle a besoin du salut apporté par son Fils, tout autant que nous, mais ses privilèges reviennent à dire simplement qu’elle a été sauvée par lui plus merveilleusement que quiconque. C’est ce que va nous montrer une étude plus précise que la relation entre Marie et l’ensemble de l’Église.