Par éclaircissements théologiques bienvenus... par Signo 2023-09-19 19:57:15 |
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...je ne pensais pas tellement au subsistit in, dont j'admets qu'il soit contestable d'un certain point de vue, mais plutôt sur deux autres questions:
- d'abord, la question des sources de la Révélation. Affirmer, comme on le disait avant Vatican II, qu'il y a "deux sources" de la Révélation me paraît fortement contestable et même faux si on prend cette expression dans son sens littéral. Elle donne en effet l'impression que le Christ aurait accompli la Révélation en deux fois.
Or de toute évidence cela ne correspond pas à la manière dont la Révélation s'est effectuée. Il n'y a qu'une unique source de la Révélation: c'est le Christ lui-même, le Verbe incarné, la Parole du Père. C'est la Parole que Dieu adresse à l'homme.
Et ce n'est qu'à partir de cette source unique que naît ces deux réalités que sont la Tradition et l'Ecriture (dans cet ordre là pour ce qui est du Nouveau Testament).
De fait le Christ n'a laissé aucun écrit, il ne nous a pas directement donné les Ecritures du NT. D'ailleurs l'Eglise primitive ne distinguait pas clairement Nouveau Testament et Tradition. Il a enseigné, prêché (tout cela exclusivement oralement), a souffert la passion, est mort et est ressuscité, puis est monté aux Cieux avant d'envoyer l'Esprit d'auprès du Père. La réalisation de ce mystère a enclenché un formidable mouvement spirituel qui dure encore jusqu'aujourd'hui. C'est le mystère de l'Eglise, le nouvel Israël, mystère de salut et de Rédemption. Or ce mouvement a une source unique: l'irruption de la Parole de Dieu dans l'histoire humaine.
On voit donc que la formulation de Dei Verbum est nettement plus claire et plus juste que la précédente.
- ensuite, la question de la définition de l'Eglise. Définir l'Eglise comme une communion, et non pas comme une entité juridique, permet d'avoir de l'Eglise une approche plus théologique, et en même temps plus proche des sources bibliques et patristiques. Elle est aussi plus claire, et non pas floue comme certains le disent: appartiennent à l'Eglise ceux qui communient dans la même foi et qui sont unis dans la charité surnaturelle.
De même l'expression peuple de Dieu est plus juste que celle, très artificielle et en réalité récente et moderne, de société, car plus proche du langage biblique et patristique: l'Eglise est bien le nouvel Israël, le peuple eschatologique en marche vers la Patrie céleste, un peuple gouverné par ses pasteurs et dont la vie est animée de l'intérieur par l'Esprit de vérité.
Alors oui, je sais que chez les "tradis" (quelle étiquette artificielle!) beaucoup n'aiment pas la Bible et le langage biblique; ce langage n'en est pas moins l'aliment principal de la tradition catholique depuis toujours. J'ai par ailleurs montré à quel point l'expression "société parfaite", en plus de sembler réduire l'Eglise à une réalité purement humaine et sociologique, était une expression ambiguë, et même fausse si on la prend au sens littéral.
Sur la question du subsistit in, il me semble que la question est complexe. Qu'est-ce que l'Eglise catholique? On peut donner les trois critères classiques: la profession de la foi, la pratique des sacrements, l'obéissance aux pasteurs légitimes. Ces critères restent valables... mais vous voyez bien que cette définition s'applique avec plus de difficulté à la situation actuelle.
Le terme Eglise catholique n'a en effet plus exactement le même sens qu'il avait à l'époque patristique (par exemple du temps de S. Ignace d'Antioche, qui emploie pour la première fois l'expression au début du IIe siècle). A l'époque des Pères, on entend par Eglise catholique la communion dans l'amour surnaturel de tous les croyants confessant la plénitude de la vérité chrétienne. Aujourd'hui (et depuis la "Renaissance") l'adjectif "catholique" ne désigne plus qu'une étiquette confessionnelle artificielle et vide de sens, derrière laquelle on peut mettre tout et n'importe quoi: par exemple, une université peut aujourd'hui être qualifiée de "catholique" tout en enseignant des idées gravement hétérodoxes et en sanctionnant un professeur pour avoir dénoncé l'avortement; Un groupe de fidèles qui rejette ouvertement des éléments importants de la foi ou de l'ecclésiologie catholiques peut se présenter néanmoins comme "catholique". L'adjectif n'est devenu qu'une pure étiquette vide de contenu et de sens. A contrario, les Eglises orthodoxes ne seront pas considérés comme catholiques, bien qu'elles vivent une tradition spirituelle et liturgique bien plus proches de l'authentique tradition catholique que ce que pratique le CCBF! Bref, dans la situation actuelle, l'expression Eglise catholique semble s'être vidée d'une grande partie de son sens. On est passé d'une logique confessante à une logique confessionnelle. Dès lors, il apparaît difficile, sinon impossible, d'affirmer que le mystère de l'Eglise du Christ épouse parfaitement les contours juridiques de l'institution officielle actuelle. D'où l’ambiguïté de la formule (ambiguïté que je ne nie pas), mais qui exprime la prise de conscience de la complexité de la situation actuelle.
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