Pour aller plus loin, mon cher Parfu par baudelairec2000 2023-09-15 15:31:39 |
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Au plan politique (je vous laisse l'expression "ordre naturel") vous évoquez différents plans de société. Il est évident que l'unité d'un pays est en voie de réalisation lorsque tous les citoyens, sous la conduite de leurs gouvernants, concourent à la même fin, au même bien: cette cause finale porte le nom de bien commun Le bien commun consiste, comme l'affirment saint Augustin et saint Thomas, dans la paix: "tranquillité de l'ordre".
Mais cette fin commune ne pourrait exister sans l'exercice d'une vertu fondamentale : la justice, vertu qui oriente sans cesse l'homme vers les autres en l'obligeant à leur rendre ce qui leur est dû. Autant de relations, autant d'occasions d'échanger et de se montrer juste. Le décalogue rappelle explicitement les domaines dans lesquels on peut se montrer juste : envers Dieu (trois premiers commandements), envers ses parents ou ses supérieurs (4e commandement), envers ses semblables (5e au 10e commandement). La vertu de justice se subdivise, il n'est pas inutile de le rappeler, en
- justice particulière (justice commutative qui règle les échanges entre des semblables et justice distributive qui consiste à rétribuer des hommes à qui le pouvoir a attribué des charges, des « honores »).
- justice légale ou générale, vertu qui, par le biais des lois, régule nos actions en vue du bien commun ; c'est la même vertu qui oriente les actes des différentes vertus en vue du bien commun.
C'est aux dirigeants en effet de faire en sorte que leurs concitoyens deviennent vertueux et, inversement, de les dissuader de tomber dans le vice.
L'unité d'un peuple n'est rien d'autre qu'un réseau de multiples relations où les individus s'efforcent d'être à leur place, un ensemble de relations ordonnées et harmonieuses dont les protagonistes s'efforcent d'être justes.
Je ne vous l'apprendrai certainement pas: le bien commun n'est pas la fin ultime de l'homme. Il est subordonné à la fin surnaturelle ultime: Dieu. Nous, chrétiens, savons qu'il n'y a pas une multiplicité de voies pour atteindre notre fin surnaturelle ; elle passe par le baptême, la réception des sacrements, la conformité à la volonté divine, au sein d'une grande famille, la Sainte Eglise.
Quant à une unité commune pour le genre humain, la grande famille des nations ou à la grande famille des hommes, chère à Pie XI ou Pie XII, il ne faut pas rêver: les empires, songeons à l'empire romain, carolingien ou au Saint-Empire germanique, sont terriblement fragiles parce qu'ils rassemblent des entités différentes sur le plan culturel ou politique (Francs, Gallo-Romains, Burgondes, Aquitains, Bavarois … pour se limiter au seul empire Franc) ou parce qu'ils sont soumis en permanence à des forces dissociatrices pour ne pas dire destructrices (l'empire soviétique ou les empires coloniaux). Même avec un dénominateur commun, le christianisme, il s'avère difficile de construire une chrétienté (ensemble de nations chrétiennes) ou de maintenir la stabilité d'un ensemble qu'on tient pour définitivement établi ; en cause des facteurs déstabilisateurs ou centrifuges, facteurs humains notamment. Et Dieu sait combien Louis le Pieux qui succéda à son père Charlemagne mit tout en œuvre pour mettre en ordre le royaume des Francs (un empire en réalité) que Dieu lui avait confié (Ordonnance des années 825-832). L'Empire carolingien doit ainsi son affaiblissement et sa disparition à un facteur externe, les raids normands, et à une faiblesse interne, les rivalités entre les propres descendants de Charlemagne et les ambitions territoriales de certains grands du royaume franc, surtout dans le royaume de Francie occidentale, celui de Charles de Chauve (840-877). Celui-ci devait d'ailleurs trouver sa perte après avoir été sacré empereur par le pape.
Les papes, depuis Léon XIII, ont fait preuve d'un irénisme certain et ont couru après de multiples chimères en pensant que le christianisme pouvait s'accommoder de sociétés qui, par leurs structures profondes, lui étaient hostiles. Comment peut-on penser sérieusement, du côté chrétien, à collaborer avec un pouvoir révolutionnaire qui vous a spolié à maintes reprises et persécuté durant les années 1790 dans votre chair et encore plus insidieusement de nos jours? L'Eglise, au cours du XXe siècle, perd de vue que la société surnaturelle ne peut pas reposer matériellement sur n'importe quel type de société ou régime. Croire ainsi que la globalisation ou la mondialisation des échanges contribuera à l'unité du genre humain, c'est renoncer à l'oeuvre évangélisatrice de l'Eglise et au travail discret mais efficace de la grâce dont les hommes d'Eglise, au premier rang desquels viennent les pasteurs, sont les dispensateurs.
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