Je reviens de mon périple dominical.
N.M. vous a bien répondu, je le remercie.
Quelques points encore :
- revient-il au simple fidèle de juger de l'hérésie d'un pape ? Au for intérieur, on peut (et on doit) ne pas souscrire à des propositions hérétiques. Mais revient-il au fidèle de conclure à l'hérésie (pertinace) du pape ?
Le simple fidèle doit connaître son catéchisme de façon suffisante pour sentir (c'est le
sensus fidelium comme lieu théologique) s'il y a un problème.
Je me rappelle mon arrière-grand-mère (1876-1974), lucide jusqu'à la fin, et très perturbée par ce qui se passait dans sa paroisse les dernières dix années de sa vie. J'étais adolescent, mais je le sais par ma mère à qui elle en a parlé plusieurs fois. Elle avait bien saisi que plusieurs choses "n'allaient pas". Ce sera suffisant pour justifier quelqu'un qui n'a pas de connaissances théologiques plus poussées et qui n'est pas obligé d'en avoir.
En général, et ce fut le cas aussi de nos jours, les simples fidèles pourront s'appuyer sur des prêtres ou des théologiens restés fidèles à la foi et la pratique des sacrements catholiques.
Dans beaucoup de cas, la bonne foi peut et doit être supposée.
et s'il conclut en son for intérieur, peut-il en tant que simple fidèle se soustraire en conséquence à tout acte papal (nihil est actum), ledit pape étant "deponendus" et non pas encore "deponitus" ? En vertu de quelle autorité ?
Selon l'opinion la plus commune, un tel pape ne serait pas deponendus, mais depositus, de toute façon.
Mais la certitude dogmatique de ce fait ne pourra se donner que par une décision définitive du magistère ultérieur.
Tant que ce n'est pas le cas (et il se peut que ce ne sera jamais le cas de notre vie) une certitude morale soigneusement acquise peut suffir pour informer notre conscience et justifier nos actions.
En tout cas il faut se soustraire à l'autorité, devenue caduque, d'un hérétique ou schismatique dès que cette certitude morale s'établit.
C'est ce qu'ont fait des milliers de fidèles, prêtres et laïcs, au cours du temps, même avant que l'autorité n'intervînt de façon définitive, notamment pendant les crises christologiques au IVe et Ve s. (qui ont même connu des combats de rue pour des raisons théologiques), pendant la réforme en Allemagne et Angleterre, et à nouveau au XXe s. à une échelle mondiale.
Avoir acquise la certitude morale et ne pas le faire serait s'associer au péché d'autrui ("fremde Sünden" comme on dit en allemand, voir
ICI). On deviendrait suspect d'hérésie ou de schisme à moins d'en être préservé par une ignorance non coupable.