Je sais bien que certains auteurs prétendent qu'à Césarée de Philippe, Saint Pierre n'aurait eu que la promesse d'être plus tard pape et qu'elle n'aurait été réalisée qu'après la résurrection au bord du lac après la seconde pèche miraculeuse.
Mais cette thèse est discutable :
Saint Pierre a reçu le pouvoir d'ordre la veille de son reniement en même temps que les autres apôtres après la cène. Or le pouvoir d'ordre se reçoit après celui de juridiction dont il est la conséquence. Ce serait donc bien avant la Cène, à Césarée de Philipe que St Pierre aurait reçu juridiction sur toute l'Eglise.
On dit aussi qu'à Césarée, Jésus Christ parle au futur, mais c'est faux, il parle au présent : "Tu es Pierre", le reste de la phrase qui est effectivement au futur ne fait que développer la signification de ce nom de "Pierre" dont il est immédiatement investi.
C'est après son baptême, donc bien avant que Jésus a parlé au futur : "Tu es Simon, tu t’appellera Pierre" et remarquons aussi qu'il emploie le verbe appeler alors qu'il emploiera le verbe être au moment de l'investir immédiatement de la Papauté.
Après la résurrection, l'ange dit aux femmes "allez dire à ses disciples et à Pierre...' Pierre n'est-il pas l'un des disciples, pourquoi le citer à part, s'il n'est pas déjà leur chef ?
Ensuite lors que Pierre et Jean courent au tombeau, Jean arrive le premier, mais n'entre pas, laissant ostensiblement la préséance à Pierre qui arrivé en second, entre le premier. Etc.
Il était nécessaire de confirmer cela après la résurrection au bord du lac, car certains auraient pu penser que son reniement aurait pu lui faire perdre le souverain pontificat. Remarquons aussi que cette confirmation fut précédée d'une triple profession d'amour (en expiation de son triple reniement) et non d'une triple profession de foi. Son reniement fut essentiellement un péché contre la charité.
Votre thèse, Monsieur, est totalement infondée.
Le pouvoir d'ordre est différent du pouvoir de juridiction. Certains évêques ont le pouvoir d'ordre sans celui de juridiction. Et Pie XII affirme que l'élu à la papauté qui accepte l'élection, et qui n'est pas consacré évêque, reçoit de Dieu le pouvoir de juridiction immédiatement, c'est-à-dire
avant d'être ordonné évêque.
Jésus-Christ n'emploie pas le verbe au futur ("
et tibi dabo claves" ; et je vous donnerai les clés) pour signifier que, au contraire, les clés sont données immédiatement, dans le présent. Ce serait une incohérence injustifiable. Les clés sont le symbole de l'autorité et le verbe au futur indique indiscutablement une livraison qui sera faite dans le futur. Ceci, par ailleurs, s'accorde parfaitement avec ces autres paroles de Jésus : "
ego autem rogavi pro te, ut non deficiat fides tua. Et tu, aliquando conversus, confirma fratres tuos" (Luc 22,32); j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères).
Le "
tibi dabo claves" est en outre parfaitement coordonné avec ce que le Seigneur dira à Pierre à l'avenir, après la résurrection, "
Pasce agnos meos ... Pasce oves meas" (Jo 21, 15-16) (Sois le berger de mes agneaux ... Sois le pasteur de mes brebis). Quelque chose qu'il ne lui avait jamais dit auparavant.
Du reste, il n'est nullement contradictoire que le Seigneur appelle « Pierre » celui qu'il désigne à la papauté.
Et encore, avoir un rôle particulier parmi les disciples ne signifie pas avoir déjà été investi de l'autorité pontificale.
Le RP Dom Prosper Guéranger met en évidence avec acuité que: «
L'office de Pierre ne devait commencer qu'après le départ du Sauveur. Le Vicaire n'est pas nécessaire, lorsque celui qu'il doit représenter est présent encore » (voir
De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 113-114). Et S. François de Sales dit qu'au moment des mots « et tibi dabo claves », «
saint Pierre ne fût pas encore chef et prince de l’Église, ce qui lui fut seulement conféré après la résurrection du Maître » ( voir
Controverses, II partie).
Enfin, il faut noter qu'au moment du "
Tu es Petrus" l'Esprit Saint n'était pas encore descendu sur les apôtres et que, seulement après le "
Tu es Petrus", ils furent instruits des Écritures (Luc 24 :45 "
Tunc aperuit illis sensum, ut intellegerent Scripturas"; Alors il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils comprissent les Écritures.).