j'ai répondu sans vinaigre à une analyse par Luc Perrin 2018-05-06 21:22:16 |
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honnêtement formulée, la vôtre, et stimulante pour la réflexion. Il m'arrive d'être caustique et sarcastique, c'est vrai - dans les bornes de la bienséance -, mais ce n'est pas systématique.
En effet, j'avais fait la même erreur initiale au sujet du 6 mai : Levillain a eu le mérite, avec les documents, de montrer que tout était encore jouable entre le 6 et le 24 mai. La lettre du 24 mai est dans la surenchère et précédée d'un état des lieux très hostile à Rome, exprimant sans détour la défiance de Mgr Lefebvre.
Je pense cependant qu'il y a un partage des torts : 60% pour le prélat, 40% du côté romain.
La position ouvertement hostile - et avec menace - des évêques suisses énoncée par Mgr Schwery le 9 juin 1988 est éclairante :
"Face à l’imminence d’ordinations épiscopales à Ecône, annoncées pour le 30 juin, Mgr Schwery a présenté les deux seules alternatives possibles :
“Soit Mgr Lefebvre persévère dans son attitude d’indépendance totale et ordonne des évêques contre toute discipline ecclésiastique et entre ’de facto’ dans une situation de schisme formel et c’est douloureux pour lui et pour moi. Ou alors Mgr Lefebvre accepte pleinement de mettre en pratique un accord qu’il a déjà signé le 5 mai comportant une dimension doctrinale et une dimension disciplinaire. Si Mgr Lefebvre demeure fidèle à sa signature,alors nous aurons une très grande difficulté à vivre comme évêque, comme prêtre et comme fidèle, en fidélité à cet accord pour des raisons disciplinaires … Dans l’ordre de la pratique pastorale, c’est une quasi catastrophe. L’application de cet accord sera extrêmement difficile en particulier pour les évêques”. (source APIC)
Mgr Corecco, canoniste, évêque de Lugano, a publié après les sacres un article savant où il critique vertement le Protocole du 5 mai 1988. On le disait proche de Jean-Paul II. C'est pourquoi l'application au rabais de l'Accord à l'automne 1988 montre qu'il y avait des réserves fortes du côté romain à cette date.
Cette hostilité sans fard explique, à mon sens, le caractère flou et générateur d'inquiétude et de défiance des réponses du cardinal Ratzinger. Il ne pouvait aller plus avant que le 5 mai qui lui était déjà reproché.
S'il avait consenti au 30 juin ou proche, cela aurait débloqué la crise de confiance mais je pense, à vérifier quand les archives seront ouvertes, qu'il avait les mains liées. De là la spirale de la défiance chez un Mgr Lefebvre réticent au départ et poussé à la signature par son entourage.
Pour ce qui est d'avoir des évêques (ou prélats ou préfets ou ordinaires) issus de la "Tradition" pour des diocèses personnels vastes, cela aurait l'immense avantage - sur le modèle des ordinariats catho-anglicans - de montrer la considération romaine pour ces communautés, petites mais il y a des structures de type diocésain pour bien plus petit (l'archevêché de Monaco par ex.), et de faciliter les relations avec les évêques diocésains résidentiels.
L'élargissement de la CED serait aussi très utile comme toute concertation.
Cet épisode a le mérite de nous faire mesurer le chemin parcouru depuis le 5 mai, de façon positive ! Le très timide Protocole du 5 mai 1988 paraissait insupportable "catastrophique" (sic) et le Saint-Siège depuis a fait de bien plus grands pas en avant, la FSSPX ayant aussi reformulé ses critiques avec plus de pondération.
Se remémorer cet épisode est donc très utile. Deo gratias.
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