Un ouvrage de L. Jugnet + Une précision de de Lubac. par Scrutator Sapientiæ 2013-09-30 07:22:24 |
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Bonjour Presbu,
Voici, tout d'abord, un ouvrage de Louis JUGNET :
Louis JUGNET.
Voici, ensuite, une précision apportée par Henri DE LUBAC, dans son Mémoire sur l'occasion de mes écrits, à la page 168 : "Trois années de réflexion commune, sous le regard plutôt soupçonneux des Pères Picard et Descoqs (qui ne pouvaient souffrir nos tendances THOMISTES), nous avaient liés pour toujours ("nous" : le Père Gaston FESSARD et lui).
Que veut dire le Père de Lubac ? Il me semble que
- quand il parle de ses tendances "thomistes", il parle, en fait, de ses tendances thomasiennes, ou en tout cas de tendances que nous qualifions aujourd'hui de thomasiennes ;
- quand il parle d'enseignants qui ne pouvaient souffrir ses tendances "thomistes", il parle de prêtres qui n'étaient pas thomistes, ni, encore moins, thomasiens, mais qui étaient SUAREZIENS.
Les mêmes Pères Descoqs et Picard sont cités, en tant qu'auteurs suaréziens, par l'auteur de l'article Suarez, dans le Dictionnaire critique de théologie paru aux PUF.
Je n'en dis pas plus, ne serait-ce que parce que je n'en sais pas plus, mais il me semble que cela vaut la peine d'y réfléchir : si j'ai bien compris le sens de la distinction, fracture ou frontière,
- le suarézien voit, en Saint Thomas, avant tout un philosophe, pour lequel c'est surtout la relation à la philosophie (Aristote) qui détermine la théologie,
- le thomasien voit, en Saint Thomas, avant tout un théologien, pour lequel c'est surtout la relation à la Parole de Dieu (l'Ecriture, la Tradition) qui détermine la théologie.
Dans le premier cas, cela signifie que l'adhésion à la théologie de Saint Thomas est indissociable d'une adhésion, nécessaire et préalable, à une philosophie tenue pour être LA philosophie.
Dans le deuxième cas, cela signifie que l'adhésion à la théologie de Saint Thomas n'est pas subordonnée à une adhésion, en amont et en surplomb, à une philosophie tenue pour être particulière.
Dans le premier cas, il y a le risque d'un attachement "systémique" à une infrastructure intellectuelle des plus rigide, difficilement communicable aux nouvelles générations, ou difficilement appropriable par elles, car (jugée) indifférente à certaines préoccupations contemporaines, pour des raisons de forme ou de fond, de style ou de thèmes.
Dans le deuxième cas, il y a le risque de saluer de haut et de loin, non seulement la philosophie adossée à Aristote, mais aussi toute philosophie ouverte sur la métaphysique, porteuse d'une métaphysique, ce qui peut aboutir
- au découplage entre la métaphysique et la théologie, entre le sens de l'être et la théologie, ce qui n'est pas sans conséquences théologiques,
- à l'arrimage de la théologie à des catégories plus contextuelles ou plus dynamiques, en d'autres termes : au sens du devenir, ce qui n'est pas non plus sans conséquences théologiques.
Je ne pense pas qu'une synthèse soit possible, mais je crois, avec la candeur du profane, qu'un équilibre est souhaitable...
Bonne journée et bonne semaine.
Scrutator.
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