Voici comment je m'efforce d'y réfléchir. par Scrutator Sapientiæ 2013-09-26 00:14:01 |
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Bonsoir et merci, Presbu.
A un moment donné, entre le milieu du XIX° siècle et le milieu du XX° siècle, il y a eu, pour ainsi dire, un certain nombre de défis intellectuels à relever ; pour aller vite et pour faire court, il a fallu contrer l'autorité intellectuelle de Kant, en philosophie, ainsi que les conséquences de la transplantation de cette autorité de Kant, en théologie, et ce que l'on appelle le néo-thomisme a rendu alors un service signalé, notamment pour contrer le kantisme, de Léon XIII à Pie XII.
Le premier problème, c'est que cette architecture intellectuelle
- qui est certes un moyen globalement approprié,
- mais qui n'est qu'un moyen, et non une fin en soi,
a donné l'impression d'être utilisée, vous me pardonnerez l'expression, comme une automobile automatique : il suffisait d'y monter, de s'y enfermer, de s'y installer, de mettre le contact, de faire tourner le moteur, et une grande partie du chemin était déjà faite.
Le deuxième problème, c'est que cette architecture intellectuelle
- n'est certes PAS QUE le produit d'une époque, le reflet d'un contexte,
- mais est AUSSI le produit de son époque, le reflet de son contexte.
Je n'exclus pas que les plus orthodoxes des néo-thomistes l'aient oublié, à un moment donné, de même que je n'exclus pas que d'autres, à la suite du Père CHENU, aient maximisé cette "historicité" du thomisme.
Le troisième problème, c'est l'attractivité de la méthode historico-critique, en éxégèse ; si ce que j'ai lu est vrai, sur la fin du XIX° siècle et le début du XX° siècle, non seulement "l'instruction biblique" officielle était alors des plus austère, mais en outre elle n'était pas très instructive, notamment sur l'Ancien Testament.
Le quatrième problème, c'est que les hommes sont des hommes : les aspirations et les générations d'intellectuels se suivent et ne se ressemblent pas, certaines d'entre elles croient devoir ou croient ne pouvoir s'affirmer qu'en s'opposant, et croient savoir et pouvoir le faire, au contact des limites ou des préjugés, attribués ou avérés, de ceux qui les précèdent.
Comme bien souvent, ce que nous avons gagné d'un côté, en direction de la Bible et des Pères, nous l'avons perdu de l'autre côté, au détriment d'un mode de conceptualisation et de problématisation propice à une unité de pensée "orthodoxe", en l'absence de laquelle il est difficile d'avoir une unité d'action le plus possible respectueuse de la même orthodoxie.
Il y a deux écueils à éviter, celui du rationalisme et celui du fidéisme, car la Foi catholique
- n'est pas avant tout une affaire de démonstration philosophico-théologique qui serait à validité scientifique, et qui s'imposerait à l'intelligence comme un raisonnement mathématique,
- n'est pas non plus avant tout une affaire de sensation, dans son coeur, de la présence de Dieu, une sensation qu'il serait agréable et profitable de partager, de propager, voire de reproduire ou de solliciter, quasiment à volonté.
C'est plus facile à dire qu'à vivre, mais il me semble que la Foi catholique est une affaire de relation et de vocation ; il y a là , je le crois (non pas au sens où je ne s'en suis pas sûr, mais au sens où je le sais par la Foi), un Amour ET une Lumière, à recevoir, à transmettre, à découvrir et à faire découvrir, à partager et à faire partager, CE QUI N'EXCLUT PAS, MAIS, AU CONTRAIRE, IMPLIQUE, une démarche d'adhésion à un fondement, à un contenu, à un ensemble, aussi finalisé que formalisé.
Dans cet ordre d'idées, l'immanentisme peut rendre ambigu, de même que l'obéissance peut rendre aveugle ; il est évident
- qu'il peut y avoir une relation "obéissante" à l'Acte de Foi qui peut très bien faire passer à côté de l'essence de la Foi, laquelle est adhésion à Dieu, Père, Fils, Esprit, avant d'être adhésion, par exemple, à un catéchisme ;
- qu'il peut y avoir une relation "immanentiste" à l'Acte de Foi qui peut très bien déboucher sur une assimilation de la Foi en Dieu à une certaine formelle, informelle et incertaine, de "foi" en l'Homme.
Je pense moi aussi qu'à une doxa néothomiste qui avait tendance à confondre austérité et autorité, a succédé une praxis moderniste, une praxis langagière et messagère, plus accessible et plus attractive, sinon toujours plus durablement et profondément convaincante et nourrissante.
Dans cette affaire, ce que "je ne supporte pas", et je termine ce message sur ce dernier aspect, c'est ceci :
- on a beaucoup reproché aux théologiens néo-thomistes d'hier d'avoir soumis leur relation à l'Ecriture, à la Tradition, au Magistère, à Aristote et à la scolastique ; dans l'esprit de certains de leurs contempteurs, c'était là une des caractéristiques les plus fondamentales de leur part d'illégitimité intellectuelle ;
- comment se fait-il que des voix ne se lèvent pas, aujourd'hui, pour reprocher à bien des théologiens néo-modernes d'aujourd'hui d'avoir soumis leur relation à l'Ecriture, à la Tradition, au Magistère, à Kant ou à Hegel, à Bultmann ou à Heidegger ? En quoi est-ce plus légitime que de l'avoir fait en recourant à la philosophia perennis ?
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.
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