Il y a toujours débat par N.M. 2022-10-26 13:04:11 |
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Vous ne voulez pas voir que le débat existe bel et bien, et à plusieurs titres.
Premièrement, et ne vous en déplaise, il n’y a pas ou plus d’unanimité morale chez les royalistes, et plus largement chez les Français, pour reconnaître tel ou tel, à tort ou à raison, comme étant de droit le successeur salique de nos rois. Cette unanimité morale a existé. De façon incontestable en faveur du comte de Chambord avant 1883 (même l’orléaniste ou le républicain le plus obtus savait que le comte de Chambord était l’aîné salique au regard du droit dynastique). De façon discutable en faveur des princes d’Orléans après 1883. C’est l’action politique du comte de Paris, deuxième du nom, et les solides animadversions qu’elle a soulevées, ainsi que la dynamique relance de la controverse dynastique par les nouveaux « Blancs d’Espagne », à partir des années 1950, qui ont réussi à dissiper cette unanimité morale dans les années 1980. Pour autant, les nouveaux « Blancs d’Espagne » n’ont pas transformé leur essai et réussi à substituer un consensus à un autre. Depuis lors, le royalisme français est plus que jamais un champ de ruines où s’affrontent des bandes éparses ; aucun prince ne parvenant plus, par ailleurs, à susciter une adhésion suffisamment significative auprès des monarchistes, ni a fortiori des Français. Ceci est un fait. Un état de fait qui vous dérange et qui nous dérange tous, mais avec lequel chacun doit composer, car on ne fait de politique qu’avec des réalités... sauf à sortir purement et simplement du champ politique et à s’enfermer dans un monde fantasmagorique.
Deuxièmement, si la pièce versée au débat par Me Trousset est recevable, c’est-à-dire si le jeune roi Louis XIV et le Parlement de Paris ont valablement considéré que le Grand Condé, parce qu’il avait déposé son épée, et donc son allégeance, entre les mains d’un souverain étranger, avait par le fait même perdu sa qualité de prince dynaste, et de sorte qu’il fallut que ce même prince revînt faire obédience au roi de France pour recouvrir cette même qualité de prince dynaste, alors il faut admettre que la thèse de feu Guy Augé, rejetant toute espèce de pérégrinité en droit dynastique français, a manifestement du plomb dans l’aile. Sauf à admettre, en sens contraire, que nos rois et nos magistrats, à l’exception peut-être du savant mais jansénisant d’Aguesseau, auraient purement et simplement déraillé en la matière, à partir du règne du Grand Roi... ce qui ne serait peut-être pas pour surprendre ni déplaire à d’hypothétiques disciples du duc de Saint-Simon...
Je dis bien : « nos rois », car il est par ailleurs clairement établi que le prédicat de « premier prince du sang » passa, sous Louis XV, des Condé aux Orléans, pour demeurer, apparemment le plus légalement du monde, entre les mains de ces derniers sous Louis XVI, Louis XVIII (pourtant très hostile à Louis-Philippe) et Charles X, lors même que ce prédicat aurait dû finir par échoir à l’aîné des fils de Charles III d’Espagne si la descendance de Philippe V était demeurée dynaste en France. Je sais bien que feu le baron Pinoteau a argumenté là contre et prétendu en quelque sorte que cette histoire de « premier prince du sang » relèverait en tout et pour tout des usages de cour qui parfois feraient entorse au droit... mais j’avoue ne pas avoir vu là de sa part autre chose qu’une pétition de principe.
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