réponse "brève" par Luc Perrin 2012-10-06 23:25:34 |
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Le problème n'est pas bien posé. L'Église a toujours accueilli et usé des langues vernaculaires pour la prédication, les cantiques, la littérature de dévotion etc.
Pourquoi valorisait-elle, y compris à Vatican II (cf. Veterum sapientia de Jean XXIII 1962, S.C. “L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins" (1963), l'usage d'une langue sacrée (latin, slavon, grabar (arménien ancien), grec ancien etc.) ?
C'est d'abord une donnée anthropologique : la quasi totalité des religions au monde font ainsi, c'est une expérience commune à l'humanité.
Le phénomène s'observe même chez les protestants qui sont pourtant, en théorie, les champions du vernaculaire : au XVIe, les langues dites vernaculaires choisies par Luther - qui n'a pas d'hostilité envers le latin, le grec etc. au passage -, Calvin, Knox etc. ne le sont pas du tout. Ce sont des formes savantes comme l'anglais de cour choisi pour l'Écosse, le français est aussi opaque que le latin pour la plupart des huguenots du peuple qui vivent en zone occitane ... Plus près de nous, la banalisation de la langue anglaise promue dans l'anglicanisme à partir de 1980 a entraîné la constitution de la Prayer Book society et d'un courant contestataire de type "traditionaliste" attaché au niveau de langue archaïque mais très poétique de la King James Bible de 1611. A tel point que les communautés anglicanes gardent le droit d'user d'un livre ou de l'autre.
Ensuite il vous suffit de vous reporter à l'Instruction Liturgiam authenticam (2001) qui précise les règles de traduction. La plasticité du véritable vernaculaire suscite nécessairement des difficultés, spécialement quand de méchants traducteurs-experts ont cherché à introduire des variations doctrinales ou rendre le texte flou.
La bataille des mauvaises traductions est menée par Rome depuis les années 1980 (!) en zone anglophone et on ferraille toujours ailleurs.
Preuve que tout n'est pas si simple au beau monde du vernaculaire comme vous semblez, naïvement, le penser.
Enfin la scie de la "compréhension" ne tient pas la route. Les paysans illettrés du Moyen Age connaissaient leurs prières latines par coeur et avaient une vue plus claire que nos contemporains sur la Présence réelle, le péché originel, la résurrection du Christ ... La généralisation, abusive car non prévue par Vatican II, du vernaculaire s'accompagne, les enquêtes le montrent, d'un brouillage en matière de connaissances de la foi catholique.
Je ne dis pas qu'il y a un lien direct de cause à effet ; mais de toute évidence, le vernaculaire n'a pas permis en lui-même une quelconque meilleure compréhension. Paul VI avait le droit en 1965 de penser que cette action "magique" se produirait : aujourd'hui Effata, vous ne pouvez plus tenir ce discours "enchanté", les chiffres prouvent le contraire depuis 30 ans au moins.
J'ajoute que la connaissance des grandes prières liturgiques en latin ou grec est explicitement réclamé par le Magistère, tout particulièrement pour les messes célébrées devant un grand concours de peuple et celles des grands sanctuaires. Précisément pour faciliter la ... compréhension mutuelle !
Car si, comme moi et beaucoup de nos contemporains, vous voyagez un peu, vous êtes bien content d'entendre Kyrie eleison ou Credo in unum Deum plutôt que la même prière en thaï, guarani, sangho, ewé, tamoul, kirghize, finnois, schwyzer tütsch, eskimo ...
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