le syndrôme du drapeau blanc par Réginald 2012-04-24 15:23:30 |
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« Et tout ça pour une serviette ! » dira le bx Pape Pie IX en lisant la lettre d’octobre 1873, le comte de Chambord exigeant le retour au drapeau blanc de l'Ancien Régime comme condition de son intronisation. La suite de l’histoire est connue : cette politique du « tout ou rien » a fait échouer la tentative de restauration monarchique. Sans vouloir refaire l’histoire, cette occasion manquée aurait pourtant évité à la France bien des déboires. Sans doute la grande guerre de 14-18 n’aurait-elle pas eu lieu et l’histoire de l’Europe aurait-elle été profondément modifiée.
La présente note se donne comme objectif d’examiner quelle doit être l’attitude d’un catholique le dimanche 29 avril 2012. Doit-il s’abstenir ou au contraire doit-il déposer un bulletin de vote en faveur du moins mauvais des candidats ?
On me pardonnera ici le côté télégraphique de mon intervention, mais cette méthode a au moins l’avantage de faire voir les articulations de mon raisonnement.
I) Le devoir de voter oblige gravement en conscience un catholique
Ad.1 « Pensez-y bien : ce devoir est pour vous sacré; il vous oblige en conscience; il vous oblige devant Dieu, car avec votre bulletin de vote, vous avez entre les mains les intérêts supérieurs de votre patrie » (Pie XII, Allocution du 12 mai 1946, aux jeunes femmes de Rome «, La Paix intérieure des nations, collection Les Enseignements pontificaux, Desclée, 1952, p.503)
II) Il n’est nécessaire de préserver les éléments du bien commun qui peuvent être préservés
Ad 2. La politique du pire n’est moralement pas acceptable. Le but du catholique n’est pas de hâter le mystère d’iniquité, ni de souhaiter que celui se produise le plus rapidement possible, mais de le retenir. (Cf. II Th 2 :6)
III) Objectivement, il est indéniable que sur plusieurs points la politique de François Hollande sera pire que celle de Nicolas Sarkozy
Ad.3 Cela est vrai aussi bien du point de vue de la morale naturelle (cf les points non négociables qui figurent explicitement au programme) que sur de nombreux autres points du bien commun (politique fiscale, sécurité, et même, dans une certaine mesure, immigration). Prétendre que les politiques de deux candidats sont rigoureusement identiques est faire preuve d’un esprit partisan et d’un aveuglement idéologique et politique.
IV) S’abstenir, c’est faire le jeu de l’élection de François Hollande
Ad.4 Il est illusoire de penser que l’abstention est un mode d'expression car l’abstention n'est pas comptabilisée. Refuser de choisir, c'est admettre que les autres choisissent à ma place. En d'autres termes, il n’y aura que deux bulletins de vote le 29 avril. Refuser de choisir l’un de deux candidats, c’est provoquer indirectement l’élection de l’autre.
V) Il est permis de voter pour un candidat qui s’oppose sur un ou plusieurs points à la morale catholique dans le but d’empêcher l’élection d’un candidat plus mauvais
Ad.5. C’est un cas classique désigné sous le nom du volontaire indirect : une action bonne ou indifférente qui a deux sortes d'effets, les uns bons, les autres mauvais, est licite si l'intention est bonne et que les bons effets compensent ou surpassent les mauvais.
La question a d’ailleurs été examinée par le Père Prümmer dans son manuel de théologie morale que l’on ne saurait taxer de libéralisme échevelé :
« Il est parfois permis d'élire un député indigne. Cette participation est en soi matérielle et non formelle : c'est manifeste puisque l'élection d'un député est en soi une action indifférente, et que c'est le député lui-même, une fois élu, qui abuse, par sa propre faute, des facultés qui lui ont été concédées par son élection. Cependant, en pratique, pour qu'il soit permis d'élire un député indigne, il est requis non seulement une fin honnête, mais une très grave cause. Il faut d'abord une fin honnête (...). Et puis il faut également une cause grave, et même très grave; tels sont de graves inconvénients que l'on veut éviter pour l'électeur lui-même, pour d'autres ou même pour la chose publique. Par exemple un ouvrier pourrait élire un mauvais député, si sans cette élection il viendrait à perdre son emploi et qu'il ne pourrait pas en trouver un autre; il est permis de choisir un mauvais député pour empêcher l'élection d'un député pire. Il n'est pas rare que ce cas se produise dans ce qu'on appelle le deuxième tour des élections. Alors, en effet, on n'a le choix qu'entre deux candidats. La plupart du temps, dans ce genre de situations, il faut publiquement déclarer, pour éviter le scandale, qu'on vote pour un mauvais candidat qu'afin d'exclure un candidat plus indigne encore.» (Dominique Prümmer, Manuale theologiæ moralis secundum principia Sanctæ Thomæ aquinatis, Herder, 1960, t.II, p.474.)
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