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Merci beaucoup - Je vais donc à nouveau essayer de vous répondre.
par Scrutator Sapientiæ 2012-02-20 00:03:56
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Bonsoir et bon dimanche, le torrentiel.

Voici :

1 a. « Vous déblayez le terrain que vous posent mes questions, mais vous n'allez pas à ce qui est le plus important pour moi : quelle est votre alternative? Et je vous pose cette question avec empressement parce qu'elle me paraît être ce qu'il y a de plus important pour vous. »

1 b. S'il avait été "un peu plus" question, au Concile, de la loi naturelle, des vertus naturelles, des vertus surnaturelles, du péché originel, des fins dernières, d'une manière complète et précise, et s'il y avait été "un peu moins" question de la conscience humaine et de valeurs non radicalement ni spécifiquement chrétiennes, telles que la dignité, la liberté, la fraternité, la responsabilité, la solidarité, nous n'en serions probablement pas là où nous en sommes aujourd'hui.

Mon alternative consiste donc, notamment et par exemple, à préciser ou à rappeler la cohérence et la pertinence normatives et objectives de la loi naturelle, en amont et en surplomb, par rapport à la croyance contemporaine, au sein et autour de l'Eglise, en une conscience humaine apparemment tenue pour a priori "inerrante" ou quasiment "infaillible", en matière spirituelle comme en matière temporelle, alors que la conscience humaine aujourd'hui, est bien souvent conformiste et court-termiste.


2 a. « A, sinon bien, mais souvent vous lire, et le plus attentivement que je peux, je vous sens "sous tension intérieure"; mais vous résolvez systématiquement cette tension intérieure par la verticalité, l'appel aux vertus chrétiennes contre... "les valeurs christiques", le respect de la Transcendance absolue du Dieu trine contre l'immanence vitale par elle instillée dans la création et, dans un ordre inférieur, l'augustinisme politique contre... le pélagianisme humanitariste, alors qu'il est évident que vous sentez que la vie théologale doit harmoniser les deux, ce qui n'est peut-être pas humainement possible. »

2 b. Tout n'est pas spontanément ni totalement compatible avec tout ; prenez, par exemple, d'un côté, la liberté, l'égalité, la fraternité, et, de l'autre côté, la Foi, l'Espérance, la Charité.

Oui à la liberté, à l'égalité, à la fraternité ? A première vue, pourquoi pas, mais la liberté, l'égalité, la fraternité, qui font partie des triptyques révolutionnaire et républicain, sont-elles spontanément ou totalement "compatibilisables" avec la Foi, l'Espérance, la Charité, au sens de : immédiatement et organiquement réalisables, dans les vertus théologales, et subordonnables aux vertus théologales ?

Vous et moi savons bien que non : le triptyque révolutionnaire et républicain n'a pas été instauré pour "accomplir autrement" la Foi, l'Espérance, la Charité, mais pour affranchir l’homme et le monde de la Foi, de l'Espérance et de la Charité ; ce qui résulte de sa mise en oeuvre, ce ne sont pas "les vertus chrétiennes sécularisées", mais "les vertus chrétiennes marginalisées", pour ne pas dire, parfois : ridiculisées, dans et par les sphères culturelles et médiatiques.

Enfin, je ne suis pas nostalgique de l'augustinisme politique, mais je me suis contenté hier soir de faire remarquer que je ne vois pas en quoi le pélagianisme politique, qui consiste à voir du virtuellement chrétien dans tout ce qui est vitalement humain (au sens où çà n'est pas totalitaire, donc « mortellement inhumain ») serait plus éminemment ou plus évidemment légitime, plus conforme et fidèle à l’Evangile, que l'augustinisme politique.


3 a. « Pour vivre moi-même la même tension intérieure, partie pour la rendre vivable, partie par laisser-aller qui est peut-être une forme d'abandon, j'ai incliné et opté pour l'horizontalité, les valeurs christiques, l'humanitarisme, le dialogue inégal avec l'Immanent à mon intériorité, avec le plus Intime à moi-même que moi-même, dans un affrontement foudroyant et respectueux de la transcendance divine devant laquelle je m'agenouille, confondu et contrit, mais encore impénitent, ainsi le dirai-je avec humilité, et vous comprendrez que j'aurai employé ce terme. »

3 b. « Incliner et opter pour l'horizontalité », je n'ai évidemment pas vocation à estimer, à évaluer, ce que cela veut dire, concrètement, dans le détail, en ce qui vous concerne, en particulier.

Je vous invite à aller sur un site internet qui s’appelle Culture et Foi, et vous verrez alors ce que peut signifier une orientation fondamentale en direction de l'horizontalisme et de l'humanitarisme ; je ne juge pas les consciences ni les personnes, mais je me permets la question suivante : s'agit-il encore de christianisme en général, et de christianisme catholique, en particulier ? Allez-y et vous verrez.

Par ailleurs, je pense que vous ne soupçonnez pas l'ampleur de l'hétérogénéité qui existe entre les fondements du christianisme catholique, tels qu'ils ont été reçus et transmis, dans l'ensemble, jusqu'au milieu du XX° siècle, et l'orientation fondamentale, conciliaire et/ou contemporaine, affirmée et apparue dès le modernisme, approfondie et renouvelée par le néo-modernisme, orientation fondamentale qui est d'inspiration anthropocentrique, au demeurant plus philosophique que théologique, dans ses fondements intellectuels.

Je ne vous en veux évidemment pas de ne pas soupçonner cette hétérogénéité, notamment parce que je n'ai moi-même pris la mesure de cette démarcation programmatique, de cette différenciation fondamentale, qu'après avoir lu des auteurs comme Marcel de Corte et Jean Madiran, notamment dans son ouvrage "l'hérésie du XX° siècle", mais aussi après avoir observé d’assez près l’agir concret des êtres concrets, chez des catholiques comme chez des non catholiques.


4 a. « Il se produit que vous en tirez une morale de la maîtrise de soi et du respect d'autrui là où, pour ne pas assez me maîtriser, pour regretter presque que "la maîtrise de soi" soit le dernier des fruits de l'esprit cité par saint-Paul dans leur nomenclature, comme la béatitude des persécutés est la dernière citée par notre seigneur Jésus-christ, introduisant, ce me semble, un germe de paranoïa dans la vie chrétienne, il se peut que je ne respecte pas assez les autres individuellement, lors même que je les respecte en principe, voire que toute ma morale, axée sur la bienveillance beaucoup plus que sur la vigilance, est fondée sur ce respect. »

4 b. J'ai évoqué hier soir cette éthique de la maîtrise de soi et du respect d'autrui dans un passage relatif à l'exercice de la liberté responsable en matière religieuse ;

- oui à la maîtrise de soi signifie aussi, dans mon esprit : non à la légitimation, par le recours à la notion de liberté religieuse, de ce qui relève d'une volonté de licence et de transgression en matière religieuse ;

- oui au respect d'autrui veut également dire, dans mon esprit : non à la légitimation, par le recours à la même notion, de ce qui relève d'une volonté de puissance et d'agression en matière religieuse.

En ce sens, je n'idéalise ni ne diabolise la liberté religieuse, mais j'en ai une vision extrêmement exigeante, d'autant plus que

- la notion de liberté religieuse "en plénitude" (donc de liberté religieuse ordonnée à la vérité révélée, en matière religieuse), telle que je la conçois, s'oppose également à l'hébétude ou à la servitude, plus ou moins consciente et volontaire, en matière religieuse (sujet dont on ne parle presque jamais) : or, ce n'est pas parce que les gens ont juridiquement "le droit" de s'aveugler ou de s'asservir, plus ou moins consciemment et volontairement, en matière religieuse, qu'ils ont surnaturellement et théologalement "raison" de le faire.

- la notion de liberté de recherche « en plénitude », là aussi, telle que je la conçois, n’a de sens que si l’on précise aussitôt que l’exercice de cette liberté de recherche prend tout son sens si elle aboutit à chercher Dieu là où il est, non avant tout psychologiquement agréable, mais avant tout théologalement profitable, de le chercher, c'est-à-dire pour le trouver là où Il se trouve, objectivement, et non là où on désire ou souhaite subjectivement pouvoir le trouver.


5 a. « Il y a un ascétisme beaucoup plus héroïque dans votre position que dans la mienne ; mais, là où je crois que peut s'ouvrir une première brèche, c'est que la bienveillance édifie beaucoup plus que ne peut le faire l'excès de vigilance, et l'émancipation n'est pas contradictoire avec l'édification. »

5 b. Je ne crois pas être l’incarnation de l’ascétisme (mais il est des vocations soudaines et tardives), et je ne vois pas en quoi mon « ascétisme » éventuel est héroïque (à moins qu’aujourd’hui la volonté de courage et de franchise, dans le domaine de la doctrine chrétienne, soit devenue héroïque), mais je ne suis pas le premier ni le seul à m’efforcer ainsi de mettre en avant une telle volonté d’articulation et de hiérarchisation entre la liberté responsable dans le Christ et la vérité objective dans le Christ.

Par ailleurs, la bienveillance sans vigilance et l’émancipation sans édification auxquelles je pense sont celles qui sont mises en avant, depuis le début des années 1960, sous la forme d’un a priori asymétrique et systématique, d’un préjugé favorable sans analyse préalable, notamment au « bénéfice » ad extra des « partenaires » non catholiques de l’Eglise catholique ; de mon point de vue, il va de soi que la bonne attitude n’est pas la malveillance sans vigilance, mais est la bienveillance équilibrée par la vigilance ; n'est pas l’édification dépersonnalisante, mais est l’édification par appropriation de ce qui contribue par la suite à une véritable libération responsabilisante, tout au long de la vie chrétienne.


6 a. « Le problème de votre ascétique morale est qu'elle impose aux autres la même exigence que vous vous imposez à vous-même. Or il me semble que la morale chrétienne, précisément en ce qu'elle est édification, doit procéder à l'inverse, c'est-à-dire ne rien exiger des autres et tout de soi, afin de donner aux autres le goût de la foi. »

6 b. Vous exprimez là LE contre-sens conciliaire et/ou contemporain par excellence, en matière de caritas veritatis : la charité nous commande, au contraire, d’être exigeants, avec nous-mêmes ET avec les autres, pour notre bien ET pour le leur ; la charité dévoyée commence par une confusion entre faiblesse et bonté, qui peut se doubler assez vite d’un effet de substitution, plus « pastoral », d'une attitude exigeante, mais avant tout convaincante dans son fond, par une attitude indulgente, mais seulement séduisante dans sa forme.

Le premier d’entre nous qui a été très exigeant avec lui-même ET avec les autres n’est autre que Jésus-Christ lui-même : son « va et ne pèche plus » est, à la fois et en même temps, libérateur ET responsabilisant. Et Jésus-Christ n'a pas ménagé ses apôtres.

Le contre-sens que je dénonce fréquemment découle notamment du fait que l’on dit très souvent que Dieu est Amour, et rarement que Dieu est Lumière ; or, Dieu est Amour et Lumière, ou, si l’on préfère, l’Amour de Dieu est clairvoyant et prévoyant, clarificateur et consolidateur ; mais s’Il est éclairant et exigeant, Il est éclairant sans être évident, car Il est à la fois lumineux et mystérieux.

Je me méfie donc un peu d’un christianisme catholique qui serait partisan de la propagation de l’Amour de Dieu, mais qui ne serait pas autant partisan de la propagation de la Lumière de Dieu, alors que, sans elle, il est extrêmement difficile de dénoncer, dans le Christ, les fausses lumières et les vraies ténèbres présentes et actives en ce monde.

Et je me méfie tout autant d’un christianisme catholique qui serait partisan de la propagation de la Lumière de Dieu, mais beaucoup trop sous un angle doctrinal, celui de la compréhension du message, et pas assez sous un angle spirituel, celui de la contemplation du mystère.


7 a. « Ce que je voudrais vous dire et si j'ai éventuellement un message à faire passer sur ce forum où Dieu a sans doute voulu que je joue ma petite musique, pour un peu de temps encore, comme il faut que j'entende celle de ses liseurs plus traditionnels, c'est que tradition et modernité, voire que traditionalisme et modernisme ne se repoussent pas ni ne s'opposent, mais se complètent et doivent trouver comment harmonieusement se résoudre en nous. »

Ce n'est pas opposer une fin de non recevoir à l'alternative de choisir entre le "OUI" et le "NON". Car le "OUI" n'est pas la tradition et le "NON" la modernité ou pire, le modernisme; pas plus que le "OUI" n'est la modernité et le "NON" n'est le traditionalisme.
Le "OUI" est l'adhésion pleine et entière à Dieu, à Sa Grâce dans et au-dessus de notre nature; le "NON" est notre résistance à cette grâce. Et la grâce, à la fois se superpose à notre nature, et y est depuis toujours inaltérablement introduite, par-delà les scories que nous a infligées la chute.

7 b. Je crois pouvoir dire que je connais et comprends suffisamment d’arguments et de documents dans ce domaine, depuis suffisamment longtemps, pour affirmer que l’hétérogénéité entre le catholicisme horizontaliste et humanitariste et le catholicisme traditionaliste est au contraire assez impressionnante, avant tout pour des raisons « gnoséologiques ».

Ainsi, entre une tentative de conciliation anthropocentrique entre le réalisme thomiste et l’idéalisme allemand, et une ré-affirmation ou une sur-affirmation de tout un édifice, post-tridentin et néo-thomiste, qui gagnerait sans doute à être contextualisé ou mis en perspective, mais qui est adossé à ce qu’il y a de plus exigeant et de plus convaincant, dans l’histoire du christianisme catholique, il me semble que toute tentative de concrétisation de la complémentarité que vous envisagez relève de la séance d’entraînement pour équilibristes, peut-être bien sans filet.

Pensez, en particulier, à la mise en priorité de la notion de « service de l’homme », d’un côté, et à celle de la notion de « satisfaction de Dieu », de l’autre côté…

Dans le meilleur des cas, il y aura « complémentarité » le jour où il y aura vraiment, dans les discours et dans les actes, subordination du « service de l’homme » à la « satisfaction de Dieu », c’est-à-dire, bien entendu, du seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit.


8 a. « Qu'est-ce qui fait que vous inclinez davantage vers la verticalité et moi vers l'horizontalité? Comment redresser nos inclinaisons réciproques, qui peuvent être des inclinations, des passions spirituelles et en cela des occasions de chute, car on tombe toujours du côté où l'on penche…»

8 b. Le christianisme n’est pas seulement, mais est avant tout verticaliste ; c’est ce que l’on peut appeler la primauté de la vie contemplative, de la vie intérieure, de la vie spirituelle, sur la vie opérative, sur la vie extérieure, sur la vie temporelle ; cela ne signifie pas que le christianisme est seulement verticaliste, mais il est avant tout verticaliste ; sinon, il risque de se noyer ou de se perdre dans « le social ».

Pour cette raison, je pencherai volontiers en direction et en faveur de ce que j’appellerai, mais c’est à la fois pompeux et verbeux, un « augustinisme pneumatique », et non un augustinisme politique.


9 a. « Mais à supposer que vous penchiez plus juste que moi, quelle forme d'épanouissement trouverait une société verticale, qui puisse la faire adopter des hommes? Car il s'agit bien de cela, et nul ne songe sérieusement -car nul n'en a les moyens- à restaurer autoritairement l'âge d'or d'une chrétienté mythique? Si nous voulons restaurer cette chrétienté, nous ne pourrons le faire en faisant l'économie de "ce bonheur" dont Saint-Just a prétendu que la révolution l'avait introduit "comme une idée neuve en Europe". »

9 b. Je ne suis pas absolument convaincu par ce rapprochement apparent, entre le Bonheur selon le Christ et le « bonheur » selon Saint-Just ; vous savez sans doute que les Jacobins ont mis la France et l’Europe de l’Ouest à feu et à sang, par amour du "bonheur", pour leur propre "bonheur" et pour celui des autres êtres humains.

Pour ma part, pour éviter toute confusion sémantique, j’ai toujours pensé, ce qui suit n’ayant rien d’original, que le christianisme n’est pas avant tout la religion du bonheur, ni avant tout la religion du progrès, mais est avant tout la religion du salut, ce qui ne fait pas, pour autant, du christianisme, l’ennemi juré, par principe, de tout bonheur ou de tout progrès.

Là où vous avez plus particulièrement raison, en revanche, c’est là où vous pointez du doigt, encore une fois, à juste titre, la difficulté et la nécessité, qui pèsent sur les catholiques, en matière de construction d’une authentique alternative programmatique d’inspiration chrétienne, qui serait globalisante sans être hégémonique, et qui serait à la fois réaliste et pragmatique.

Tant que les Souverains pontifes ne seront pas encore plus lucides que, par exemple, Benoît XVI dans Caritas in Veritate, non seulement sur les abus, excès, limites, tendances, mais aussi sur les fondements, origines, principes, de la mondialisation déshumanisatrice, il sera difficile d’être à la fois pleinement catholique et pleinement réaliste, sur le sens profond de ce qui se passe, depuis, au moins, 1981.

Or, l’établissement d’un diagnostic réaliste est le préalable à la formalisation d’une thérapie appropriée et proportionnée, et c’est seulement si l’Eglise catholique commence ou continue à sortir davantage du cosmo-politiquement et du cosmo-religieusement corrects que l’on pourra envisager d’établir un diagnostic encore moins consensuel et encore plus courageux sur le monde actuel.

Il me semble que la CEF, dans la Documentation catholique, a récemment encensé Jacques DELORS ; compte tenu de la part de responsabilité de cet homme dans la construction de l’Union européenne, qui est en passe de devenir un oxymoron continental, je me demande parfois si l’aveuglement épiscopal d’hier, face au capitalisme d’Etat collectiviste et soviétique, n’est pas battu à plates coutures par le même aveuglement, aujourd’hui, face au capitalisme de Marché individualiste et atlantique ; les évêques français ont-ils seulement conscience de la part de nocivité inhérente à la logique dont Jacques DELORS a été le promoteur et le serviteur, notamment de 1984 à 1994 ? Ou se satisfont-ils d’un « bilan globalement positif » ?


10 a. « Marginalement, vous avez fait état d'un oecuménisme interconfessionnel. Mais cet oecuménisme a vécu. Peut-être parce qu'il y a crise de la transmission à l'intérieur de chaque confession, laquelle crise est rémédiable, l'oecuménisme est devenu transversal. »

10 b. Je crois comprendre, je l’écris avec scepticisme, mais sans acrimonie, que l’œcuménisme est susceptible d’obéir, mais pas nécessairement dans votre esprit, à « une loi des trois états » : après l’œcuménisme multi-confessionnel, cohabitationniste, nous irions peut-être en direction d’un œcuménisme inter-confessionnel, confédéral, avant d’aller peut-être en direction d’un œcuménisme, sinon fusionnel, du moins transversal, peut-être bien convergentiel, mais sans doute pas fédéraliste.

Pour ma part, l’œcuménisme, je n’y ai jamais cru, d’une part, pour des raisons « ecclésiologiques » (l’Eglise une et sainte existe déjà : c’est l’Eglise catholique et apostolique), et, d’autre part, pour des raisons « pneumatologiques » : il conviendra que l’on m’explique en quoi l’œcuménisme a aidé les chrétiens à résister davantage aux chimères, aux délires, aux sirènes, aux tentations, aux usages et aux vertiges inspirés ou suscités par l’esprit du monde…moderne, depuis, à présent, un demi-siècle, alors que l’œcuménisme devrait être à la fois unificateur et sanctificateur, dans l’ensemble du christianisme.


11 a. « Intellectuellement, il ne s'agit plus vraiment de savoir si nous sommes fondés ou non à avoir un "complexe d'infériorité". Le vrai pari de l'avenir me paraît d'arriver à penser à l'intersection de l'ancien et du moderne ou, pour filer votre métaphore tocquevilienne, de l'Ancien régime et de la révolution, sur cette arête, et non à l'exclusion de toute innovation ou dans le rejet de toute Tradition. Le pari de l'avenir est d'être des réactionnaires non conservateurs ; si j'osais l'oxymore, je dirais des réactionnaires progressistes. »

11 b. Le propos de Tocqueville, dans l’Ancien Régime et la Révolution, consiste à mettre en évidence la présence de signes avant-coureurs, dans l’Ancien Régime, de la Révolution, assez longtemps avant que celle-ci se produise. Ces signes avant-coureurs ne sont pas avant tout axiologiques ou idéologiques, mais relèvent davantage de ce que nous appellerions aujourd’hui la gouvernance politique ou le management public. Il remarque, en particulier, que la dynamique de centralisation administrative et gouvernementale a été amplement antérieure à la Révolution, ce qui signifie que cela n’a pas de sens d’idéaliser rétrospectivement, d’une manière « philo-féodale » un Ancien Régime qui aurait été « le seul » pleinement respectueux des libertés locales, pour mieux diaboliser une Révolution qui aurait été « la seule » éliminatrice des mêmes libertés locales, mais aussi que cela n’a pas davantage de sens de procéder au raisonnement « philo-libéral » inverse.

Pour cette raison, il dévoile une continuité, infrastructurelle, sous-jacente ou souterraine, entre l’Ancien Régime et la Révolution, mais il dévoile aussi cette continuité, parce qu’elle est dysfonctionnelle, car, pour lui, la Révolution n’atténue pas, mais, au contraire, aggrave, les méfaits de la centralisation issue de l’Ancien Régime.

(Tout à fait entre nous : une analyse tocquevelienne un peu iconoclaste pointerait peut-être du doigt le cléricalisme comme étant le trait de caractère commun au christianisme catholique anté-conciliaire et au christianisme catholique post-conciliaire, par delà les discontinuités doctrinales, liturgiques ou pastorales plus apparentes ou évidentes, et nous aurions ainsi une des clefs de compréhension du fait que le renouveau dans la continuité cher à Benoît XVI est condamné, pour encore longtemps, à être handicapé ou pénalisé par une logique d'appareil qui fait ou laisse plutôt prospérer une continuité dysfonctionnelle, mais je vous apporte cette réflexion "tout à fait entre nous")

De là à parler, comme vous le faites, d’intersection ou d’oxymore, ce qui me rappelle, je le dis avec estime et sans ironie, ce que Gérard LECLERC dit parfois de lui-même (il se qualifie « d’anarchiste conservateur ») il y a plus d’un pas, que je n’effectuerai pas, d’abord, parce qu’il m’arrive, peut-être trop souvent, d’avoir un petit côté « faudrait-savoiriste » ; ensuite parce que l’on ne peut se dire réactionnaire progressiste qu’en précisant aussitôt vis-à-vis de quoi on est réactionnaire, et vis-à-vis de quoi on est progressiste ; enfin, parce que, quand on définit son positionnement, au moyen de quelques concepts, c’est pour être aisément entendu, quitte à être approuvé ou contesté, mais pour être aisément entendu tout de même.

Si je me définissais comme un « tocquevillien de droite », presque tout le monde me comprendrait, et il est probable que certains ne manqueraient pas de me dire : « je vous comprends d’autant mieux que Tocqueville était de droite ».

En revanche, si je me définissais, par exemple, comme un « nietzschéen spiritualiste », je pense que presque personne ne me comprendrait…

Cela étant écrit, vous avez évidemment tout à fait le droit de plaider en faveur d’un progressisme réactionnaire, mais vous risquez de n’être vraiment compris ni par les progressistes, ni par les réactionnaires, même si vous disposez par ailleurs d’excellents arguments.


12 a. « Il nous reste la troisième colonne de la charité. A aucun prix, le catholicisme ne doit abandonner les "oeuvres de miséricorde" ou bonnes oeuvres qui font qu'il reste le dernier recours de la société quand elle a bu le calice de toute pauvreté. »

12 b. Ce n’est évidemment pas à vous que je rappellerai quelle œuvre de miséricorde spirituelle a été mentionnée, dans le Catéchisme de Saint Pie X, a été « oubliée », dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, et a été rappelée, dans le Compendium du CEC…


13 a. « La charité est, avec la transversalité et la liberté intellectuelle de faire de l'ancien et du nouveau, le troisième pilier de la restauration chrétienne. Elle prend sa source dans la prière. »

13 b. Merci beaucoup, en particulier pour la fin de cette remarque, car vous montrez, au moyen de cette phrase, qu’il n’y a pas, d’un côté, la foi et la prière, l’axe vertical de la vie chrétienne, et de l’autre, la charité et la morale, l’axe horizontal de la vie chrétienne, comme si chacun de ces deux axes pouvait se suffire à lui-même.

En réalité, la prière est la charité tournée vers Dieu, et la conservation et la propagation de la foi en la vérité objective qu’est la vérité révélée sont propices, et non nuisibles, à la mise en œuvre d’une conception, assurément exigeante, mais aussi clarifiante, de la charité, également « au bénéfice » surnaturel et théologal, et non uniquement « au service » connaturel et anthropologal, des êtres humains.


Au terme de cette tentative de réponse, point par point, à votre message d’hier soir, vous comprendrez que je ne puisse pas aller beaucoup plus loin ; peut-être serez vous déconcerté, voire désappointé, par le caractère géométrique ou systématique de mes réponses, qui peut donner l’impression que j’ai « un esprit formé » au point d’être « un esprit fermé ».

Voyez-vous, quand j’écris, je n’ai presque qu’une peur, c’est d’oublier un aspect, un enjeu, un aperçu, un argument, qui me tient à cœur, et qui devrait pouvoir m’aider, non à « avoir raison » contre le raisonnement de mon interlocuteur, mais à me faire comprendre, le moins mal possible, de lui, ce qui n’est pas tout à fait le même objectif.

C’est à cause de ce perfectionnisme là que j’écris comme je le fais ; je vous prie de bien vouloir m’en excuser, je vous souhaite une bonne réception et une bonne lecture de ce message, une bonne nuit et un bon début de semaine.

Scrutator.

     

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                  je ne comprends pas votre propos par Luc Perrin  (2012-02-19 14:52:15)
                      Vous écrivez... par le torrentiel  (2012-02-20 10:44:24)
      Que voulez vous.. quand vous ne faites même pas de réponse au préambule.... par Capitaine Flam  (2012-02-18 00:39:51)
          Dites ? par Archange  (2012-02-18 07:41:15)
              Très simple Archange par Capitaine Flam  (2012-02-18 11:48:28)
      ce serait bien une chose extraordinaire par jejomau  (2012-02-18 08:34:17)
          "Les grandes affirmations" de Vatican II ne sont pas catholiques ! par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 09:28:26)
              Quelles sont les grandes affirmations non catholiques de V II par Anton  (2012-02-18 09:55:27)
                  Toutes celles que j'ai citées plus 'la grande affirmation" de Lumen Gentiu [...] par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 10:06:41)
                      tiens j'ai trouvé quelque chose qui va faire bondir par jejomau  (2012-02-18 10:33:11)
                          Le Pape Grégoire le Grand n'affirme pas que la liberté religieuse serait un dr [...] par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 11:02:31)
                          Mais précisément par Philippilus  (2012-02-18 11:03:11)
                              Mais pourquoi voulez-vous que "l'objectif ultime" du dialogue interrel [...] par le torrentiel  (2012-02-18 19:48:36)
                      Merci Maître Parfu, pourriez vous les mettre par Anton  (2012-02-18 12:35:03)
                          Les réponses Anton par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 12:53:59)
                  Nostra aetate n°2 pose problème par Luc Perrin  (2012-02-19 15:31:13)
              Ce sont des quasi-dogmes, et tout le monde le sait. par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-18 15:53:54)
                  Excellent Scrutator ! par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 16:23:04)
                      Merci beaucoup - Explication sur cet abécédaire. par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-18 17:46:46)
                          Excellent ! par Gaspard  (2012-02-18 18:10:29)
                          Mais il y a une saine évolution, innovation et ouverture par le torrentiel  (2012-02-18 20:29:38)
                              Vraiment merci - je vais essayer de répondre. par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-18 22:51:17)
                                  Votre tension intérieure en miroir de la mienne par le torrentiel  (2012-02-19 02:30:57)
                                      Merci beaucoup - Je vais donc à nouveau essayer de vous répondre. par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-20 00:03:56)
                                          Vous plaidez donc en faveur du kérigme et c'est ici que nous pouvons nous rejoi [...] par le torrentiel  (2012-02-20 12:37:08)
          Au contraire par Etienne  (2012-02-18 12:50:47)
              Mais comment Etienne par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 13:13:03)
                  Mille fois évoqués. par Etienne  (2012-02-18 13:41:24)
                      Le développement doctrinal actuel de la FSSPX ? par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-18 15:15:08)
                          [réponse] par Etienne  (2012-02-18 15:49:50)
                              Intéressant et préoccupant à la fois. par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-18 16:41:41)
                              Le développement doctrinal que je leur souhaite. par Scrutator Sapientiæ  (2012-02-18 17:12:26)
              Benoît XVI en est bien conscient par Luc Perrin  (2012-02-19 16:09:25)
                  Tout à fait d'accord avec vous Luc ! par Jean-Paul PARFU  (2012-02-19 16:21:05)
                  Intéressant. par Rémi  (2012-02-19 17:59:58)
                      elle en a posé certains déjà par Luc Perrin  (2012-02-19 22:45:10)
                  Je comprends mieux par le torrentiel  (2012-02-20 13:38:30)
                      il y a du bon sens dans par Luc Perrin  (2012-02-21 01:32:54)
      Si ! par Introibo  (2012-02-18 10:57:30)
          ah non... par jejomau  (2012-02-18 11:10:30)
              Vous comprenez bien jejomau que ces textes par Jean-Paul PARFU  (2012-02-18 11:17:21)
                  effectivement par jejomau  (2012-02-18 11:23:54)
                  D'où par Introibo  (2012-02-18 12:00:06)
              Hum.... par Introibo  (2012-02-18 11:59:14)
                  oui par jejomau  (2012-02-18 12:14:08)
                      Oui !! par Introibo  (2012-02-18 13:05:48)
      "Le pape dira ceci, dira cela"... c'est-y pas essayer de forcer la mai [...] par Gaspard  (2012-02-18 18:15:04)
          Le Pape a dit par Non volumus ignorare  (2012-02-18 19:59:58)
      c est justement la grande avancée!! par Antoine  (2012-02-19 17:38:22)


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