Figurez-vous par Signo 2025-12-01 11:25:07 |
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Que je considère que 90% des critiques que les Orthodoxes nous adressent sont légitimes et fondées.
Je crois au Filioque, à l’infaillibilité pontificale, à l’Immaculée Conception… mais sur tous ces sujets j’estime que la dogmatisation latine unilatérale était inopportune. Je pense d’ailleurs que les autorités romaines actuelles partagent cet avis. C’est ce qui transparait clairement de l’ensemble des discours des papes, des documents publiés par le Saint-Siège etc. la ou je suis en désaccord avec les Orthodoxes, c’est quand, à partir de ce constat globalement juste (c’est-à-dire un éloignement progressif du monde chrétien occidental des équilibres patristiques et des sources vives de la Révélation), ils tirent des conséquences absolues (rejet de l’Eglise latine dans son ensemble considérée comme hérétique), plus encore quand ils estiment être l’unique Eglise du Christ, alors qu’il est clair que le Christ est venu fonder une Eglise universelle et non exclusivement orientale, et que l’ecclésiologie Orthodoxe, du fait de sa séparation de la communion romaine, souffre de dysfonctionnements structurels (phylétisme notamment) qui altèrent et limitent sa fécondité ecclésiale.
A noter le caractère paradoxalement anti-œcuménique de la réforme liturgique, qui, en détruisant bien des éléments de notre liturgie latine traditionnelle que nous avions en commun avec les autres Eglises apostoliques, mais aussi en rompant avec toute une atmosphère sacrale, nous a considérablement éloignés de l’Orient en général et des Orthodoxes en particulier. C’est un fait que l’on souligne très peu parce ce constat ne plait ni aux traditionalistes (qui critiquent tout œcuménisme sans distinction) ni aux défenseurs de la réforme (qui canonisent tout œcuménisme sans plus de distinctions). C’est pourtant une réalité objective, massive, spectaculaire même pour tous ceux qui ont eu un contact un peu sérieux avec les traditions orientales. On l’a encore bien vu avec la divine liturgie byzantine à laquelle le pape a assisté hier en présence des patriarches de Constantinople et d’Alexandrie : par rapport a la liturgie occidentale reformée, on est dans un tout autre monde, une toute autre atmosphère… que l’on retrouve dans la liturgie latine traditionnelle. Et pour avoir lu certains ouvrages d’apologétique orthodoxe (pas spécialement intégristes d’ailleurs), je peux vous certifier que loin d’avoir facilité le rapprochement œcuménique, la révolution liturgique des années 1960, officialisée et normalisée dans les nouveaux livres de 1969, a au contraire considérablement allongé la liste pourtant déjà longue de griefs que les Orthodoxes ont à l’égard des Latins (qui ont d’ailleurs abandonné la langue latine elle-même en très grande partie).
Et contrairement a ce que vous dites, le rite est absolument essentiel parce que c’est à travers lui que les vérités essentielles de la foi se communiquent à l’ensemble du peuple des fidèles. L’immense majorité des chrétiens ne sont pas théologiens, mais tous assistent et participent, à des degrés divers, à la liturgie. Par ailleurs la vie chrétienne est d’abord une vérité de vie et une expérience vécue avant d’être un système de notions abstraites ou un ensemble de connaissances livresques. Cette expérience s’effectue, non pas exclusivement bien sûr, mais d’abord dans la liturgie. Des modifications profondes dans le rite entrainent inévitablement une altération profonde de la foi et de l’expérience spirituelle elle-même. De fait c'est ce que l'on observe dans le catholicisme contemporain.
J’ai trouvé intéressant également le fait que vous accusiez le P. Bouyer de crypto-protestantisme simplement par le fait qu’il critique l’absolutisation de l’autorité dans le catholicisme moderne. Cela en dit long sur votre vision de l’Eglise et votre rapport à la vérité, à la tradition, à l’autorité, à l’œcuménisme… et surtout votre méconnaissance à peu près complète de la pensée de Bouyer dont le cardinal Lustiger disait qu’il était le moins conformiste et pourtant le plus traditionnel de tous les théologiens de son époque. Ce faisant vous adhérez à une certaine mentalité paradoxalement assez typique de la période post-tridentine et préconciliaire, cette mentalité étroite et sclérosée que tout le renouveau théologique du XXe siècle, puis le magistère post-Vatican II à sa suite, a fini lui-même par abandonner.
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