1) Je maintiens le caractère explicite de l’objectif d’une disparition de la liturgie traditionnelle exprimé dans la lettre accompagnant le motu proprio, et que je cite textuellement :
Les indications sur la marche à suivre dans les diocèses sont principalement dictées par deux principes : d’une part, pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ; d’autre part, interrompre l’érection de nouvelles paroisses personnelles, liées plus au désir et à la volonté de certains prêtres qu’au besoin réel du « saint peuple de Dieu fidèle »
Autrement dit, si l’ancien rite est encore toléré dans l’Eglise, c’est uniquement pour laisser à ceux qui y sont attachés le temps d’adaptation nécessaire pour « pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II », c’est à dire au NOM. Donc, à terme, l’ancienne liturgie est en sursis et a vocation à disparaître. Le pape ne pouvait pas être plus clair: il s’agit bien d’une mention explicite. Et toutes les mesures d’une invraisemblable mesquinerie (dont la dureté a choqué même de nombreux catholiques libéraux) que contient ce document sont en parfaite cohérence avec l’objectif affiché d’une disparition à terme. Le nier relève purement et simplement de la mauvaise foi.
2) Ma démarche s’attache aux faits objectivement constatables. Je refuse par avance de prendre en compte votre reproche selon lequel mon vocabulaire serait « blessant »: vous êtes dans le chantage affectif, pas dans la description de la réalité. Tous ceux qui me lisent sans lunettes déformantes savent que mes propos ne blessent et ne visent à blesser personne. Ceux qui pratiquent la nouvelle liturgie sont de très bonnes personnes, sans doute de meilleurs catholiques que moi, ce qui n’est pas difficile. Ils ont beaucoup de mérite à se sanctifier avec une liturgie aussi bancale, qui d’ailleurs comprend malgré tout quelques rares éléments positifs qu’il serait dommage de voir disparaître. Simplement, ce n’est pas la voie que j’ai choisi et ce choix est définitif.
3) On ne va pas refaire le débat sur le caractère rupturiste de la réforme de 1969. Cette rupture est
un fait, abondamment documenté (cf les correspondances privées de Ratzinger, les ouvrages de Gamber, les aveux de Gélineau, les témoignages de Bouyer et de Mgr Lefebvre, les textes de Paul VI accompagnant la publication du nouveau missel, les analyses de certains sociologues, les reproches venant du monde orthodoxe, etc). Je ne cherche plus à convaincre quiconque sur ce point, j’en sais assez désormais pour orienter ma vie personnelle sur des bases solides. Pour moi la question liturgique est une question close. De toute façon, ceux qui s’accrochent désespérément, comme je l’ai fait moi même pendant près d’une décennie avant de reconnaître dans la douleur mon erreur, à la défense de ce rite mort-né n’écouteront aucun argument factuel et se retrancheront toujours derrière l’argument d’autorité, le seul qui vaille à leurs yeux.
4) Vous adhérez visiblement à une approche nominaliste de la réalité: pour vous le réel n’existe que dans la mesure où il est décrété vrai par l’autorité. Si l’autorité n’en parle pas, ou affirme l’inverse, par exemple que l’herbe est bleue et le ciel vert, c’est l’autorité qui a raison contre le réel. C’est votre droit le plus strict. Ma démarche elle est bien différente: elle relève de la lucidité et vise le réel, la vérité, dont l’autorité est la servante et non la source.
5) Par définition, l’adjectif
traditionnel caractérise ce qui a été transmis, c’est à dire ce qui relève d’usages et de rites s’inscrivant dans un développement historique organique procédant par enrichissements et par développements. Cela exclut toute démarche de refonte, toute reconstruction artificielle d’un rite dans le cadre d’un processus bureaucratique conduit par des « experts ». Cela inclut encore moins tout processus révolutionnaire dans lequel une commission d’experts viendrait officialiser des usages abusifs en rupture radicale avec la totalité de l’histoire de la liturgie chrétienne d’Orient comme d’Occident (disparition du chant sacré, messe face au peuple, etc).
Il est effectivement possible de faire une interprétation traditionnelle d’un missel qui ne l’est objectivement pas; l’expérience montre que ce choix relève de l’exception et de l’anecdote. Une exception par définition ne saurait être considérée comme une règle. Il suffit de pousser la porte de n’importe quelle église à l’heure de la messe, même là où il n’y a aucun abus liturgique particulier, pour s’apercevoir que la liturgie qui y est célébrée n’a plus aucun rapport, même lointain, avec les caractéristiques essentielles de la messe latine qui ont traversé les siècles depuis le IVe siècle jusqu’au années 1960. Que ceux qui refusent de voir le réel restent dans leur monde parallèle s’ils y sont bien; qu’ils ne demandent pas à ceux qui s’efforcent d’être lucides de partager leur cécité.