Quelques remarques, les plus rapides possibles. par Scrutator Sapientiæ 2012-10-03 06:51:08 |
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Bonjour et merci, Anne Charlotte Lundi.
Quelques remarques, les plus rapides possibles ; je relève notamment :
- chez Jean XXIII :
1. une conception peu réaliste et très singulière des erreurs, lesquelles, "à peine nées", "s'évanouissent comme brume au soleil", alors que toute l'histoire des idées, que ce soit en politique ou en religion, tendrait plutôt à prouver la remarquable résilience des erreurs, même quand elles sont prises "la main dans le sac" de leur incohérence, inconscience, inconséquence ou inconsistance, et ce pour une raison très simple : une erreur n'est pas avant tout convaincante, mais est avant tout séduisante, pour ne pas dire : séductrice et tentatrice.
2. une expression d'une extrême gravité : "Mais aujourd’hui l’Epouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité. Elle estime que, plutôt que de condamner, elle répond mieux aux besoins de notre époque en mettant davantage en valeur les richesses de sa doctrine." Voici pourquoi :
a) il y a là un risque de confusion entre miséricorde chrétienne et mansuétude mondaine, et de diabolisation, de neutralisation ou d'assimilation de la troisième oeuvre de miséricorde spirituelle ("exhorter les pécheurs" (à la conversion) cf. Grand Catéchisme de Saint Pie X) à une sévérité disproportionnée et inappropriée, synonyme d'intransigeance envers les personnes dans l'erreur, alors qu'elle n'est, en principe, intransigeance qu'envers les principes et pratiques erronées ;
b) l'invention d'une alternative entre miséricorde et sévérité qui désoriente, voire paralyse ; or, il arrive "parfois", au sein d'une famille, dans le cadre d'une profession, etc, qu'il y ait, compte tenu de la gravité ou de l'urgence, "état de nécessité", et que le maintien en vigueur de la pratique de la miséricorde, sur le fond, nécessite le recours ponctuel à la rigueur de la sévérité, dans la forme ;
c) l'évocation pernicieuse ou l'invocation tendancieuse des "besoins de notre époque" : en l'occurrence, il ne s'agit pas des besoins de notre époque, mais des désirs de toute époque, qui désire ardemment que l'Eglise lui donne raison.
3. Je ne saurais trop insister sur le fait qu'à partir, sinon à cause, de Jean XXIII,
- l'affect et le sentiment ont commencé à dominer le concept et le jugement ;
- l'authenticité, dans l'ordre de l'existence, dans la fausse Charité, id est la bienveillance SANS la vigilance, a commencé à prendre le pas sur l'exactitude, dans l'ordre de l'intelligence de la Foi, et sur la vraie prudence, id est la bienveillance DANS la vigilance ;
- les erreurs ont commencé à être tenues pour des options ;
- l'optimisme mondain a commencé à surplomber l'espérance chrétienne ;
- la mentalité "conciliaire", id est progressiste adossée au Concile ou assise sur le Concile (au point d'abîmer la chaise ou de déformer le dossier) a commencé à prospérer, au sein de l'Eglise :
en gros, c'est la mentalité selon laquelle
- la véritable mise en oeuvre du Concile, la plus respectueuse de l'esprit du Concile, se limite à sa mise en oeuvre par les catholiques progressistes, les autres visions de sa mise en oeuvre étant synomymes de recentrage hypocrite, de restauration archaique, de dérive charismatique spiritualiste, ou de logique conservatrice autoritaire ;
- les bonnes intentions des catholiques progressistes, axiologiquement et ontologiquement supérieures à celles des autres catholiques, les mettent, à l'avance et par principe, à l'abri de toute critique, et même de la constatation du fait que ces bonnes intentions, traduites en actes, ont donné lieu, le plus souvent, à des résultats des plus mauvais.
4. Une autre phrase du même discours de Jean XXIII est proprement ahurissante : c'est celle dans laquelle il s'en prend aux "prophètes de malheur", id est aux conservateurs qui, depuis les bureaux de la Curie, entendent conférer une coloration conservatrice au Concile ;
a) d'une part, s'il n'était pas en accord avec eux, pourquoi les a-t-il laissés préparer les schémas pré-conciliaires dans une direction aussi conservatrice ? Pourquoi, entre 1959 et 1962, Jean XXIII a-t-il été aussi ambivalent avec les conservateurs travaillant au Saint-Siège ?
b) d'autre part, même s'il n'était pas d'accord avec eux, cela lui donnait-il le droit de les désigner ainsi comme bastions à attaquer ou comme cibles à abattre, à l'attention des réformateurs-rénovateurs, mais aussi à l'attention des refondateurs-renormateurs progressistes ?
- chez Jean MADIRAN : au moins deux idées tout à fait fondamentales :
1. "Dans la vie réelle des familles, des métiers, des paroisses, l’origine du contraire de la vérité est beaucoup moins l’erreur que le mensonge."
2. "L’esprit humain est ainsi fait qu’il assimile mal une idée vraie si l’on n’en précise pas les contours par une condamnation qui anathématise ce qui lui est contraire."
C'est fort bien vu, sur les plans gnoséologique, praxéologique, programatique et psychologique ; c'est fort bien vu, car c'est très vrai.
De même que la crise de la transmission que traverse l'Ecole est en partie une crise que l'Ecole s'est infligée et continue à s'infliger à elle-même, de même, la crise de la transmission que traverse l'Eglise est en partie une crise que l'Eglise s'est infligée et continue à s'infliger à elle-même, à cause d'une gigantesque entreprise de falsification de la générosité, puisque c'est par générosité, n'est-ce pas, que l'on a commencé à abaisser le niveau des exigences, à l'attention des enseignants et des élèves, d'une part, des prêtres et des fidèles, d'autre part.
Je recommande enfin la (re)lecture d'un ouvrage absolument fondamental : "Jean XXIII, le Pape du Concile", de Peter HEBBLETHWAITE, biographie parue aux éditions BAYARD ; il s'agit peut-être d'un ouvrage épuisé, mais sûrement pas d'un ouvrage épuisant, et il s'agit d'un livre dont la lecture est absolument indispensable pour connaître et comprendre le futur Jean XXIII, puis Jean XXIII lui-même.
Bonne journée.
Scrutator.
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