Très rapidement, quelques remarques non polémiques. par Scrutator Sapientiæ 2012-08-05 12:43:33 |
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Bonjour et bon dimanche, jl d'André.
Très rapidement, quelques remarques non polémiques, au contact de vos phrases.
1. "Le concile Vatican II fut contrairement à tous les précédents conciles un concile pastoral."
A mon sens, la distinction la plus pertinente, pour comprendre la nature du Concile Vatican II, n'est pas entre doctrinal et pastoral, mais entre dogmatique et adogmatique ; en effet, et bien que le Concile Vatican II comporte deux constitutions dogmatiques, il ne comporte aucune définition expressément dogmatique.
Or, c'est à ce Concile Vatican II que l'on a entendu conférer, notamment en France, une autorité équivalente à celle d'un Concile dogmatique, que ce soit
- pour que nous obéissions à sa mise en oeuvre, par les évêques et dans les diocèses, quelle que soit cette mise en oeuvre, et aussi partiellement conforme ou contraire au Concile, et aussi partiellement déplorable ou regrettable soit-elle,
- pour l'exposer à une critique dévalorisante (cf. la dogmatisation "en négatif" de certains des aspects du Concile par certains catholiques "traditionalistes") ;
ou
- pour l'encenser, par une mystique survalorisante (cf. la dogmatisation de certains des aspects du Concile par certains catholiques "humanitaristes").
Aucune de ces trois attitudes n'est respectueuse de la spécificité du Concile Vatican II, et ce n'est pas moi qui dit que ce Concile est adogmatique, c'est Vatican II lui-même, au moyen de précisions qui figurent à la fin de DV et de LG, ainsi qu'au début de GS.
Cela ne signifie en rien que l'intention explicite des Pères du Concile était que ces textes n'aient aucune autorité doctrinale, mais cela signifie que leur intention explicite n'était pas que ces textes aient une autorité dogmatique.
Peut-être ces mêmes Pères, dont on oublie parfois qu'ils ont non seulement mis en forme, mais aussi mis en oeuvre, le Concile, ne s'attendaient-ils pas à ce que le Concile, avant même sa clôture, soit instrumentalisé par les "progressistes rupturistes", et peut-être ont-ils considéré que la pente "progressiste rupturiste" était la plus conforme à "l'esprit du Concile" ou la moins contraire au "sens de l'histoire", mais il s'agit là d'un aspect plus conjoncturel et moins fondamental : quand bien même cet aspect figurerait, en toutes lettres, dans tel ou tel texte du Concile, cela ne lui conférerait pas pour autant une autorité dogmatique.
Pour le reste, je ne m'y connais pas assez, mais je suis convaincu que des préoccupations pastorales n'ont jamais été totalement absentes des Conciles antérieurs à Vatican II ; merci beaucoup à plus qualifié que moi de me dire à quel point je me trompe.
2. "Les "erreurs" du concile ne portent donc pas sur la foi ou les moeurs mais sur la pastorale, domaine où l'autorité suprême de l'Église peut très bien se tromper (les exemples historiques pullulent)."
Pour ma part, je ne raisonnerai pas tant en termes d'"erreurs" qu'en termes d'équivoques et de négligences, ou, comme je l'ai déjà écrit, d'ambivalence, d'aveuglement, d'imprécision et d'incomplétude, ce qui ne signifie en rien que le Concile ne comporte que des équivoques et des négligences : il comporte aussi
- des affirmations sans équivoques et des insistances sans négligences,
- des additions ou des soustractions "d'avant-dernière minute" qui ont permis d'obtenir le moins d'aveuglement et d'imprécision possible dans certains textes, dont DV, LG, DH, UR, additions ou soustractions que l'on doit souvent à Paul VI lui-même.
Entre autres raisons, peut-être moins fondamentales que procédurales, celui-ci, je le rappelle ici, voulait vraiment la plus grande unanimité possible, au moment du vote final des textes du Concile, d'où un certain nombre de "pénalties de compensation" accordés à la minorité présente au Concile, afin qu'elle s'exprime en faveur des textes.
Pour le reste, là aussi, je ne m'y connais pas assez, mais je suis convaincu qu'il convient de distinguer
- entre l'Eglise, qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper, sur les formulations dogmatiques,
- et les hommes d'Eglise, qui peuvent se tromper, voire nous tromper, sur les questions qui relèvent de la pastorale,
l'erreur cardinale pouvant consister à élever ce qui n'est qu'un moyen inapproprié, une certaine conception horizontaliste et humanitariste de la pastorale, au rang de fin, le souci des âmes en vue du salut des âmes, la gloire de Dieu et le salut du monde.
Il est déjà arrivé que les hommes d'Eglise concernés "manquent leur affaire", à tout le moins partiellement, à l'occasion d'un Concile, ou bien à cause de leur méconnaissance du contexte, ou bien du fait des insuffisances de leurs textes ; je pense ici au Concile de Latran V (1512-1517) ; cela pose la question de l'infécondité ou de l'infructuosité relative, en tout cas pour l'instant, du Concile Vatican II.
3. "En revanches, ces erreurs pastorales ont des conséquences graves touchant elles la foi ou les moeurs et d'ailleurs parfois dénoncées par l'autorité."
Oui, ces équivoques ou négligences doctrinales en matière pastorale ont eu alors, et ont toujours, des conséquences graves, mais d'une manière indirecte, sur le rapport des catholiques à la Foi et aux moeurs, id est sur leurs relations, à penser et à vivre, avec les fondements et les contenus de la Foi et des moeurs : un peu en amont, un peu plus au moment, et surtout en aval du Concile,
- l'extrêmement important (notamment la prise en compte du Credo et du Décalogue) a été présenté ou ressenti comme étant "désormais" presque escamotable ou facultatif,
et
- le différemment important (notamment l'oecuménisme et le dialogue interreligieux) a été présenté ou ressenti comme étant "à présent" presque dogmatisable ou impératif.
Les Papes eux-mêmes ont entendu y remédier, mais parfois en donnant l'impression qu'ils le faisaient par intermittences, et non d'une manière systématique : il ne s'est écoulé que quelques mois entre la publication de Humanae Vitae et celle du début de la réforme de la liturgie, par le même Paul VI, or, il n'est pas totalement impossible de considérer que la forma mentis "dérégulatrice" de celle-ci n'est pas spontanément en phase avec la forma mentis "réaffirmatrice" de celle-là.
4. "On a le devoir de désobéir à l'autorité légitime lorsqu'elle nous prescrit de commettre un péché. Mais ce serait un jugement téméraire d'en conclure que le titulaire de cette autorité a conscience de nous prescrire un péché!"
En aval du Concile, et en prenant appui sur lui, de très nombreux évêques ont entendu prescrire aux prêtres et aux fidèles, non de commettre des péchés, mais de se rallier, voire de se soumettre, à un état d'esprit, certes présent au Concile, mais auquel celui-ci ne se limite pas ; cet état d'esprit, j'ai déjà eu l'occasion de dire qu'il est caractérisé par de l'angélisme, de l'irénisme et de l'utopisme.
C'est cela, à mon avis, le scandale des scandales qui a caractérisé, notamment, les années 1960 et 1970 : avoir laissé entendre ou fait entendre que la seule attitude "authentiquement évangélique", placée sous le double signe de la fraternité universelle et de la fidélité au Concile, et pleinement accueillante et bienveillante, au contact des signes des temps, était cette attitude là :
- un extrême angélisme, à l'égard de l'homme moderne, en tant qu'homme et en tant que moderne,
- un très grand irénisme, vis-à-vis des confessions non catholiques, des religions non chrétiennes, et même de l'athéisme,
- un extrême utopisme, à l'égard du monde moderne, en tant que monde et en tant que moderne, dans le sillage d'une partie de GS.
Merci par avance pour toute votre indulgence, au contact de ce message, qui se veut une approche, parmi d'autres possibles, et non, bien sûr, "la seule bonne manière" de parler de cette question difficile, mais passionnante, et qui peut être formatrice, mais qui peut aussi être "déformante".
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.
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