Les causes de notre relative indigence intellectuelle. par Scrutator Sapientiæ 2011-11-27 14:19:07 |
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Bonjour et bon dimanche à 8Charly,
I. Premièrement, j'évoque en un mot un point sur lequel je ne suis pas en accord avec vous : contrairement à ce que vous supposez, ce n'est pas avant tout "la détestation profonde du courant intellectuel "moderniste" par la papauté au début du XXème siècle (et sa mise à l'index)" qui a "contribué à couper le catholicisme des milieux intellectuels", mais c'est avant tout le contraire :
- la conception et le déploiement du modernisme, à partir de 1893, ont PRECEDE et PROVOQUE la réaction, autoritaire, disciplinaire, remédiatrice, sanctionnatrice, de Saint Pie X ;
- certains milieux intellectuels universitaires n'ont pas attendu la réaction de Saint Pie X, pour commencer à se couper du catholicisme néo-thomiste post-tridentin, et n'ont pas eu besoin de cette réaction, nécessaire et salutaire, pour continuer à le faire.
II. Deuxièmement, voici, à mon avis, quelques causes de notre relative indigence intellectuelle :
1 - notre tendance à faire preuve de scepticisme, face à "l'intellectualisme", face aux débats d'idées et à l'histoire des idées, face aux controverses doctrinales approfondies, élaborées, argumentées car documentées, et face à certaines problématiques contemporaines : tout cela n'est-il pas souvent tenu pour du temps passé qui est aussi du temps perdu ?
2 - notre tendance à faire preuve de sectarisme en matière intellectuelle ; par exemple,
a - c'est ce qui fait dire, en substance, à certains d'entre nous, qui se disent "fins connaisseurs" du Magistère : "je n'approuverai pas le contenu et ne conseillerai pas la lecture de telle ou telle encyclique post-conciliaire, car si elle est chronologiquement post-conciliaire, elle est donc, ne serait-ce qu'en partie, axiologiquement conciliaire" ;
b - c'est ce qui fait dire, en substance, à certains d'entre nous, qui se disent "thomistes" : "je connais l'existence de la Revue thomiste, mais je ne la consulte évidemment pas, puisqu'ils ne sont pas traditionalistes ; ce ne sont donc pas des thomistes, dans l'acception antéconciliaire de ce terme" (ce qui ne signifie pas qu'à mes yeux la RT soit en position de monopole, en matière de thomisme) ;
3 - notre manque de curiosité pour les auteurs, catholiques ou non, qui "ne pensent pas EXACTEMENT comme nous", ou qui n'ont pas notre vocabulaire ni nos argumentaires, même quand leurs problématiques sont les mêmes que les nôtres ou très proches des nôtres : ainsi, il existe aujourd'hui plusieurs psychanalystes, non catholiques explicites, qui font à peu près le même diagnostic que nous, sur l'individu contemporain, sur le monde (post)moderne, mais qui établissent ce diagnostic au moyen d'une grille d'analyse qui ne nous est pas familière ;
4 - notre manque de studiosité, qui est
a - la conséquence bien compréhensible de tous le poids de nos responsabilités familiales, professionnelles, associatives, ce qui nuit évidemment à notre disponibilité en matière intellectuelle ;
b - la conséquence moins compréhensible du fait qu'il existe aujourd'hui, en philosophie comme en théologie, des collections d'ouvrages, abordables aux deux sens de ce terme, collections grâce auxquelles il est possible, je n'ai pas dit facile, de commencer à s'approprier l'essentiel, à propos de certains courants de pensée et d'action.
III. Troisièmement, il me semble que c'est à nous qu'il appartient
- d'en finir avec la culture de préjugés qui est souvent la nôtre, comme si, en dehors du catholicisme traditionnel, il était impossible de penser juste, de dire le vrai,
et
- de commencer à nous déprendre de notre tendance, fréquente, à condamner certains auteurs sans connaître ni comprendre leurs idées, en les condamnant "en ignorance de cause".
Ce qui est resté indispensable, à savoir une connaissance élémentaire de l'Ecriture, de la Tradtion, du Magistère, est devenu insuffisant : c'est pour nous un défi à relever, mais c'est un défi enrichissant, je dirai même épanouissant, nous avons à nous en donner les moyens, bien plus que nous avons à en avoir peur, et j'ai à en redonner la raison ici-même : moins nous subirons intellectuellement la situation et sa dégradation, que ce soit dans l'Eglise ou dans le monde, et plus nous serons en mesure de mener le plus beau des combats, dans l'ordre de l'intellect : le combat au service de la vérité objective et de la liberté responsable.
Bon après-midi.
Scrutator.
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