mais non 8Charly par Luc Perrin 2011-11-26 12:56:16 |
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Vous avez été intoxiqué par la vision libéral-catholique de l'histoire de l'Eglise, vision qui règne toujours dans les media "catholiques" mais qui a été mise en pièce depuis les années 1970 avec les grands travaux d'Emile Poulat.
Avant je signale que l'équivalence "progressistes" et "modernistes" demanderait d'amples commentaires : elle est globalement fausse et le mot "progressiste" a eu plusieurs sens depuis la fin du XIXe. Ainsi le cardinal Mercier était un "progressiste" mais n'avait pas de lien avec les cercles "modernistes".
Quand on parle de "progressistes" après 1945, on a un groupe qui hérite du catholicisme intégral et demeure radicalement étranger au modernisme bourgeois.
Quand on parle de modernisme, ce sont les réseaux étendus géographiquement et limités numériquement autour d'Alfred Loisy. Mais d'abord "les intellectuels" catholiques en 1900-1920 ne sont pas tous modernistes, tant s'en faut. Maurice Blondel, que je n'aime guère par ailleurs et qui plus que Loisy encore, à mon sens, a conditionné le catholicisme à la dérive du XX-XXIe siècle, était opposé vertement à Loisy. Du côté des intransigeants de même, à commencer par Pie X à Rome et la Curie du temps, on a bien perçu le danger présenté par la synthèse loisyste. Loisy a écrit qu'aucun article du Credo n'avait plus de sens pour lui : est-ce là du christianisme ? ou une forme tellement édulcorée et évanescente qu'elle en perd toute force ? N'est-ce pas le prélude de courants théologiques d'aujourd'hui qui ont pignon sur rue dans nos séminaires et Facultés et plus encore dans nos media catholiques - et autant en Asie, en Amérique du Nord, dans la Compagnie de Jésus etc. ?
Pie X a bien vu le danger : la "synthèse" entre christianisme catholique et scientisme aboutit à la langueur du premier et à l'énerver, lui retirer tout nerf.
En frappant les "progressistes" d'alors, ceux qui voulaient travailler à une science catholique sans pour autant refonder le dogme ni le vider de sa substance, la répression antimoderniste a visé large. A-t-elle pour autant tout stériliser comme on le rabâche ici et là sans preuve ? Evidemment non : les mouvements biblique et liturgique ont continué, les progressistes (à l'ancienne) au sein des Facultés catholiques sont demeurés en grand nombre (à Strasbourg par ex. ils sont au commande jusque dans les années 1960).
L'Église, dîtes vous, s'est bornée à "condamner sèchement". Faux là encore. Léon XIII avait encouragé le vaste mouvement catholique qui est une réponse antilibérale à la société libérale et aux alternatives socialistes. Pie X répond directement au défi moderniste par la communion fréquente et tôt des enfants et par son Catéchisme : en bref consolider la foi des masses populaires comme antidote au poison intellectuel des minorités bourgeoises prêtes à jouer le rôle - glorieux ? - de Judas et des 30 deniers.
Ce mouvement s'est effrité avec le temps, certains ont aujourd'hui rallié le néo-modernisme et le libéral-"catholicisme" : ils pactisent avec Mammon et sont prêts à honorer le Veau d'or libéral (Eglise démocratique, du gender, réécriture des 10 Commandements etc.) à travers l'herméneutique de rupture condamnée "sèchement" par Benoît XVI, après l'avoir été par Jean-Paul II et dès Paul VI (les fumées de Satan, le faux "esprit du Concile" opposé à sa lettre), en bref le "néo-christianisme" de G*lias.
Cette constance du Magistère pontifical dans le rejet de votre "synthèse" moderniste et néo-moderniste de Pie X (et dès Léon XIII en fait) à Benoît XVI devrait vous interpeller. Rome serait-elle toujours aveugle pendant une siècle, elle qui a mission de guider le peuple de Dieu sur des chemins sûrs ?
Tout au long de son histoire, la hiérarchie a condamné "sèchement" les erreurs et promu des alternatives constructives. Le Magistère contemporain du XIX-XXIe siècle fait de même. On peut lui reprocher non pas de mettre en garde contre les "tièdes" (cf. les Evangiles) envers le libéralisme doctrinal, philosophique et débilitant pour la foi chrétienne mais de ne plus le faire assez depuis les années 1970, de nommer ici et là à des postes-clé des clercs inspirés par le néo-modernisme, de ne pas prendre garde suffisamment aux formations conférées dans les établissements dits catholiques en dehors de critères extérieurs tâtillons mais inefficaces.
Partout où s'installe le libéral-catholicisme et le néo-modernisme, la vitalité chrétienne dépérit : c'était le sentiment et le message de Pie X en 1907 et il est toujours vérifiable. C'est encore plus vrai dans les Communautés ecclésiales protestantes anciennes et établies (Luthéro-réformés) qui ont suivi cette soi-disant merveilleuse "synthèse" entre pensée chrétienne et libéralisme : elles sont toutes à l'agonie (Anglicanisme, épiscopalisme, ERF, Eglises luthériennes scandinaves etc. ).
Si le catholicisme contemporain n'est pas lui aussi dans une situation aussi dramatique, c'est que la matrice intégraliste a survécu même à Vatican II. En revanche, des Eglises locales catholiques ont absorbé le poison avec délice : c'est vrai en Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Belgique et dans une moindre mesure en Grande-Bretagne et en France. Les effets sont visibles par tous dans les statistiques de pratique, l'effondrement des vocations, la dérive des associations laïques, la perte d'influence dans la société, la perte de représentants en politique, l'anémie de l'art chrétien, et bientôt la destruction/reconversion de beaucoup de bâtiments ecclésiaux.
Là où le néo-modernisme progresse, la foi chrétienne régresse.
Le débat sur 2 pièces de théâtre en France a amplement montré le degré de confusion qui règne dans l'Église qui s'étiole en France. Fort heureusement, il s'est trouvé des laïcs surtout, quelques clercs et quelques évêques pour sortir du doux empoisonnement que représente un "dialogue" détourné de sa raison d'être, transformé en prétexte du compromis permanent et capitulard avec l'anomie libérale anti-religieuse en général et christianophobe en particulier qui domine en Europe de l'Ouest.
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