FSSPX : faut-il salir un Confesseur de la foi pour se justifier ? par Ludwik 2026-07-26 13:19:05 |
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Sur le site de la FSSPX vient de paraître un nouvel article sur les consécrations épiscopales de 1977 faites par le cardinal Slipij, primat de l'Église ukrainienne.
L'objectif est simple : démontrer que Joseph Slipij a sacré sans mandat et que Rome n'a pas considéré cet acte comme schismatique. Puis expliquer que l'état de nécessité dans lequel se trouvait Joseph Slipij était bien moindre que celui dans lequel se trouve actuellement l'Église latine.
Et enfin, coup de pied de l'âne et victimisation : si nous avons été condamnés, c'est parce que nous avions la vraie doctrine, alors que Slipij était un affreux œcuméniste.
==> Ce n'est pas un article historique, mais l'utilisation d'un événement à une fin partisane, quitte à omettre ou à évacuer rapidement les éléments n'allant pas dans son sens
Ainsi, il est mentionné, sans autre détail que les évêques sacrés par Slipij n'ont pas eu de fonction épiscopale jusqu'à leur reconnaissance par Rome. Et passer muscade. Or cet élément est un point capital du dossier.
Sans reconnaissance par Rome, pas d'apostolicité formelle, or ici validité du sacrement de l'ordre ne suffit pas à faire d'un évêque un évêque catholique (comme le rappelais fort justement Mgr Tissier dans un entretien donné en 1998 à Fideliter pour le numéro anniversaire des sacres de 1988).
Je passe sur les justifications ou motivations de Joseph Slipij. Elles ne sont ici pas si importantes.
==> Ce qui est détestable, c'est le coup de pied de l'âne : Slipij était un œcuméniste (c'est à dire un affreux n'est-ce-pas?), voici pourquoi il n'a pas été sanctionné. C'est du moins ce qui est sous entendu.
À moins de n'avoir qu'une masse cérébrale très réduite, il est difficile d'oublier que Joseph Slipij a subi dix-huit ans de déportation et de sévices divers (ce que l'auteur rappelle en début d'article) pour refus du passage à l'orthodoxie, que presque tous les évêques ukrainiens résidant en Ukraine en 1946 ont été exécutés et, enfin, que près d'un tiers du clergé de l'Église a été tué pour les mêmes raisons.
Mais voici que, petit malin, l'auteur de l'article vous sort une citation : « Il n'existe aucune différence dogmatique significative entre l'Église orthodoxe et l'Église catholique. »
Que voulait dire le cardinal dans ce discours ? C'est assez simple si vous lisez la lettre entièrement : il n'existe aucune différence dogmatique significative entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe signifie qu'il n'y a aucun dogme catholique qu'un orthodoxe ne puisse accepter. C'était déjà la position de Soloviev (souvent comparé à Newman). Et, en effet, l'Église orthodoxe n'a jamais proclamé de "dogme" contredisant une vérité de la foi catholique.
De maniére intéressante d'ailleurs, la proclamation des deux derniers dogmes (Immaculée Conception et Assomption) s'appuie largement sur la tradition liturgique orientale.
Et même le récent débat sur Marie Corédemptrice, trouve un argument dirimant en faveur de ce titre dans la tradition liturgique byzantine, où, si le Christ est l'Agneau de Dieu, sa très sainte Mère est appelée à de multiples reprises « Agnelle », tradition très ancienne (VI siécle): « Lorsque l'Agnelle immaculée vit son Agneau de plein gré conduit en mortel vers l'immolation, dans ses larmes elle dit (...)".
Bref un orthodoxe pleinement cohérent est un catholique voilà ce que dit le patriarche Joseph.
J'en reviens à mon introduction, voici la stratégie malsaine de cet article :
* parler de la nécessité (sans jamais évoquer la question de la possibilité et de l'apostolicité) ;
* ne pas tirer de conclusion sur ce fait capital: les évêques sacrés en 1977 n'ont jamais exercé leur épiscopat avant leur reconnaissance par Rome... Ce qui n'est pas tout à fait le cas, je crois, des nouveaux évêques sacrés début juillet;
* dénigrer un confesseur de la foi.
Je ne sache pas qu'aucun des prêtres de la FSSPX ait souffert le martyr ou dix-huit années de réclusion pour sa fidélité à la foi catholique.
J'ajoute que, Mgr Lefebvre vivant, il aurait désavoué l'article en question et son auteur, car il tenait le cardinal Slipij en haute estime. Mais les temps changent, n'est-ce pas ?
Enfin, comme je le rappelais, il ne s'agit pas d'un article historique, mais d'une tentative de justification de la boutique.
Et me revient à la mémoire, quelques mots de Mgr Gherardini, auteur de "Concile Vatican II : un débat à ouvrir". Dans son introduction, il critiquait la FSSPX pour avoir produit des analyses de qualité, mais dont le raisonnement avait le défaut suivant : la conclusion était acquise avant même d'être démontrée. Il avait vu juste.
PS :
- les sacres ont eu lieu le 2 avril 1977 et non le 2 mai.
- Je rappelle, à toute fin utile, que les catholiques ukrainiens, après 1945, n'ont pas été réprimés et martyrisés pour avoir refusé de piétiner une icône ou pour avoir refusé d'embrasser l'athéisme, mais pour avoir refusé de passer au Patriarcat de Moscou. Ce qui en fait de grands œcuménistes, n'est-ce pas ?
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