[réponse] par Réginald 2026-01-09 08:03:25 |
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Je vous rejoins sur un point essentiel : la crise que nous traversons n’est pas un débat académique ; c’est une tragédie vécue, qui touche directement au salut des âmes. Nul ne peut ignorer la souffrance réelle causée par les restrictions imposées au rite vénérable de l’Eglise.
L’analogie de la Passion est juste, à condition d’aller jusqu’au bout. Au Calvaire, la fidélité de la Vierge et de saint Jean ne fut ni la fuite devant le scandale, ni la négation du Christ parce qu’Il souffrait et semblait vaincu, mais l’adhésion silencieuse au Mystère du Christ, que la Passion ne supprimait pas. La Passion exige une fidélité plus exigeante encore, justement quand tout semble s’effondrer.
Opposer la « réalité de la crise » à la « théologie des livres », c’est ouvrir une brèche dangereuse. Si nous cessons de raisonner à partir des principes de la théologie classique, quel critère objectif nous reste-t-il pour ne pas sombrer dans le pur subjectivisme ?
La position qui consiste à reconnaître l’autorité tout en la récusant systématiquement dans ses actes universels — qu’il s’agisse de la loi liturgique, des canonisations ou du magistère ordinaire — pose un problème de fond.
1. La réduction de l’autorité à une abstraction.
Si le pape est le pape, son autorité n’est pas un simple portrait au mur ni un nom prononcé dans le Canon de la Messe. Elle implique une fonction réelle de gouvernement. Faire du « constat de la crise » le critère ultime de l’obéissance due au Successeur de Pierre revient à transformer l’Église en une confédération de consciences, où chacun trie ce qui serait encore « catholique » et ce qui ne le serait plus.
2. L’ecclésiologie du “tri”.
Soutenir que l’autorité peut se tromper de manière habituelle et universelle dans ses actes revient à affirmer que l’Église, en tant qu’institution visible, peut durablement cesser d’être le véhicule ordinaire du salut. Or c’est précisément ce que la théologie classique cherche à prévenir, non par naïveté, mais afin de sauvegarder l’indéfectibilité de l’Église dans ses organes essentiels : le gouvernement, la liturgie et la doctrine.
Refuser le sédévacantisme est une chose ; transformer la « résistance » en un état permanent de libre examen en est une autre. Si l’autorité est légitime, elle mérite plus qu’une reconnaissance purement formelle ; si elle ne l’est pas, il faut en tirer les conclusions. Entre les deux, le risque est de bâtir une « Eglise à la carte », où la Tradition devient un concept abstrait opposé à l’institution vivante…
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