La seule différence est dans la conclusion. Les SV et l'abbé Spriet sont d'accord pour relever qu'un rite liturgique promulgué par le pape ne peut pas être mauvais ; les premiers, affirmant que ces nouveaux rites le sont, en concluent qu'ils n'ont pas été promulgués par une autorité légitime ; le second, n'envisageant pas que ceux qui les ont promulgués ne soient pas l'autorité légitime, en conclut qu'ils ne peuvent pas être mauvais.
C'est très interessant le motif que vous avancez pour la seconde position. À la lecture du motif que vous donnez pour la conclusion des sédévacantistes («
affirmant que ces nouveaux rites le sont [mauvais]
, en concluent qu'ils n'ont pas été promulgués par une autorité légitime »), on aurait pu s'attendre à ce que, pour la position opposée, vous disiez : «
affirmant que ces nouveaux rites sont bons [ou pas mauvais]
, en concluent qu'ils ont été promulgués par une autorité légitime ». Au lieu de cela, vous dites: «
n'envisageant pas que ceux qui les ont promulgués ne soient pas l'autorité légitime, [il]
en conclut qu'ils ne peuvent pas être mauvais ».
Cela semble montrer efficacement que, pour les sédévacantistes,
le pape est pour la foi, tandis que pour ceux qui suivent le second raisonnement ci-dessus, ce n'est pas le cas, cédant à une sorte de volontarisme.
Il est tout à fait vrai que l'autorité (papale) légitime ne promulgue pas et ne peut pas promulguer de mauvais rites, et il est tout à fait vrai qu'elle ne peut pas promulguer et ne promulgue pas de mauvais rites
parce qu'elle est l'autorité légitime. Mais cela ne transforme pas le mal en bien. Par conséquent, si quelque chose
est mauvais, on nierait sa réalité en prétendant qu'elle est bonne
parce que l'autorité légitime l'a promulguée. Tuer n'est pas un mal
parce que Dieu l'a interdit : tuer
est un mal
et c'est pourquoi Dieu l'a interdit.
C'est une problématique qui habite le mouvement traditionaliste quasiment depuis ses origines, et qui n'est pas prête de disparaître.
Il est frappant de constater que, malgré le caractère « primordiale » de cette problématique et malgré toutes les grandes questions du traditionalisme tournent autour d'elle, non seulement il n'y a pas de débat explicite et direct à ce sujet, mais qu'en fait, en général, ce débat est soigneusement évité (sauf du côté des sédévacantistes qui, pour avoir le tort d'affirmer constamment que le problème de l'autorité est le plus important et le plus cogent de la situation actuelle dans l'Église, sont qualifiés d'« obsédés » par ce problème).