Il y aurait beaucoup à dire sur le BEC du Père Guérard des Lauriers par Candidus 2025-02-17 10:59:59 |
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Le Cardinal Bacci est mort peu de temps après la publication du BEC, par contre il semblerait que le Cardinal Ottaviani ait pris ses distances par rapport à cet ouvrage, mais je sais que cela demeure contesté. Une chose est sûre néanmoins, le Cardinal Ottaviani a concélébré publiquement à plusieurs reprises selon le NOM.
Pour moi, le BEC est un document très polémique auquel fait défaut la science liturgique. Guérard des Lauriers, son principal rédacteur, était un brillant théologien mais manifestement pas un liturgiste.
Voici quelques exemples du peu de sérieux de son argumentation sur le plan liturgique. On y lit :
" Enfin, l'acclamation dévolue à l'assistance aussitôt après la Consécration : " Nous annonçons ta mort, Seigneur... jusqu'à ce que tu viennes ", introduit, sous un déguisement eschatologique, une ambiguïté supplémentaire sur la Présence réelle. On proclame en effet, sans solution de continuité, l'attente de la venue du Christ à la fin des temps, juste au moment où II est venu sur l'autel où il est substantiellement présent : comme si la venue véritable était seulement à la fin des temps, et non point sur l'autel."
La science théologique ne suffit pas pour réaliser une évaluation correcte du NOM, il faut y ajouter la science liturgique, et notamment la connaissance des richesses liturgiques de l'Orient.
L'ajout ici critiqué, sous prétexte qu'il minerait le dogme de la présence réelle, est un emprunt direct aux liturgies orientales les plus antiques. Par exemple dans la liturgie des Coptes, immédiatement après la consécration du vin :
[ Le célébrant désigne le Pain : ]
"Car chaque fois que vous mangez de ce Pain... [ puis le célébrant désigne le Calice : ] ... et que vous buvez de cette coupe, vous annoncez Ma mort, vous confessez Ma Résurrection et vous faites mémoire de Moi jusqu'à Mon retour".
[L'assemblée répond : ]
"Amen, Amen, Amen, nous proclamons Ta mort, nous confessons Ta sainte Résurrection et Ton Ascension. Nous Te louons, nous Te bénissons, nous Te rendons grâces Seigneur et nous T'implorons, Ô notre Dieu".
(Liturgie de St Basile du Patriarcat copte orthodoxe d’Alexandrie)
Le BEC critique aussi les modifications typographiques dans le nouveau missel :
“ Dans le Missel romain de saint Pie V, le texte liturgique des paroles sacramentelles de la Consécration est ponctué et mis en évidence d'une manière propre [qui] marque le passage du mode narratif au mode intimatif [...] propre à l'action sacramentelle [...] cela manifeste que les paroles consécratoires ont une valeur propre et par conséquent autonome. “
Ces critiques se heurtent à la réalité historico-liturgique : de nombreux rites catholiques millénaires que l'Église n'a jamais trouvé opportun de corriger, reproduisent ces prétendus défauts que le BEC dénonce. Sur ce point, le NOM est plus proche que le VOM des rites orientaux qui ne marquent pas de différence typographique dans la retranscription des "paroles de la consécration" et se situent assez clairement dans le mode narratif ; pourtant, ces rites ont toujours été considérés comme valides et licites par l'Eglise qui n'a cependant pas hésité occasionnellement à les "purger" de certaines ambiguïtés qu'ils contenaient. Ici, il aurait suffit de modifier la typographie, cela aurait été très simple.
Le BEC critique l'ajout de "quod pro vobis tradetur" après "Hoc est enim Corpus meum" sous prétexte que cela obscurcirait le fait que le sacrifice n'est pas encore réalisé à ce moment-là. Or cette formule est utilisée, au moins depuis le VIIème siècle, par le rite mozarabe et par beaucoup d'autres, quelquefois sous une forme un peu différente ("qui sera broyé pour vous").
En conclusion, je dirais que le BEC illustre une certaine École romaine, très scolastique - mais pas dans le meilleur sens -, que l'on pourrait presque qualifier de décadente, en ce qu'elle s'est partiellement coupée de ses racines patristiques en négligeant l'étude des liturgies orientales.
Je terminerai en faisant néanmoins une concession aux pourfendeurs du NOM : on peut et on doit regretter et critiquer une grande partie des modifications introduites dans le NOM dans la perspective suivante : elles sont archéologisantes et contraires au principe du développement organique de la liturgie.
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