Tentative d'explication par Balbula 2013-05-04 22:41:58 |
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Parmi ceux qui ont essayé de restaurer le chant grégorien depuis le XIXe siècle, on distingue plusieurs courants ou écoles, car tous les moines, ecclésiastiques, musicologues et musiciens étaient loin d'être d'accord, déjà à cette époque, sur la méthode à suivre pour tenter de retrouver la manière la plus "authentique" de chanter ce répertoire ainsi que sur l'interprétation des mêmes manuscrits.
Les moines de Solesmes (Dom Pothier surtout) adoptèrent comme méthode l'étude comparative des manuscrits, non seulement les plus anciens (Xe au XIIe siècles), écrits en notation diastématique, c'est-à-dire sans portée, mais aussi des plus récents (du XIIe au XVIe) avec portées et clefs. Dans les manuscrits anciens sans portées, la hauteur des notes était relative : un mouvement général de la plume permettait de voir si une phrase était ascendante ou descendante et les neumes montraient clairement si une note était plus aiguë que l'autre, mais sans préciser la grandeur des intervalles ni de quelles notes il s'agissait. En comparant avec des manuscrits avec portées, on pouvait, par un travail de moine appliqué et méticuleux, reconstituer le squelette de la mélodie et c'est ce qu'ont fait les moines de Solesmes en éditant le paroissien romain à la demande de saint Pie X. D'autres avaient plutôt cherché, non sans faire d'erreurs, à trouver LE manuscrit (ou une copie directe) qui avait été emmené de Rome par les chantres qu'avait demandé Charlemagne au Pape.
Cependant, pour le rythme et les ornements, les indications étaient plus sujettes à interprétation et on ne s'en est pas privé. Les mensuralistes, par un système assez compliqué, décortiquaient les neumes en valeurs rythmiques et avaient transcrit les neumes grégoriens en notation classique illustrant le rythme avec moults double ou triple-croches, notes pointées, etc. un peu comme si vous jouiez du grégorien sur un clavier midi qui vous les note en mesures à 4/4 !
Quant à Solesmes, Dom Mocquereau a imaginé un système complexe de rythmique et a ajouté à l'édition du Liber Usualis, pour les besoins de sa thèse, des épisèmes verticaux qui n'existent pas dans les manuscrits. Les épisèmes horizontaux - tirets au-dessus des notes- ressemblent typographiquement aux accents de la notation classique et existaient dans les manuscrits. C'est donc son interprétation du rythme, contenue dans son ouvrage "Le nombre musical grégorien" qui a été principalement critiquée dans ce qui s'est appelé par la suite la "méthode de Solesmes". Cette méthode a été "vulgarisée" par une américaine, Justine Ward, et le chant grégorien a beaucoup été enseigné de ce côté-ci de l'Atlantique en suivant cette méthode.
L'ennui avec le système de Dom Mocquereau, c'est que sa compréhension du rythme ne correspond pas aux accents de la langue latine et on retrouve des épisèmes sur des syllabes faibles, ce qui est musicalement absurde. Mais Dom Mocquereau n'était pas un musicien de formation.
Vous pouvez trouver des explications supplémentaires dans ces liens :
Le chant grégorien et la tradition ...
Par la suite, les successeurs de Dom Mocquereau, comme Dom Cardine, Dom Gajard, Dom Gagné, ... ont plus ou moins continué dans le même sens. Vous pouvez consulter aussi ce livre de Paul Cadrin, ex-doyen de la faculté de musique de l'université Laval:
La liturgie en quête de sa musique
Marcel Pérès et ceux qu'on appelle parfois les néo-grégorianiste ont plutôt adopté une méthode ethnomusicologique. S'inspirant des polyphonies corses, des manières de chanter des chantres du début du XXe siècle, dont le chant était métissé de plain-chant baroque (et - chut ! ne pas le dire trop fort pour M. Nemo qui est fan de M. Pérès- de défauts tout personnels ...!), de l'esthétique des chants byzantins ou même arabes, leur démarche se veut plus scientifique et plus musicologique, mais je ne suis pas certaine qu'elle le soit, car les sources qu'ils interrogent sont-elles vraiment sûres ?
Mon opinion personnelle, après de très longues heures à retranscrire des manuscrits anciens et à comparer de multiples versions, est que la méthode rythmique de Solesmes, sous des airs faussement scientifiques, ne s'appuie sur rien et que le mieux serait de s'en tenir aux manuscrits eux-mêmes en faisant une réelle étude comparée. Le grand mérite de ces moines, cependant est d'avoir remis à l'honneur ce chant dans l'Église, en collaborant avec saint Pie X. Quant aux interprétations de M. Pérès, je ne suis pas loin de penser qu'elles sont peut-être aussi faussement scientifiques que celles de Solesmes avec, en plus, le côté beaucoup plus profane de la chose.
Le chant grégorien fait partie intégrante de la vie spirituelle des moines et de ceux qui le chantent pour la liturgie, alors que les choeurs de M. Pérès sont formés de musiciens qui n'ont pas forcément la foi et qui le chantent surtout en concert. Leurs prestations ont des qualités indéniables, mais leur interprétation est sujette à caution à cause de leurs sources et ... éventuellement de leur manque de spiritualité.
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Balbula
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