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Le paradoxe singulier du catholique progressiste.
par Scrutator Sapientiæ 2012-09-05 22:12:40
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Bonsoir jejomau,

J'envisage ci-dessous ce qui n'est qu'un "idéal-type", mais le paradoxe dont j'essaie de rendre compte m'a toujours frappé.

1. Le catholique progressiste s'oppose fréquemment à l'autorité d'au moins une partie du Magistère du Souverain Pontife, qu'il a tendance à estimer "dépassé".

Mais s'il voulait que son opposition à l'autorité de ce Magistère fasse elle-même autorité, fasse référence, au sein même de l'Eglise catholique, on serait en droit de se demander sur quelles bases intellectuelles catholiques reposerait cette autorité.

2. Le catholique progressiste s'oppose très souvent à l'identité d'au moins une partie de l'institution qu'est l'Eglise catholique, qu'il a tendance à tenir pour "déphasée".

Mais s'il voulait que son opposition à l'identité de cette institution soit elle-même instituante, serve de référence, au sein même de l'Eglise catholique, on serait en droit de se demander dans quel cadre institutionnel catholique s'exprimerait cette identité.

3. Le catholique progressiste s'oppose volontiers aux traditions qui, bien comprises, permettent de véhiculer la Tradition, bien comprise, à travers les générations de catholiques, traditions qu'il a tendance à estimer "périmées".

Mais s'il voulait que son opposition à ces traditions "distribue du sens à l'intérieur de la communauté" qu'est l'Eglise, fasse office de "tradition", au point d'être partagée, entre les générations de catholiques, pour que la flamme du progressisme catholique ne s'éteigne jamais, on serait en droit de s'interroger sur le caractère catholique du fondement, de l'horizon, et de la "stabilité" du contenu qui serait véhiculé par des dispositifs, notamment liturgiques, qui seraient ainsi soumis au "progrès", et qui seraient donc voués à une évolution indéfinie, et surtout à l'alignement sur telle ou telle mode, esthétique ou éthique, venue du monde.

4. Formulé autrement, cela revient à dire ceci :

- si des actes ou des propos de prédécesseurs ou de supérieurs d'un évêque comme Mgr GAILLOT ont été jugés par lui comme ayant été dépassés, déphasés, périmés, et si ce jugement, dans son esprit ou dans l'esprit de ceux qui s'inspirent de lui, a vocation à faire autorité, à être instituant, et à être signifiant, en toute "liberté" DONC en toute "rébellion", au nom et au service du "progrès",

- pourquoi donc un évêque ou un prêtre plus jeune que quelqu'un comme Mgr GAILLOT serait-il moins authentique, moins légitime, moins fondé à le faire, s'il se mettait, à son tour, à se démarquer d'actes ou de propos de Mgr GAILLOT qu'il trouverait dépassés, déphasés, périmés, non pour aller encore plus loin, dans une direction utopique, mais pour revenir à l'essentiel, en toute confiance en Jésus-Christ, DONC en toute fidélité à l'Evangile et à l'Eucharistie ?

5. On voit bien, en tout cas je l'espère, à travers ce qui précède, ce qui pose problème pour un progressiste, catholique ou non : ce qui pose problème, c'est que ce qu'il considère comme un progrès,

- incontestable, sauf par des réactionnaires,

- indépassable, sauf par un progrès supérieur,

- inéluctable, avant qu'il se concrétise,

- irréversible, une fois qu'il s'est concrétisé,

on puisse, en quelque sorte,

- ou bien ne jamais l'apprécier en tant que progrès, tout en n'étant pas un réactionnaire, id est "un anti-progressiste primaire" ;

- ou bien, encore pire, "en revenir", comme certains, façonnés et fascinés, par exemple, par le marxisme-léninisme, "en sont revenus".

5. Tel est, à mon sens, le paradoxe du catholique progressiste, dont le positionnement n'est pas exactement symétrique de celui des catholiques que le progressiste qualifie "d'intégristes" :

- "l'intégrisme" repose, à mes yeux, sur une maximisation, sur une priorisation, voire sur une valorisation parfois disproportionnée, d'éléments qui ont toujours fait partie et, je l'espère, feront toujours partie, du christianisme catholique, mais qui ont vocation à en faire partie en tant qu'éléments au service de l'ensemble, et non en tant qu'ensemble auto-constitué, auto-défini, auto-satisfait ou auto-suffisant ;

- le progressisme repose, à mon sens, sur une tentative d'implantation ou d'introduction, puis de développement, au sein même de l'Eglise catholique, d'une idée, fausse et folle, venue de l'extérieur de l'Eglise, même si cette idée résulte, en un sens, de la sécularisation, d'inspiration naturaliste, historiciste, relativiste, socialisante, de l'Espérance chrétienne.

6. Je laisse ici la parole à Charles PEGUY, cité par Jean MADIRAN, dans "L'hérésie du XX° siècle" : "le christianisme n'est pas la religion du progrès, mais du salut".

Bonne nuit, et merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion, sur la forme comme sur le fond : je suis condamné à m'améliorer dans ma formulation.

Scrutator.

     

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 Oh oui ! s'ils pouvaient partir... viiite ! par jejomau  (2012-09-05 11:36:29)
      [réponse] par tchekfou  (2012-09-05 18:17:00)
      Certains d'entre eux vous disent pourquoi ils veulent rester. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-05 19:22:35)
      Le paradoxe singulier du catholique progressiste. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-05 22:12:40)
          l'hérésie cathare et ses racines par jejomau  (2012-09-05 23:05:25)
              féminisation par Aigle  (2012-09-06 08:38:54)
                  le marxisme est bel et bien vivant par jejomau  (2012-09-06 10:13:31)
                      Pas d'accord par Aigle  (2012-09-06 13:18:23)
                      Tout ce qui est subversif n'est pas marxiste. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-06 22:26:28)
                          le marxisme est il subversif ? par Aigle  (2012-09-07 08:26:38)
                              Une tentative de réponse, pour Aigle et pour jejomau. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-09 00:34:13)
                                  Agit Prop par Aigle  (2012-09-09 16:48:52)
              Très rapidement : merci beaucoup pour cette précision. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-08 09:52:21)
          ce n'est pas faux mais par Aigle  (2012-09-06 08:28:01)
              Je crois malheureusement que vous rêvez tout éveillé par Lux  (2012-09-06 11:38:40)
                  l'avenir nous départegera par Aigle  (2012-09-06 13:19:25)
                  Merci beaucoup - quelques remarques. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-07 00:25:54)
                      Mais... par Lux  (2012-09-07 08:28:32)
                          C'est aussi une question de rapport de forces intellectuelles. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-08 10:40:08)
                      "démythologiser le concile" par Aigle  (2012-09-07 08:30:04)
                          C'est très vrai. par Lux  (2012-09-07 14:39:58)
                              D'où ma distinction entre dispositif et dynamique conciliaire. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-08 10:12:10)
                                  J'allais oublier "le plus important", que voici. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-08 11:22:02)
                          Il s'agit bien d'une ignorance volontaire du Concile. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-08 11:00:43)
              Merci beaucoup - quelques remarques. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-07 00:01:32)
                  [réponse] par Aigle  (2012-09-07 08:15:08)
                      La critique d'une manière "d'asséner" le thomisme est nécessaire. par Scrutator Sapientiæ  (2012-09-08 09:24:12)
      Source de l'article par Lux  (2012-09-06 11:18:28)


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