Vous posez là deux questions fort intéressantes. par Scrutator Sapientiæ 2012-07-15 08:04:42 |
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Bonjour et bon dimanche à Anton,
1. La première de vos questions est pour ainsi dire celle de l'articulation entre l'affiliation ou l'appartenance à un religion non chrétienne, et la formulation intérieure, la réalité spirituelle, d'un baptême de désir, chez un croyant non chrétien.
2. Je n'ai absolument pas, évidemment pas, réponse à tout, et mes réponses, même quand elles ne sont pas erronées, sont bien peu de choses, mais il me semble
- que l'attribution à une religion non chrétienne, donc à un collectif humain, aggloméré et organisé, de la présence de "semences du Verbe", est une chose,
et
- que l'attribution à un croyant non chrétien, donc à une personne humaine, considérée en particulier, de la présence d'un baptême de désir, en est une autre.
3. Ainsi, les musulmans qui, en tant que musulmans,
- sont ou seraient inspirés par les semences du Verbe,
- s'opposent ou s'opposeraient à la conversion de l'un des leurs,
ne sont-ils pas en contradiction avec eux-mêmes,
ou
ne mettent-ils pas le Saint-Esprit en contradiction avec lui-même,
si vraiment leur religion est inspirée par l'Esprit-Saint ?
4. Quant au baptême de désir, si je puis m'exprimer ainsi, on le formule dans son âme
- bien que l'on soit croyant non chrétien,
ou
- parce que l'on est croyant non chrétien ?
Je n'ai pas de réponse à cette question, mais il me semble qu'elle est à prendre en considération.
5. La seconde de vos questions renvoie en quelque sorte à l'inspiration divine du Magistère de l'Eglise catholique, depuis le Concile Vatican II.
6. J'ai déjà eu l'occasion d'écrire que le fond du problème ne réside pas tant dans la contradiction magistérielle entre l'avant et l'après Concile, que dans l'angélisme, l'irénisme, l'utopisme, l'ambiguité, l'aveuglement, l'imprécision, l'incomplétude, qui caractérisent une partie du Magistère conciliaire et du Magistère post-conciliaire.
7. Je me garderai donc bien de tracer une ligne de démarcation, infranchissable et ininterrompue, entre l'avant et l'après Concile, comme si les ténèbres, dans tous les domaines du Magistère, avaient succédé à la lumière.
8. Les orientations stratégiques novatrices conciliaires, dans l'acception duovaticane du terme,
- d'une part, sont peu nombreuses,
- d'autre part, n'ont aucun caractère dogmatique,
mais c'est l'insistance des Souverains pontifes eux-mêmes, qui mettent en avant et en valeur ces novations, qui leur donne, à mon avis, une importance absolument démesurée.
9. Or,
- de même que cela n'aurait pas de sens de ne dire OUI à l'ensemble du Concile que grâce à la présence en lui de ces novations,
- de même, cela n'aurait pas de sens de dire NON à tout le Concile, à cause de la présence en lui de ces mêmes novations.
10. Je ne dis pas, en d'autres termes, que ces novations sont facilement détachables du reste du Concile, mais j'affirme que si l'Eglise-institution elle-même faisait connaître et comprendre davantage Dei Verbum et Lumen Gentium, qui sont des constitutions, que NA et UR, qui sont une déclaration et un décret, nous ne serions peut-être pas là où nous en sommes aujourd'hui.
11. Il est certain que,
- de même qu'il y aurait quelque paradoxe dans le fait de revendiquer un affiliation à l'herméneutique du renouveau dans la continuité, tout en n'ayant que NA et UR, et, dans une moindre mesure, DH et GS, à la bouche,
- de même, il y aurait quelque paradoxe à dénier la présence de "semences du Verbe", dans les religions non chrétiennes, tout en la déniant également dans la quasi totalité du Magistère catholique contemporain, qui a néanmoins vocation "organique et pneumatique" à refléter cette présence à l'intérieur de LA religion révélée.
12. J'ai déjà eu l'occasion de rappeler quels documents importants du Magistère catholique contemporain, y compris post-conciliaires,
- d'une part, ne comportent pas, en première ligne, les orientations stratégiques novatrices conciliaires qui sont bien plus synonymes de renouveau que de continuité, ou les comportent pour les recadrer (DI),
- d'autre part, sont méconnus, négligés, sinon oubliés ou méprisés, par les représentants ou responsables de l'Eglise-institution eux-mêmes, ce qui n'est pas un petit problème.
Je dirais même que c'est LE PROBLEME, dans cet ordre d'idées : sous cet angle là, le point commun entre Divini Redemptoris et Veritatis Splendor pourrait être que ce sont des évêques qui ont le moins parlé de l'un et qui parlent le moins de l'autre de ces deux textes ...
Je vous remercie beaucoup pour votre message et je vous souhaite un bon dimanche.
Scrutator.
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