Très forts, les Pères ? Trop forts, les Pères ! par Scrutator Sapientiæ 2012-07-14 17:29:49 |
|
Imprimer |
(Petit dialogue imaginaire, sans la moindre prétention "intellectuelle")
Frères et soeurs,
Comme chacun le sait, il est nécessaire de reconnaître les semences du Verbe présentes et agissantes dans les diverses religions.
Dites-moi, mon Père :
1. Dans les diverses religions, y compris les religions non chrétiennes ?
- Assurément !
2. Dans les diverses religions non chrétiennes, donc dans les diverses religions non chrétiennes, en général ?
- Certainement !
3. Dans les diverses religions non chrétiennes, en général, donc dans telle ou telle religion non chrétienne, en particulier ?
- Exactement !
4. Dans les diverses religions non chrétiennes en général, et dans telle ou telle ou telle religion non chrétienne en particulier, telles qu'elles ont été connues et comprises, par les Pères de l'Eglise qui se sont exprimés en ce sens, EN LEUR TEMPS ?
- Evidemment !
5. Cette appréciation bienveillante, cette estimation conciliante, semblant avoir eu alors une validité universelle, cela signifie-t-il que les diverses religions non chrétiennes d'Amérique, d'Europe, d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, telles qu'ont été connues et comprises, par les mêmes Pères de l'Eglise, EN LEUR TEMPS, comportaient, elles-aussi, des semences du Verbe ?
- Incontestablement !
6. Cette appréciation bienveillante, cette estimation conciliante, semblant toujours avoir une validité universelle, cela signifie-t-il que les religions non chrétiennes d'Amérique, d'Europe, d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, actuelles,
- telles qu'elles n'ont pas été connues, comprises, par les mêmes Pères de l'Eglise, EN LEUR TEMPS,
MAIS
- telles qu'elles sont connues, comprises, par l'Eglise catholique, aujourd'hui, EN NOTRE TEMPS,
comportent, elles-aussi, des semences du Verbe ?
- Indubitablement !
7. Si l'affirmation considérée à une valeur universelle, par quel miracle, par quel prodige, ces Pères de l'Eglise ont-ils reconnu la présence de semences du Verbe,
- non seulement dans telle ou telle religion non chrétienne, qu'ils ont connue et comprise EN LEUR TEMPS,
- mais aussi, dans telle ou telle religion non chrétienne, qu'ils n'ont pas connue ni comprise EN LEUR TEMPS, mais que nous connaissons et comprenons EN NOTRE TEMPS,
puisque nous pouvons apparemment prendre appui sur leur vision des religions non chrétiennes d'une manière tout à fait sûre ?
- Par anticipation prophétique !
8. Puisque c'est par anticipation prophétique que les Pères de l'Eglise ont reconnu la présence de semences du Verbe,
- non seulement dans telle ou telle religion non chrétienne qu'ils ont connue et comprise EN LEUR TEMPS,
- mais aussi, par notre intermédiaire, dans telle ou telle religion non chrétienne, EN NOTRE TEMPS,
est-ce également par anticipation prophétique qu'ils ont anticipé la vision, chère à Rahner, selon laquelle (je la résume, en substance, sans en trahir l'esprit) les croyants non chrétiens sont, a minima et en puissance, des "chrétiens anonymes" ?
- C'est plutôt Rahner qui a redécouvert et réactivé, au contact des Pères, cette appréciation initiale, cette estimation originelle, des Pères de l'Eglise, sur les diverses religions non chrétiennes !
9. Au contact des Pères ? Mais je croyais que c'était au contact de Kant ?
- Disons : au contact des Pères et de Kant, car ce n'est pas incompatible !
10. Ce n'est pas incompatible ? Sans qu'il s'agisse, évidemment, pour moi, de vous demander ce qu'auraient pensé certains Pères de l'Eglise de cette "compatibilité", puis-je me permettre de vous demander
- si on toujours pensé, au sein et à la tête de l'Eglise, que ce n'était pas incompatible,
ou
- depuis quand on pense, au sein et à la tête de l'Eglise, que ce n'est plus incompatible ?
- Eh bien, officiellement, depuis le deuxième Concile du Vatican !
11. Donc cette appréciation universelle, potentiellement valable en tous temps et en tous lieux, depuis les Pères de l'Eglise, ne bénéficie d'une consécration magistérielle que depuis le Concile Vatican II ?
- Assurément !
12. Vous ne trouvez pas cela un peu bizarre, pour une appréciation presque initiale, pour une estimation quasiment originelle ?
- L'Esprit ne souffle pas seulement où il veut ! Il souffle aussi quand il veut !
13. Autre question, mon Père : les diverses religions non chrétiennes ne comportent-elles pas autre chose que des semences du Verbe ?
- Certainement !
Est-il possible de dire qu'elles ne comportent pas avant tout, ni seulement, des semences du Verbe ?
- Exactement !
14. Est-il possible de dire qu'elles ne comportent des semences du Verbe que parmi d'autres éléments, et seulement en puissance,
- puisque Dieu, en définitive, est le seul juge de la présence effective de semences du Verbe dans les religions non chrétiennes,
et
- puisque la religion chrétienne est la seule religion révélée, vraiment voulue par Dieu, et révélée par Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est Père, Fils, Esprit ?
- Evidemment !
15. Mais alors,
- puisque les diverses religions non chrétiennes ne comportent des semences du Verbe que seulement parmi d'autres éléments, et seulement en puissance,
- puisque Dieu, en définitive, est le seul juge de la présence effective de semences du Verbe dans les religions non chrétiennes,
- puisque que la religion chrétienne est la seule religion révélée, vraiment voulue par Dieu, et révélée par Jésus-Christ, Fils de Dieu, qui est Père, Fils, Esprit,
pourquoi donc
- formuler, aussi fréquemment, les choses ainsi : "il est nécessaire de reconnaître les semences du Verbe présentes et agissantes dans les diverses religions non chrétiennes"
- ne pas formuler, tout aussi fréquemment, les choses ainsi : "il est nécessaire de reconnaître que les semences du Verbe sont présentes et agissantes, mais seulement parmi d'autres éléments, et seulement en puissance, dans les diverses religions non chrétiennes" ?
- Eh bien,
- d'une part, parce que la première formulation est vraie, et nous savons qu'elle est vraie, depuis les Pères, grâce aux Pères, et surtout, il est vrai, depuis le Concile et grâce au Concile ;
- d'autre part, parce que la deuxième formule, sans être fausse, est trop restrictive, trop vigilante, pas assez bienveillante et pas assez conciliante !
16. Donc, depuis les Pères, grâce aux Pères, et surtout, comme vous le dites, depuis le Concile et grâce au Concile, nous savons qu'une formulation trop restrictive, trop vigilante, pas assez bienveillante et pas assez conciliante, comment dire, n'est pas inexacte, sous l'angle doctrinal, mais n'est plus opportune, sur le plan pastoral ?
- Incontestablement !
17. N'est-ce pas exactement comme si les Pères de l'Eglise qui se sont exprimés sur cette matière ET de cette manière, et non les Pères de l'Eglise, s'il y en a, qui se sont exprimés, sur cette même matière, MAIS d'une toute autre manière, avaient été, comment dire, les seuls autorisés à être "présents et agissants" au Concile Vatican II ?
- Indubitablement !
18. Très forts, les Pères ? Trop forts, les Pères ! Les Pères...du Concile !
Cordialement,
Scrutator.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|