Saint Jérôme face à la crise de l'Église par Réginald 2026-06-28 09:56:51 |
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Je ne nie pas la gravité de la crise actuelle. Mais il me semble que votre raisonnement repose sur un présupposé implicite : celui selon lequel une crise exceptionnelle suspendrait les principes permanents de l'ecclésiologie catholique.
Or saint Jérôme, qui a lui-même vécu une époque où la crise arienne avait profondément ébranlé l'épiscopat, rappelle que la coexistence du bien et du mal dans l'Église n'est pas une anomalie propre à notre époque, mais une caractéristique de l'Église militante jusqu'à la fin des temps. Il nous invite ainsi à ne pas interpréter la nature de l'Église à partir de la seule gravité des événements présents, mais à la contempler à la lumière de la Révélation.
« L'arche de Noé était la figure de l'Église (..)
De même que l'arche renfermait toutes sortes d'animaux, de même l'Église rassemble des hommes de toutes races et de toutes conditions.
Comme, dans l'arche, le léopard se trouvait avec les chevreaux et le loup avec les agneaux, ainsi, dans l'Église, se trouvent les justes et les pécheurs, c'est-à-dire les vases d'or et d'argent avec les vases de bois et de terre.
L'arche avait ses compartiments ; l'Église possède de nombreuses demeures. (…)
Il me manquerait le jour entier si je voulais expliquer tous les mystères de l'arche et les comparer à l'Église.
Qui sont parmi nous les aigles ? Qui sont les colombes et les lions ? Qui sont les cerfs, les vers et les serpents ?
Dans la mesure où l'exige notre sujet, je vais vous le montrer brièvement.
Il n'y a pas seulement des brebis qui demeurent dans l'Église ; il n'y vole pas seulement des oiseaux purs.
Au milieu du bon grain, une autre semence est également semée :
« Au milieu des beaux champs de blé règnent aussi les ronces, les chardons et l'avoine stérile. »
Que doit faire le cultivateur ?
Arracher l'ivraie ?
Mais alors toute la moisson serait détruite avec elle.
Chaque jour, le fermier chasse avec soin les oiseaux par des cris insolites ou les effraie au moyen d'épouvantails ; ici il fait claquer un fouet, là il dispose quelque objet destiné à les terrifier.
Malgré cela, il souffre des incursions des chevreuils agiles ou des ravages des ânes sauvages ; ici les souris transportent le blé dans leurs réserves souterraines ; là les fourmis accourent en foule et pillent le champ.
Ainsi en va-t-il des choses.
Personne ne possède un champ en toute sécurité.
« Pendant que le maître de maison dormait, l'ennemi sema l'ivraie parmi le blé » ; et lorsque les serviteurs proposèrent d'aller l'arracher, le maître le leur interdit, réservant pour lui-même la séparation de la paille et du bon grain.
Dans la maison de Dieu, il y a des vases de colère et des vases de miséricorde, comme le dit l'Apôtre.
Le jour viendra donc où les greniers de l'Église seront ouverts et où le Seigneur fera sortir les vases de colère.
Tandis qu'ils s'en iront, les saints diront :
« Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étaient pas des nôtres ; car s'ils avaient été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous. » » (Dialogus contra Luceferianos n° 22)
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