Jansénisme, antijansénisme, serment constitutionnel et déchristianisation par Peregrinus 2024-08-12 09:24:25 |
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Il n'y a évidemment pas de causalité univoque, d'autant plus que le jansénisme n'est lui-même pas monolithique, surtout au XVIIIe siècle où le terme (dont il reste difficile de se passer à mon sens malgré ses inconvénients) renvoie à une pluralité de courants parfois assez différents (controverses entre figuristes et antifiguristes, convulsionnistes et anticonvulsionnistes, tenants d'une ecclésiologie épiscopaliste ou presbytérienne, etc.). Il faut être prudent avant de parler de la dévotion janséniste comme d'une forme abstraite de religion.
Le livre justement fameux de Timothy Tackett suggère une corrélation entre implantation du jansénisme et prestation du serment en janvier 1791. Mais à cette date, le jansénisme, décimé par des décennies de répresssion, est à l'agonie, et le dernier carré se divise violemment entre un groupe très hostile à la politique religieuse de la Constituante (Jabineau, Mey, Meunier, Lambert O.P., Vauvilliers et bien sûr l'excellent et incontournable Maultrot) et un groupe patriote et constitutionnel (Larrière, Camus, Charrier de La Roche, Clément du Tremblay - chanoine d'Auxerre d'ailleurs - et les rédacteurs des Nouvelles Ecclésiastiques). Globalement le premier groupe appartient à une génération plus ancienne que le second, mais le chanoine Clément, un vétéran des luttes du jansénisme européen, a été une figure importante de l'Église constitutionnelle où il s'est signalé, comme évêque intrus de Versailles après la Terreur, par ses positions en faveur de l'introduction du vernaculaire dans la liturgie.
Dans tous les cas, malgré le poids des traditions jansénistes dans l'Église constitutionnelle d'après la Terreur, l'immense majorité des prêtres assermentés, même de haut rang, n'a rien à voir avec le jansénisme proprement dit : Le Coz, par exemple, métropolitain intrus de l'Ille-et-Vilaine puis archevêque de Besançon sous le Concordat, l'un des principaux apologistes des réformes religieuses de la Constituante en 1791, professait une théologie de la grâce résolument moliniste, de même que le curé syndicaliste Reymond, intrus de l'Isère puis évêque concordataire de Dijon, dont la conception de l'Église se retrouve en partie dans la funeste Constitution civile du clergé.
Je dirais qu'il s'est produit une forme de sécularisation d'argumentaires principalement ecclésiologiques forgés par les jansénistes dans le contexte de la lutte contre la bulle et qui leur ont échappé d'autant plus que la répression antijanséniste a dramatiquement affaibli le mouvement.
En effet, il faut aussi prendre en compte les effets de cette répression souvent excessive et maladroite, sous le long et catastrophique épiscopat parisien de Mgr de Beaumont par exemple (voir le livre de Pierre Chaunu sur le basculement religieux de Paris). D'une certaine façon, certaines formes de jansénisme comme d'antijansénisme ont pu concourir à préparer le terrain à la déchristianisation.
Enfin, on peut se demander si la prestation massive du serment en 1791 est le symptôme d'une déchristianisation latente ou si c'est l'attitude du clergé qui a au moins accéléré les processus de déprise religieuse, d'autant plus que le clergé constitutionnel, pour dénigrer les réfractaires, a diffusé des argumentaires qui relèvent parfois d'un anticléricalisme virulent qui a pu se retourner contre eux à partir de 1792 et ébranler les croyances religieuses des populations : il est probable que les deux cas coexistent.
Peregrinus
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