Sourcée ?! par Candidus 2021-10-10 23:06:00 |
|
Imprimer |
Mais c'est justement tout le problème avec ce récit, il n'est absolument pas "sourcé", il n'apparaît dans aucun des documents de l'époque, ni dans les écrits de St Bruno, ni dans les écrits de ceux qui l'ont connu et se sont exprimés sur sa vie et sur sa vocation, ni dans les écrits des cinq premiers prieurs de la Grande-Chartreuse.
Ce récit qui s'apparente à d'autres récits légendaires de même facture, apparaît sans que personne, je dis bien personne, ne puisse citer un élément qui établisse son historicité.
Ne me dites pas que pour vous, il suffit qu'un quidam à une époque bien postérieure à celle de St Bruno ait publié cette "belle histoire" pour que celle-ci puisse être réputée "sourcée". Si c'est là votre conception de l'histoire, on est mal parti.
N'oubliez pas que l'histoire est une science, certes "humaine", mais tout de même une science. Le mot "histoire" vient du grec "enquête". Lorsqu'on veut établir l'historicité d'un fait, on doit procéder à une enquête sur la base d'une quadruple critique :
Une critique externe qui porte sur le support matériel de la source. Le papier, l'encre, le type d'écriture, etc. doivent correspondre à ceux utilisés à l'époque où le document est censé avoir été produit.
Une critique interne qui porte sur la cohérence du texte, sur le style, sur la présence éventuelle d'anachronismes, sur l'existence de versions multiples du texte et ce que cela peut signifier sur sa genèse.
Une critique de provenance qui porte sur la source et étudie sa crédibilité. L'auteur de la source avait-il un intérêt quelconque à s'exprimer de la manière qu'il l'a fait ? Existent-ils d'autres récits issus de la même source qui permettent de confirmer ou d'infirmer sa fiabilité. Qu'est-ce qui prédisposait ou a pu faire obstacle à ce que l'auteur de la source fût un témoin crédible et objectif des faits qu'il rapporte ?
Une critique de portée : existaient-ils des raisons pour lesquelles l'auteur du récit pouvait craindre d'indisposer le destinataire auquel il s'adressait ? Auquel cas cela a pu influencer le récit.
Et enfin la critique historique exige une comparaison des témoignages qui doivent être pluriels ("testis unus testis nullus") et concordants.
Essayez d'appliquer ces critères à la plus ancienne version de ce récit et livrez-nous le résultat. Jusqu'à présent, tous ceux qui ont pratiqué cet exercice sont parvenus à la même conclusion : ce récit est une pieuse légende.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|