... mais vous ne le posez pas dans les bons termes.
Les prêtres n’ont droit à aucune sexualité active, ce qui est invivable quand on vit dans le siècle. L’Église peut-elle se satisfaire d’imposer une discipline qui fait qu’on ne puisse s’en sortir que par l’hypocrisie ?
Il est évident que la règle du célibat telle qu'elle est vécue aujourd'hui pose problème. Le scandale de la pédophilie, de l'homosexualité endémique et des abus sexuels en général ne sont que la partie émergée de l'iceberg, la réalité est le fait qu'à l'échelle mondiale une énorme partie du clergé (la majorité probablement) ne vit pas la chasteté dans le célibat, avec toutefois des disparités très importantes selon les continents et les cultures.
Il y a donc un réel problème, car l'Eglise ne peut pas continuer à prêcher une vision chrétienne de la sexualité et de la chasteté quand un nombre si considérable de ministres ordonnés ont un comportement à ce point éloigné de la doctrine morale. On ne peut donc plus se contenter de défendre purement et simplement le célibat ecclésiastique dans le contexte actuel, sans à un moment donner accepter de regarder le problème en face et de le traiter
à la racine. Sinon nous sommes inaudibles en donnant l'impression de vivre dans un déni de réalité et l'Eglise n'est tout simplement pas crédible.
Maintenant, la vraie question est la suivante: la règle d'un célibat chaste est-elle réellement
invivable?
Et là, sans même avancer des arguments de nature théologique, il est évident que la réponse est: non, ce n'est pas "invivable".
La preuve, d'abord, c'est que quantité de gens qui ne sont pas clercs et parfois qui ne sont même pas chrétiens arrivent à vivre leur célibat sans se vautrer dans une activité sexuelle déréglée, ni violer la première femme ou le premier enfant croisé dans la rue. Beaucoup parviennent même à le vivre de manière tout à fait sereine, même si évidemment il y a toujours des moments difficiles.
Ensuite, il y a aussi beaucoup de prêtres qui vivent leur célibat dans la chasteté, et qui n'en sont pas moins heureux pour autant. Donc vivre le célibat dans la chasteté, ce n'est peut-être pas
évident, mais ce n'est ni "inhumain" ni "invivable".
La question est donc: pourquoi des scandales aussi massifs dans le clergé?
Et là, on arrive au coeur du problème:
la crise actuelle provient non du célibat en lui-même mais de la manière dont ce célibat est vécu aujourd'hui. Avec les caractéristiques suivantes:
- depuis les années 1960 au moins,
il n'y a que peu voire pas de sélection digne de ce nom des candidats au sacerdoce dans les séminaires (ou alors pas avec les bons critères!). Cela a été aggravé par la crise des vocations qui provoqué l'effondrement de la population sacerdotale; les responsables des séminaires ont donc été moins regardants, d'autant plus qu'il s'agissait davantage de recruter le "personnel" de l'Eglise que de former de bons prêtres. Conséquence: entrée dans le clergé d'un nombre important de jeunes hommes souffrant de graves problèmes de maturité affective et sexuelle (incontinence, tendances homosexuelles), avec parfois des déviances sexuelles graves (pédophilie).
- ensuite, la
formation dans les séminaires était sur la plupart des continents gravement déficiente dans tous les domaines: formation spirituelle et théologique gravement indigente, formation humaine à peu près inexistante, diminution du temps consacré à la vie spirituelle à partir des années 1960, etc).
- enfin,
une fois arrivés dans le ministère paroissial, aucun suivi, aucun accompagnement de la part de la hiérarchie, jeunes prêtres expédiés seuls dans des paroisses isolées, condamnés à une vie quasi érémitique face à des populations indifférentes, au milieu de toutes les tentations du monde et sans aucun soutien spirituel et humain. Beaucoup de prêtres une fois ordonnés ont été littéralement abandonnés à eux mêmes. Or c'est contraire à la nature même du sacerdoce qui est d'être vécu au sein d'un
presbyterium, c'est à dire en communauté.
Vous ajoutez à ces trois points le climat de
laxisme généralisé et d'
impunité systématique qui règne dans l'Eglise depuis les années 1960 (un droit canon qui n'est pas appliqué, des normes liturgiques qui ne sont jamais respectées, une orthodoxie doctrinale dont tout le monde ou presque se moque, un esprit de désobéissance et d'anarchie omniprésent, qui livre les fidèles, et notamment les plus faibles d'entre eux, à l'arbitraire des clercs),
et vous avez tous les ingrédients du cocktail explosif qui a débouché sur la situation où nous sommes.
Le résultat ne pouvait être que catastrophique: un clergé mal sélectionné et mal formé à qui on impose la règle du célibat mais sans lui donner les moyens spirituels et humains nécessaires pour le vivre sereinement dans la chasteté. Le vrai problème est là.
Le célibat des prêtres n’est qu’un aspect de ce défaut d’activité sexuel. Il faut sans doute y mettre un terme. Mais il faut avant tout remédier au « trouble dans le genre » par lequel un prêtre, individu de sexe masculin, est configuré à un Corps, l’Église, entité de sexe symboliquement féminin car épouse du Christ.
C'est une analyse partiellement fausse, dans le sens où elle ne porte que sur une vision très moderne d'un sacerdoce dévirilisé, inexistant avant le XVIe siècle. Toutes les Eglises chrétiennes apostoliques ont exactement la même théologie du sacerdoce, et pourtant les problèmes d'homosexualité endémique ne se rencontrent que dans l'Eglise latine et seulement depuis les années 1960 (ce que même F. Martel reconnaît). Voir à ce sujet ce que j'écrivais
ici.