Pour en accuser réception, je répète d'abord avec vous que les dérives du célibat sacerdotal sont un symptome.
Est-ce que la figure du prêtre célibataire convient encore à la société européenne hypersexualisée d'aujourd'hui? Est-ce que le célibat n'isole pas le prêtre des fidèles qu'il doit reconquérir dans un savant dosage d'assimilation incarnante et de dissemblance édifiante? Le célibat est-il un témoignage à conserver en Europe? Tenir à le conserver n'entretient-il pas l'Européen d'après la psychanalyse dans l'idée que l'Église favorise décidément toujours les névroses et les frustrations sexuelles, mères de toutes les dérives? J'ai tendance à le penser, mais je ne tiens pas plus que ça à me prononcer sur le célibat sacerdotal, qui encore une fois n'est que la partie émergée du problème plus vaste de l'inscription du corps ecclésial dans le genre symbolique de la féminité ecclésiale (même si Meneau trouve que je remets toujours le couvert là-dessus), sans privilège de plus grande appartenance du prêtre au corps ecclésial, je suis d'accord avec vous. Or cette formulation de la féminité symbolique de l'Église est plus sérieuse qu'elle n'en a l'air, car on ne parle que de ça, dans et hors de l'Église, depuis près d'une dizaine d'années, soit depuis l'apparition de la théorie du genre ou des "gender studies", et depuis que s'élèvent en fanfare les revendications ou la propagande LGBT.
Est-ce que la surveillance sociale protégeait mieux les prêtres de jadis d'avoir des vies déréglées, même si tout curé était "empereur en son royaume", tel l'évêque en son diocèse, sans contact obligatoire avec ses confrères? -Aujourd'hui, les contacts sont obligatoires, mais moins cordiaux.- Je veux bien le supposer avec vous. Je ne sais pas, dès lors, si la question porte sur la conviction des chrétiens. Les chrétiens étaient-ils plus convaincus autrefois qu'aujourd'hui ou étaient-ce les sociétés qui demeuraient plus chrétiennes ou étaient moins déchristianisées? Notre conversation prend soudain un tour bernanosien et je sens en écrivant le lointain écho de l'écrivain fulminant exhortant les prêtres à rester des prêtres pour leur paysannerie, leurs braconniers, leurs viveurs de bonne foi et tous ces petits criminels dont le crime n'était que ce qui reluisait de la lame du couteau aux yeux du "saint de Lumbres" qui lisait dans les âmes, l'avers étant la discipline et l'expiation divine. Philippe de Villiers a une autre formule que j'aime bien répéter. Autrefois, les gens avaient moins de mœurs et plus de moralité. Aujourd'hui, nous avons plus de moralité et moins de mœurs. La moraline sans appui doctrinal qui nous sert de morale fait-elle de nous -et des candidats au sacerdoce issus de nos rangs et de notre état de mentalité- de plus mauvais chrétiens? Répondre par l'affirmative serait téméraire. Notre foi a changé de qualité. Autrefois, elle était plus religieuse. Aujourd'hui, elle est plus relationnelle. Ce distinguo offre une variante plus originale que l'éternelle opposition entre vertical et horizontal. Psychologiquement, nous sommes tributaires de l'idée que nous nous faisions du Moyen-Âge comme d'une époque tellement enténébrée ou obscurantiste que nous nous en serions voulu de passer pour des hommes du Moyen-Âge. Les péchés qui nous rattrapent montrent que nous n'en sommes pas si éloignés. Mais ainsi avait-on enseigné l'histoire aux gens de mon âge.
Ne s etrompe-t-on pas, enfin, sur la nature de l'anticléricalisme du XIXème siècle? Pas sûr que tous les anticléricaux, sortis des banquets où ils chantaient "à bas la calote" ou mangeaient gras le vendredi saint, se soient laissés aller à un anticléricalisme grossier dans la sphère intellectuelle. Bloy a beaucoup caricaturé Zola dont la mystique naturaliste ou positiviste, immanentiste au possible, essaie toutefois de tisser un fil ténu entre mystique et fantastique, dans une sorte de nuit de la foi exprimée de façon très contemporaine. Je pense au prêtre de "Lourdes" restant fidèle à son sacerdoce bien qu'il ait perdu la foi. Je pense à l'héroïne du "Rêve". Je pense encore à "La faute de l'abbé Mouret", qui met certes en scène le péché d'un prêtre qui cède à un amour, mais le fait tout en délicatesse.
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