La réponse de Denis Crouan par Candidus 2018-03-05 11:32:21 |
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Sur son excellent site, Denis Crouan répond à la question par laquelle je terminais mon post :
"Il était effectivement prévu par le Concile que le développement de la liturgie en vue de sa restauration se fasse de façon homogène et comme par petites touches ne venant ni ébranler l’édifice liturgique ni désorienter les fidèles. Mais, comme on le sait, les évêques en ont décidé autrement et se sont mis à cautionner des pratiques qui n’étaient en aucun cas voulues par Vatican II. Je me permets de renvoyer ici à mon dernier livre “La grande rupture ou les épreuves de l’après-concile” (éd. Librim-Concept) pour comprendre ce qui s’est fait dans les paroisses et les séminaires où il était interdit - on lit bien : “interdit” - de respecter la liturgie voulue par le Concile et dont le déroulement était précisé, pour ce qui est de la messe, dans le missel romain restauré sur les bases des enseignements conciliaires."
Si je comprends bien la réponse de Denis Crouan, le NOM serait un développement organique du VOM, et ce serait l'application de cette réforme, diligentée par "les évêques", qui en aurait "décidé autrement" en " [cautionnant] des pratiques qui n'étaient en aucun cas voulues par Vatican II".
Cette interprétation des paroles du Cardinal Sarah, même si elle peut s'appuyer sur d'autres déclarations du même cardinal, ne me semble pas aller de soi. D'abord, le cardinal a écrit (et je suppose qu'il a pesé ses mots), "LA RÉFORME LITURGIQUE" et non pas "L'APPLICATION DE LA RÉFORME LITURGIQUE". Ensuite, je ne vois pas comment on peut considérer que le nouvel offertoire, inspiré des bénédictions talmudiques avant les repas, constitue un développement homogène de l'offertoire du VOM.
On peut vérifier la source de l'offertoire du NOM dans un article de la Jewish Encyclopedia, qui présente une liste des "bénédictions prescrites dans le Talmud et adoptées dans la liturgie [juive] ; chacune d'entre elles commençant par la formule : "Tu es béni, O Seigneur, notre Dieu, Roi de l'univers ! "
Contrairement à Denis Crouan, je pense que tous les abus liturgiques qui se sont introduits dans la célébration de la forme ordinaire, n'ont pas pour seule origine la négligence ou la mauvaise volonté des pasteurs et notamment des évêques. Il y a dans le NOM un principe qui explique en grande partie toutes les dérives que nous constatons et que Denis Crouan déplore à longueur de temps : le caractère protéiforme du NOM et la place qu'il accorde explicitement à la subjectivité du célébrant.
Le problème avec ce caractère protéiforme, c’est qu’il existe une loi qui s'applique à tous les rites (cultuels ou culturels), selon laquelle les éléments constitutifs d'un rite tendent à être dévalorisés et négligés, en proportion directe du nombre d'options en vertu desquelles ils peuvent être remplacés ou modifiés.
La dimension sacrée et transcendante d'un rite s'accorde mal avec une place importante accordée à la subjectivité du ministre.
Plus il existe d'options, plus la personnalité du célébrant se sent libérée et autorisée à s'approprier le rite et cela contribue à le désacraliser.
Pour donner un exemple de ce caractère protéiforme du NOM, je citerai l'introït. Le texte officiel du NOM prévoit 30 options (que je suis prêt à citer) pour les premiers instants de la messe, plus une possibilité illimitée d'improvisations de la part du prêtre dans le cadre de sa "monition d'ouverture". Comment voulez-vous que le prêtre ne sente pas sa subjectivité libérée et sollicitée, par cette liberté qui lui est accordée dès les premiers instants de la célébration liturgique ?
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