St Thomas par Meneau 2012-10-01 16:47:55 |
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Commentaire de St Jean 17;21 :
A. LE CHRIST PRÉSENTE SA PRIÈRE
Dans sa prière il demande au Père deux choses pour ses disciples : la perfection de l'unité et la vision de la gloire [n° 2252].
a) Jean 17, 20-21 – La perfection de l'unité.
Concernant le premier point, il demande comme homme la perfection de l'unité. Puis il montre que lui-même comme Dieu leur a donné le pouvoir de parvenir à cette unité [n° 2244].
I
CE N'EST PAS SEULEMENT POUR EUX QUE JE PRIE, MAIS AUSSI POUR CEUX QUI, PAR LEURS PAROLES, CROIRONT EN MOI, AFIN QUE TOUS SOIENT UN. COMME TOI, PÈRE, TU ES EN MOI ET MOI EN TOI, QU'EUX AUSSI SOIENT UN EN NOUS, AFIN QUE LE MONDE CROIE QUE C'EST TOI QUI M'AS ENVOYÉ. (17, 20-21)
Pour ce premier point, il présente ceux pour lesquels il prie, puis dit ce qu'il demande [n° 2237].
CE N'EST PAS SEULEMENT POUR EUX QUE JE PRIE, MAIS AUSSI POUR CEUX QUI, PAR LEURS PAROLES, CROIRONT EN MOI.
2233. Il adresse sa demande pour toute l'assemblée des croyants, et c'est pourquoi il dit : J'ai dit : Garde mes disciples du mal et sanctifie-les dans la venté1 ; mais CE N'EST PAS SEULEMENT POUR EUX QUE JE PRIE, MAIS AUSSI POUR CEUX QUI (...) CROIRONT EN MOI, c'est-à-dire pour ceux dont la foi sera confirmée, et cela PAR LEURS PAROLES, à savoir celles des Apôtres. Et c'est à juste titre qu'il le demande, parce que nul n'est sauvé si ce n'est par l'intercession du Christ. Or ce n'était pas seulement les Apôtres qui allaient être sauvés, mais aussi les autres ; il devait donc aussi prier pour les autres - II a aimé tes pères et il a élu leur descendance après eux2. - Je resterai avec leur descendance, et leur postérité sera un saint héritage3.
1. Jn 17, 17.
2. Dt 4, 37.
3. Cf. Si 44, 11.
2234. Mais on pourrait objecter : il semble qu'il n'ait pas prié pour tous ses fidèles. Car ici il prie pour ceux qui devaient être convertis par les paroles des Apôtres, mais les pères anciens et Jean Baptiste n'ont pas été convertis par leurs paroles. À cela il faut répondre qu'ils étaient déjà parvenus à la perfection ; et, bien que ne jouissant pas de la vision de Dieu puisque le prix n'avait pas été payé, cependant ils avaient quitté la terre avec leurs grands mérites, de sorte qu'aussitôt la porte du Paradis ouverte ils devaient être introduits, et c'est pourquoi ils n'avaient pas besoin de la prière.
2235. Mais on peut encore s'interroger : Qu'en est-il de ceux qui ont cru, non pas grâce aux paroles des Apôtres, mais immédiatement grâce au Christ, comme Paul - Je ne l'ai pas reçu ni appris des hommes ou par l'intermédiaire de l'homme mais par la révélation de Jésus Christ1 -, et le larron en croix2 ? Il ne semble donc pas que le Christ ait prié pour eux.
Voici ce qu'il faut répondre, selon Augustin3 – on dit que, par la parole des Apôtres, croient non seulement ceux qui l'ont entendue d'eux-mêmes, mais aussi tous ceux qui croient grâce à la parole que les Apôtres ont prêchée, qui est la parole de la foi4, appelée parole des Apôtres parce que c'est principalement à eux qu'elle a été confiée et annoncée ; et qui à Paul aussi, comme au larron en croix, a été révélée divinement. Ou bien il faut dire que ceux qui ont été immédiatement convertis par le Christ et grâce au Christ comme Paul et le larron sur la croix, et d'autres s'il y en a, sont comptés dans cette prière que le Seigneur a faite pour ses disciples. C'est pourquoi le Seigneur a dit : ceux que tu m'as donnés5, ou que tu me donneras.
2236. On peut encore se poser la question : Et nous, qui ne croyons pas grâce aux Apôtres ? Mais à cela il faut répondre que, bien que nous n'ayons pas cru grâce aux Apôtres, cependant nous croyons grâce à leurs disciples.
AFIN QUE TOUS SOIENT UN. COMME TOI, PÈRE, TU ES EN MOI ET MOI EN TOI.
2237. Maintenant le Seigneur demande la perfection de l'unité. D'abord il présente l'unité qu'il demande, puis le modèle et la cause de cette unité [n° 2239], et enfin le fruit de cette unité [n° 2241].
AFIN QUE TOUS SOIENT UN.
2238. Il dit donc : Je demande cela AFIN QUE TOUS SOIENT UN. Car, comme le disent les platoniciens6, toute chose tient son unité de ce à partir de quoi elle a sa bonté. En effet le bien est ce qui peut conserver la réalité ; or aucune réalité n'est conservée si ce n'est par le fait qu'elle est une. Et c'est pourquoi le Seigneur, demandant la perfection de ses disciples dans la bonté, demande qu'ils soient un ; ce qui effectivement a été réalisé - Le cœur de la multitude des croyants était un et leur âme une7. - Voyez ! qu'il est bon, qu'il est doux, d'habiter en frères dans l'unité /8
COMME TOI, PÈRE, TU ES EN MOI ET MOI EN TOI, QU'EUX AUSSI SOIENT UN EN NOUS.
2239. Le Seigneur donne ensuite le modèle et la cause de l'unité, en disant : COMME TOI, PÈRE, TU ES EN MOI ET MOI EN TOI – En effet certains sont un, mais dans le ma1. Aussi Dieu ne demande-t-il pas cette unité, mais celle par laquelle les hommes sont unis en vue du bien, c'est-à-dire pour Dieu, et c'est pourquoi le Christ dit : COMME TOI, PÈRE, TU ES EN MOI ET MOI EN TOI, c'est-à-dire qu'ils soient unis de manière à croire en moi et en toi - A plusieurs nous sommes un seul corps dans le Christ1. - Appelés à garder l'unité de l’Esprit, (...) unité qui est un seul Dieu, une seule foi, un seul baptême2. Et en vérité, dans le Père et le Fils qui sont un, nous sommes un : alors que si nous recherchons des choses diverses en croyant et en désirant, notre affection se disperse vers de multiples choses.
1. Ga 1, 12.
2. Voir Le 23, 43.
3. Tract, in Io., CIX, 1, BA 75, p. 131-132. Les divers cas mentionnés par saint Thomas reprennent succinctement ceux que saint Augustin avait notés, ainsi que les explications auxquelles toute l'homélie CIX est consacrée.
4. Voir Rm 10, 8.
5. Jn 17, 12.
6. Aristote, à plusieurs reprises, en évoquant la théorie platonicienne des Idées, montre que les platoniciens identifient parfois l'Un et le Bien. « Même parmi les partisans des substances immobiles, certains assimilent l'Un en soi au Bien en soi » {Métaphysique, N, 4, 1091 b 13-14. Voir aussi Éthique à Eudème, I, 8, 1218 a 15-32). Pour Platon, dit aussi Aristote, « les Idées sont causes de l'essence pour toutes les autres choses, et l'Un à son tour est cause pour les Idées » {Métaphysique, A, 988 a 10-11). Platon développe sa théorie des Idées dans de nombreux dialogues comme La République, Le Timée, Le Phédon. Saint Thomas, lui, a étudié dans un regard critique la convertibilité de l'un et du bien {De veritate, q. 1, a. 1). Ici, en assumant ce regard critique, il montre que tant du côté de la source que du côté des effets, bonté et unité se tiennent, en particulier dans l'Église pour laquelle le Christ prie.
7. Ac 4, 32.
8. Ps 132, 1.
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