Une exigence souple permet une observance rigoureuse et fructueuse sur le temps long. Ce que l’on appelait le jejunium naturale était trop sévère et il n’est pas étonnant qu’il ait débouché, d’abord sur toute une série de dérogations et de dispenses, puis sur un effondrement complet de tout jeûne eucharistique. J’ai effectivement entendu des témoignages sur la rigueur parfois absurde de ce jeûne qui proscrivait même un verre d’eau, même pour les enfants. C’est le meilleur moyen de dégoûter les jeunes des pratiques ascétiques.
C'est tout à fait le contraire.
Vous taxez la pratique de l'Église du jeûne absolu pour la communion (le jeûne naturel, de toute nourriture et de toute boisson, quelque quantité que ce soit, prescrit jusqu'en 1953
sub gravi, rappelons-le) de "rigoriste", alors que c'est cette même pratique qui remonte aux premiers siècles (époque apostolique et post-apostolique), qui a donc fait preuve, et largement, de sa viabilité dans la durée, et qui est encore pratiquée aujourd'hui dans toute sa rigueur par les Orientaux, dont, beau paradoxe, vous nous assénez régulièrement les mérites vis-à -vis d'une décadence occidentale vraie ou fantasmée par vos parti-pris et préjugés.
(Le clergé oriental, soit dit en passant, prêtre et diacre, s'il est marié, est par ailleurs encore sujet à d'autres restrictions d'ordre matrimonial la veille et les jours où ils célèbrent la divine liturgie)
C'est donc précisément l'abolition de la pratique apostolique en 1953 qui a déclenché le dégringolement qui s'est terminé avec la peau de chagrin qu'est le quart-d'heure montinien.
On ne peut pas être "un peu" à jeun, comme on ne peut pas être "un peu" vierge.
On est à jeun, le
jejunium naturale, ou on ne l'est pas.
Mon défunt père, qui était enfant de chœur avant la guerre, nous racontait souvent qu’un matin, alors qu’il se rendait du manoir à l’église, il avait instinctivement mis dans sa bouche un grain de blé qu’il avait ramassé et l’avait avalé.
Bien sûr, il l’a dit au curé. Il a certes été autorisé à servir la messe, mais il n’a pas reçu la communion ce jour-là . Mon pére avait bien appris la leçon pour le reste de sa vie.
Il n'existe pas de
parvitas materiae, de légèreté (petitesse) de la matière, dans le domaine du jeûne eucharistique.
Ainsi, depuis le forfait de 1953, si on ne décide pas pour soi de maintenir l'ancienne pratique (ce que par ailleurs la constitution du pape Pie XII, dans son insondable candeur, appelle de ses vœux), le jeûne eucharistique est de fait aboli, provoquant une avalanche de communions objectivement sacrilèges, couvertes, il est vrai, par le pouvoir des clefs, rarement appliqué avec une telle témérité.
On lit souvent, pas seulement sous la plume des pastoraux, angéliques ou autres, que "l'homme contemporain", ce pauvre chou, est devenu trop "faible" pour ces rigueurs apostoliques, qu'il convient donc de changer. Il ne s'agit plus de conformer l'homme au Christ et à sa doctrine et ses pratiques, mais de faire le contraire. Le résultat est prévisible et éclate sous non yeux.
Ce faux argument me fait bien rire, puisque "l'homme contemporain" est, généralement parlant, de très loin le mieux nourri, le mieux instruit, le mieux soigné et le mieux loti, en comparaison avec ses ancêtres, trop peu délicats sans doute.
Bref, il faut arrêter de raconter des salades.