« Je répète, je sais que le cas chinois vous ennuie et que vous préférez fermer les yeux sur lui malgré sa rigoureuse similarité : la patience romaine n'est pas épuisée depuis 1950-1951.
Pourquoi ce coup de fatigue dans la miséricorde en 2026, alors qu'en Chine notamment un "esprit d'apaisement" (cardinal Parolin, 2024) prévaut en dépit de la "sinisation des cultes" en cours et des multiples écarts constatés malgré l'accord de 2018 ? »
C’est une vraie question et elle mérite une réponse. En ce qui me concerne, l'analogie avec la Chine me semble toutefois inopérante.
D'abord, la FSSPX constitue une question interne à l'Église latine. La présence des communautés traditionalistes au sein même de nombreux diocèses européens et nord-américains a des conséquences immédiates sur la vie ecclésiale. A l'inverse, la situation chinoise relève d'un dossier diplomatique complexe impliquant les relations entre le Saint-Siège et un État souverain. Sans vouloir réduire les choses au proverbe « loin des yeux, loin du cœur », force est de constater que les deux dossiers n'ont pas le même impact concret sur la vie quotidienne de l'Église latine.
Ensuite, parce qu'il s'agit d'un enjeu interne, Rome doit aussi mesurer le signal envoyé à l'ensemble du corps ecclésial. Une solution de type « chinois », consistant à entériner de facto une autonomie acquise par une désobéissance prolongée, créerait un précédent délicat. Comment, dès lors, demander à d'autres courants contestant durablement le magistère romain — qu'ils soient en Allemagne ou ailleurs — de demeurer dans la communion, si l'on donne le sentiment que la persévérance dans la rupture finit par être récompensée ?
Enfin, il existe peut-être une troisième différence. Le traitement des deux dossiers n'emporte pas les mêmes conséquences médiatiques et géopolitiques. Une décision ferme à l'égard de la FSSPX demeure essentiellement une affaire interne à l'Église catholique. Mais un durcissement comparable envers l'Église en Chine aurait des répercussions diplomatiques immédiates avec un État souverain et pourrait fragiliser davantage encore la situation des catholiques chinois. Les marges de manœuvre du Saint-Siège ne sont pas les mêmes.
C'est ici la ligne de fracture essentielle. En Chine, Rome cherche avant tout à préserver une présence catholique dans un environnement politique particulièrement contraignant. Vis-à-vis de la FSSPX, il s'agit aussi de garantir la cohérence de sa discipline et l'autorité du magistère pour l'ensemble de l'Église.
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