Déficiences théologiques de la FSSPX concernant l’épiscopat par Signo 2026-06-19 13:49:12 |
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Je pense que petit à petit, la FSSPX est en train d’adopter une fausse conception de l’épiscopat.
J’en veux pour preuve cette phrase qui m’a un peu choqué dans un article récent du Courrier de Rome. L’abbé Gleize y affirme que « dans la personne de l’évêque qui possède le pouvoir d’ordre en vertu de sa consécration, il n’y a nulle ordination essentielle, nulle exigence, nulle puissance même à un quelconque pouvoir de régence. »
Cette dissociation radicale entre l’épiscopat et la fonction de gouvernement me parait radicalement erronée au regard de ce qu’est l’épiscopat catholique. Il est évident que le munus regendi est une fonction essentielle de l’épiscopat, comme le prouve le rite de consécration épiscopale lui-même, qu’il s’exerce ensuite par l’exercice d’une juridiction ou non.
Je me souviens avoir également entendu dans une de ses conférences Mgr Lefebvre dire qu’un évêque sert d’abord et avant tout « à faire des prêtres », ce qui est pour le moins inexact ou incomplet. Mgr Lefebvre comme tout homme avait ses limites et il arrive à tout le monde de dire oralement des inexactitudes. Mais des limitations théologiques durcies et transformées en doctrine erronée enseignée de manière systématique peuvent avoir des conséquences graves. Cette fausse conception de l’épiscopat, qui il est vrai constitue un durcissement et une systématisation de certaines tendances déjà présentes dans la théologie occidentale préconciliaire, et que Vatican II avec Lumen Gentium a heureusement corrigé, est peut-être une des clés expliquant cette profusion de sacres illicites dans les mouvances radicales issues du lefebvrisme.
Pourtant cette dissociation radicale n’est pas nécessaire pour justifier les sacres. Transmettre une aptitude au gouvernement, ce n’est pas automatiquement transmettre une juridiction. Les quatre évêques qui seront sacrés le 1er juillet recevront bien cette aptitude par leur consécration, mais en s’abstenant de l’exercer, ils manifesteront l’absence de juridiction et donc de situation schismatique. Car c’est bien la prétention à exercer une juridiction en constituant une hiérarchie parallèle à la hiérarchie légitime qui fait le schisme, et non la transmission d’une aptitude que les nouveaux évêques s’abstiendront d’exercer en dehors d’une missio canonica (=juridiction) qui ne peut être conférée que par le pape.
L’idée développée par les opposants aux sacres selon laquelle la transmission de cette aptitude par une consécration effectuée en dehors du mandat romain serait de soi schismatique est contestable et probablement fausse : il faudrait aussi accuser le cardinal Slipyj d’être schismatique, ce qui ne fut pas le cas.
En développant ce raisonnement, aux prémices justes (la consécration confère bien une aptitude au gouvernement) mais aux conclusions contestables voire fausses (la transmission de cette aptitude en dehors du mandat romain est en soi schismatique), les opposants aux sacres sont en train de pousser la FSSPX a l’erreur : celle-ci se voit obligée de nier une vérité pour éviter la conclusion erronée, alors qu’il n’y a pas de lien automatique entre les deux.
Il ne faut pas perdre de vue que l’épiscopat qui sera transmis le 1er juillet n’est pas l’épiscopat dans toute sa plénitude catholique. C’est un épiscopat a minima, par définition anormal, transmis dans un contexte d’urgence et de nécessité, et qui a pour vocation à la régularisation canonique et à la réintégration dans le corps épiscopal universel, dès que les conditions le permettront. La FSSPX doit bien garder cela à l’esprit et éviter, pour justifier une situation d’urgence, d’élaborer une nouvelle (et fausse) conception de l’épiscopat, qui doit toujours se définir à partir de la norme et non à partir de l’exception.
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