Intéressante réponse par Signo 2026-01-23 11:29:02 |
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Qui montre clairement:
- que pour justifier l’injustifiable, à savoir la continuité entre le concile et la liturgie de Paul VI, vous êtes obligé de vous réfugier dans la mauvaise foi (ce que je vais démontrer) en tordant le sens du texte conciliaire pour lui faire dire l’inverse de ce qu’il dit;
- qu’une fois cette pirouette réalisée, vous êtes obligé de vous référer à un texte normatif publié plus de deux ans après la clôture du concile, dans un contexte déjà bien dégradé, et non pas au concile lui-même.
Revenons donc au paragraphe 116 de SC. Votre citation est intéressante parce qu’en mettant en gras « toutes choses égales par ailleurs », et non pas « doit » comme je l’ai fait, vous aboutissez à valoriser l’accessoire pour rejeter l’essentiel de l’affirmation de la phrase au second plan. En effet, une phrase c’est un sujet (le chant grégorien), un verbe (devoir), un complément (être à la première place). En insistant sur le verbe « devoir », j’insiste sur ce qui fait l’essentiel du sens de la phrase. La légère atténuation du « toutes choses égales par ailleurs », dont le sens exact est d’ailleurs sujet à débat, peut être ôtée ou mise entre parenthèses sans rien changer au sens de la phrase. En revanche, si on ôte le « doit », la phrase ne veut plus rien dire. Par conséquent, l’utilisation ici du verbe devoir exprime l’essentiel du sens de la phrase: le grégorien doit être mis à la première place; autrement dit, c’est une prescription contraignante, un principe structurant.
Deuxième remarque concernant le passage qui suit. Il affirme que les autres genres de musique sacrée « ne sont nullement exclus ». Autrement dit: il ne sont pas positivement prescrits, ils sont tolérés, et seulement sous condition (« pourvu qu’ils s’accordent avec l’esprit de l’action liturgique »). Par ailleurs, le passage privilégie la polyphonie (c’est à dire la polyphonie sacrée: concrètement Palestrina, Byrd, etc) dans la mesure où ils permettent la participatio actuosa (c’est à dire effective, intérieure d’abord, recueillie) des fidèles. Les cantiques populaires viennent en troisième et dernière position.
Autrement dit, le paragraphe 116 hiérarchise les genres musicaux: le grégorien d’abord et principalement; à titre de tolérance et en supplément, les autres genres, mais en privilégiant la polyphonie sacrée. Nulle part il n’est dit que les cantiques peuvent remplacer le grégorien et que la polyphonie doit disparaître ; c’est pourtant ce que vous faites dire au texte, évidemment pour justifier ce qui a été permis par la liturgie de 1969, et fait dans la quasi totalité des paroisses.
Par ailleurs, je précise que la relégation du grégorien ne fut pas le résultat d’un manque de moyens, de gens formés, ou de fidèles qui n’arrivaient pas à participer. C’est Paul VI lui-même qui en 1969 a explicitement sacrifié le grégorien, et sur le terrain, on a dissous autoritairement des schola grégoriennes existantes, interdit le grégorien, imposé les cantiques sirupeux, et la liturgie fut bouleversée même dans les cathédrales où il y avait pourtant tout ce qu’il fallait pour respecter les directives claires de SC. La trahison du concile par la réforme liturgique n’est pas une opinion: elle est un fait historique massif, spectaculaire, indiscutable.
Dernier point: vos propos semblent postuler une incompatibilité entre grégorien et participation. On voit là l’idéologie qui vous sous-tend, et qui repose sur une fausse notion de participation, réduite à de l’activisme des fidèles. C’est oublier qu’écouter avec recueillement une pièce grégorienne, c’est aussi une forme participation. Dans la liturgie traditionnelle, il y a une alternance entre les pièces que le peuple peut chanter en alternance avec la schola (les pièces de l’ordinaire) et des pièces chantées par la schola seule (les pièces du propre du jour). Il y a des moments où les fidèles restent immobiles, assis ou debout, et des moments où ils prient corporellement (inclinations, agenouillements, signes de croix, etc). Tout ça c’est la participation. Ce qui est essentiel, c’est que le fidèle s’unisse intérieurement, spirituellement, à l’action liturgique en cours, sans penser à autre chose ou se livrer à des dévotions parallèles. La participation n’a jamais consisté pour les fidèles à tout chanter. On a une belle idée du malentendu à ce sujet avec la traduction française déficiente du terme de participatio actuosa, faussement traduit par « participation active », alors que le véritable sens de « actuosa » serait plutôt « effective », « frémissante », c’est à dire à la fois intérieure et extérieure, une participation d’abord intérieure qui se traduit à l’extérieur.
Je termine par dire que la liturgie décrite dans Sacrosanctum Concilium est exactement celle que je vis tous les dimanches dans ma paroisse VOM: primat du grégorien (ordinaire et propre), maintien du latin comme langue principale, emploi limité du vernaculaire (pour les lectures, certaines oraisons ou bénédictions, pour les scrutins), primat de la dimension contemplative (cf. SC 2), sacralité évoquant la liturgie céleste (cf. SC 8), pleine participation des fidèles qui sont connectés à l’action liturgique à laquelle ils s’unissent par le recueillement et le chant, de temps en temps un peu de polyphonie sacrée, et accessoirement des cantiques populaires. Au contraire, dans 99% des célébrations NOM, la liturgie n’a plus qu’un lointain rapport, voire souvent plus de rapport du tout, avec ce que décrit Vatican II. Et ce avec la bénédiction des évêques qui sont pourtant les premiers à se réclamer du concile… (on se demande bien lequel!)
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