..vous connaissez tout cela mieux que moi, je le reconnais humblement.
Permettez-moi néanmoins d'apporter quelques éléments en réponse à votre message.
Pour rappel à qui l'ignore encore, Mgr Lefebvre présente son séminaire Écône au départ comme la plus stricte application du décret Presbyterorum ordinis (1965) sur la vie et le ministère des prêtres. Monseigneur aurait-il été un "subversif" pour vous Pétrarque ? Sans doute pas donc gare aux outrances, elles reviennent en boomerang.
Au moment où il fonde la Fraternité, c'est à dire en 1970, Mgr Lefebvre se situe dans un après-Concile assez proche, et il n'a pas encore le recul dont il va témoigner ensuite pour analyser tous ses ressorts. Tout en s'appuyant sur
Presbyterorum ordinis, et en s'efforçant de donner à sa fondation toutes les garanties canoniques nécessaires, il est déjà très lucide et critique quant aux manoeuvres dont il a été témoin dans l'
aula, où il a clairement compris les méthodes du clan libéral pour peser sur les débats en faisant cohabiter, dans les textes, des rappels et de larges développements parfaitement traditionnels avec des points d'innovation propres à constituer ultérieurement des outils de légitimation pour les progressistes.
Ceci étant rappelé, et à l'instar d'un abbé Coache à la même époque (par exemple
Vers l'apostasie générale), ses écrits de la période 65-71 (voir ses
Lettres pastorales et écrits) font en effet assez souvent référence au Concile, dans la mesure où le contenu de celui-ci est conforme à la Tradition.
Quelques années plus tard, Mgr Lefebvre tiendra de plus en plus souvent, et publiquement, des propos traduisant l'idée que le Concile a été marqué dès ses débuts par une subversion libérale, dont il donnera plusieurs exemples, tout en ne niant pas le caractère traditionnel de certains textes.
Le point culminant de cette posture affermie est la
Déclaration du 21 novembre 1974, qui est restée - pour reprendre l'expression de Jean Madiran - "
la charte commune du combat traditionaliste" jusqu'en 1988. Ce dernier ajoutait la triple demande, jamais satisfaite par Rome depuis, d'ailleurs : "
Très Saint Père, rendez-nous le catéchisme, l'Ecriture et la messe".
Pour en revenir à Mgr Lefebvre, la publication d'un recueil intitulé à dessein "
J'accuse le Concile" intervient en 1976.
C'est par ailleurs un lieu commun, mais tout dans Vatican II n'a évidemment pas la même valeur, ni la même portée. Mgr Lefebvre le rappelle je crois en 1984 dans la
Lettre ouverte aux catholiques perplexes.
Concernant votre second paragraphe, dont je prends note, je me range à votre connaissance du sujet.
3. l'application est d'abord le fait de la Curie romaine très profondément renouvelée APRÈS le Concile 1966-1969, beaucoup de changements.
Ne passez-vous pas un peu rapidement sur le rôle des évêques, ou plutôt sur celui des conférences épiscopales, organes catalyseurs d'une collégialité dévoyée, qui ont été les accélérateurs de particules du progressisme en promouvant une liturgie déviante, des prières hérétiques ("
de même nature", "
ne nous soumets pas"), des pseudo-catéchismes complètement stériles, et en bénissant au moins tacitement sinon en encourageant dès les années 65-66 des sessions de recyclage (autrement dit d'apostasie organisée) dans tous leurs diocèses ?
"certains points", cela n'est pas la totalité. Loin de là
J'en conviens. Mais regardons autour de nous. Revenons à la réalité.
Quel est le Concile qui a été mis en oeuvre avec acharnement depuis 60 ans, par Rome, par les évêques ?
Le Concile traditionnel, ou celui des 5% ?
Ce sont précisément les 5% en question qui, maximisés, dogmatisés (en fait sinon en droit) et imposés avec une mentalité et des méthodes totalitaires, ont conduit la Sainte Eglise là où elle est rendue.
Je note que le corpus conciliaire est de moins en moins mobilisé
Certes. Vatican II appartient au passé de l'Eglise.
Au plaisir de vous lire, cher Luc.