Hypothèse bien plus simple Et moins alambiquée que le sedevancantisme
Monsieur,
l'explication sédévacantiste de la crise, contrairement à ce qu'il peut vous paraître, est plus concrète que les autres explications car elle se fonde exclusivement sur la foi et la crise en question concerne avat tout la foi.
L'explication sédévacantiste est basée sur la foi non pas, évidemment, parce qu'elle croit que la vacance actuelle du Siège Apostolique est une vérité révélée par Dieu, mais parce qu'en pensant que nous sommes face à un vrai Pape on finit par nier certaines vérités de notre foi.
On ne peut pas croire, pas même un instant, pas même "pour une bonne fin", que l'Église donne du poison à aux âmes de ses enfants et au monde entier. En un mot, qu'Elle détruit la foi catholique, la vie surnaturelle des hommes.
En ce sens, nous pouvons croire que cela est impossible avec la certitude même de la foi.Car si, au contraire, c'était possible, l'Église, la Papauté, notre foi elle-même, n'aurait plus de sens.
Trop souvent dans le traditionalisme, en analysant la crise, on oublie le fond des choses. On se perd dans les pronostics sur les "rapports de force" au prochain conclave, sur la recherche légaliste d'excuses pour résister "aux abus d'autorité", sur le recours à une théologie que, peut-être, même les pires Gallicans n'auraient jamais admis, on s'arrête à réfléchir ce que pourraient être les meilleures conditions pour un accord avec la Rome moderniste. Et la simplicité de la foi est laissée de côté.
On voudrait faire entrer l'Église dans des espaces incompatibles avec sa nature, par la peur désordonnée des conséquences qu'auraient des conclusions adhérant à la réalité.
On contemple la grande apostasie du monde chrétien, mais on oublie qu'une si grande dévastation ne peut avoir qu'une cause proportionnée.
Avec Mgr Schneider et Mgr Viganò, une vieille conviction de beaucoup de traditionalistes, qui concerne la désobéissance à l'autorité, le "devoir de désobéir", est récemment revenue à la mode.
La réfutation de cette conviction par le père Guérard Des Lauriers, il y a de nombreuses années, est emblématique de la façon dont les arguments apparemment abstraits des sédévacantistes sont au contraire très concrets et visent le coeur des choses, et comment, par contre, celles apparemment concrètes de nombreux traditionalistes sont complètement évanescentes.
À propos du "devoir de désobéir" le père Guérard observe [le texte concerne le sens de la désobéissance face à la promulgation du Novus Ordo Missae (1969) et symétriquement, même si implicitement, le sens de l'obéissance due à l'autorité de l'Église dans l'acte par lequel Elle donne aux fidèles un Ordo Missae]:
On allègue: «Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes» [Actes 5, 29]. La formule fait choc, elle rencontre d'ailleurs la connivence du volontarisme; mais elle ne rend raison de rien, et elle se néantise dans la contradiction. Car l'opposition entre «Dieu et les hommes» est privée de sens, s'il s'agit d'un homme à qui Dieu donne d'exercer un pouvoir dont Lui-même, acte par acte, Se porte garant. Or tel est bien le cas pour la promulgation d'un ordo missae faite à l'Eglise catholique. De soi, un tel acte ressortit au Magistère infaillible ordinaire, dans l'ordre pratique. Désobéir à l'Autorité lorsque celle-ci pose un tel acte, ce serait, de soi, désobéir à Dieu; et ce ne serait pas «désobéir aux hommes pour obéir à Dieu». (R.P. M.L. Guérard des Lauriers o.p., Cahiers de Cassiciacum - Etudes de sciences religiueuses, I, Nice, 1979, pp. 26-28).
Peu de choses, parmi les actes accomplis par l'Église, sont aussi grandes et importantes pour la foi que celui de donner aux fidèles un Ordo Missae.
Or, si la foi exprimée par le Novus Ordo Missae est incompatible avec la foi catholique (comme le soutenait Mgr Lefebvre et comme Mgr Viganò et d'autres le soutiennent aujourd'hui), comment est-il possible que cet Ordo Missae procède de l'Église?
En hypotèse, c'est
rien de moins que l'Église qui donne à ses fidèles
rien de moins que la Messe.
Et quel sens aurait-il de croire que nous pouvons désobéir à l'Église qui a promulgué cet Ordo Missae, étant donné qu'au moment même où nous admettons la possibilité de cette désobéissance, nous affirmons la nocivité et donc l’absurdité de l'Église?
Cordialement