Version française... par Fenestri 2020-05-08 17:21:36 |
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Tout le monde n'étant pas bilingue et parce qu'il serait dommage de passer à côté du texte pour cette raison... (la traduction se trouve en deux clics)
Il existe évidemment une version française de l'Imitation de Jésus-Christ, qui accompagna un nombre incalculable de catholiques francophones. Si ma mémoire est bonne, sainte Thérèse de Lisieux appréciait beaucoup cet ouvrage.
Voici le texte en français :
2.Et encore: Les jugements du Seigneur sont vrais et se justifient par eux-mêmes. Il faut craindre mes jugements et non les approfondir, parce qu'ils sont incompréhensibles à l'intelligence humaine. Ne disputez pas non plus des mérites des saints, ne recherchez point si celui-ci est plus saint que cet autre, ni quel est le plus grand dans le royaume des cieux. Ces recherches produisent souvent des différends et des contestations inutiles: elles nourrissent l'orgueil et la vaine gloire, d'où naissent des jalousies et des dissensions, celui-ci préférant tel saint, celui-là tel autre, et voulant qu'il soit le plus élevé. L'examen de pareilles questions, loin d'apporter aucun fruit, déplaît aux saints. Car je ne suis point un Dieu de dissension mais de paix, et cette paix consiste plus à s'humilier sincèrement qu'à s'élever.
3.Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une affection plus vive pour quelques saints que pour d'autres; mais cette affection vient plutôt de l'homme que de Dieu. C'est moi qui ai fait tous les saints, moi qui leur ai donné la grâce, moi qui leur ai distribué la gloire. Je sais les mérites de chacun: je les ai prévenus de mes plus douces bénédictions. Je les ai connus et aimés avant tous les siècles: je les ai choisis au milieu du monde et ce ne sont pas eux qui m'ont choisi les premiers. Je les ai appelés par ma grâce; je les ai attirés par ma miséricorde, et conduits à travers des tentations diverses. J'ai répandu en eux d'ineffables consolations: je leur ai donné de persévérer et j'ai couronné leur patience.
4.Je connais le premier et le dernier et je les embrasse tous dans mon amour immense. C'est moi qu'on doit louer dans tous mes saints, moi qu'on doit bénir au-dessus de tous et honorer en chacun de ceux que j'ai ainsi élevés dans la gloire et prédestinés, sans aucun mérites précédents de leur part. Celui donc qui méprise le plus petit des miens n'honore pas le plus grand parce que j'ai fait le petit et le grand. Et quiconque rabaisse quelqu'un de mes saints me rabaisse moi-même et tous ceux qui sont dans le royaume des cieux. Tous ne sont qu'un par le lien de la charité; ils n'ont tous qu'un même sentiment, une même volonté, et sont tous unis par le même amour.
5.Et ce qui est plus parfait encore, ils m'aiment plus qu'ils ne s'aiment, plus que tous leurs mérites. Ravis au-dessus d'eux-mêmes, au-dessus de leur propre amour, ils se plongent et se perdent dans le mien et s'y reposent délicieusement. Rien ne saurait partager leur coeur ni les détourner vers un autre objet; parce que, remplis de la vérité éternelle, ils brûlent d'une charité qui ne peut s'éteindre. Que les hommes ensevelis dans la chair et ses convoitises, les hommes qui ne savent aimer que les joies exclusives, cessent donc de discourir sur l'état des saints. Ils retranchent et ils ajoutent suivant leur inclination, et non pas selon que l'a réglé la Vérité éternelle.
6.En plusieurs c'est l'ignorance, et surtout en ceux qui, peu éclairés par la lumière divine, aiment rarement quelqu'un d'un amour parfait et purement spirituel. Une inclination naturelle et une affection toute humaine les attire vers tel ou tel saint; et ils transportent dans le ciel les sentiments de la terre. Mais il y a une distance infinie entre les pensées des hommes imparfaits et ce que la lumière d'en haut découvre à ceux qu'elle éclaire.
7.Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur ces choses qui passent votre intelligence; travaillez plutôt avec ardeur à obtenir une place, fût-ce la dernière, dans le royaume de Dieu. Et quand quelqu'un saurait qui des saints est le plus parfait et le plus grand dans le royaume céleste, que lui servirait cette connaissance, s'il n'en tirait un nouveau motif de s'humilier devant moi et de me louer davantage ? Celui qui pense à la grandeur de ses péchés, à son peu de vertu, qui considère combien il est éloigné de la perfection des saints, se rend plus agréable à Dieu que celui qui dispute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire. Il vaut mieux prier les saints avec larmes et avec ferveur et implorer humblement leurs glorieux suffrages, que de chercher vainement à pénétrer le secret de leur état dans le ciel.
8.Ils sont heureux, contents; qu'avons-nous besoin d'en savoir plus, et n'est-ce pas assez pour réprimer tous nos vains discours ? Ils ne se glorifient point de leurs mérites parce qu'ils ne s'attribuent rien de bon, mais qu'ils attribuent tout à moi, qui leur ai tout donné par une charité infinie. Ils sont remplis d'un si grand amour de la Divinité, d'une joie si surabondante que, comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut manquer à leur félicité. Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes, et leur humilité me les rend plus chers et les unit plus étroitement à moi. C'est pourquoi il est écrit qu'ils déposaient leurs couronnes au pied du trône de Dieu, qu'ils se prosternaient devant l'Agneau, et qu'ils adoraient Celui qui vit dans les siècles des siècles.
9.Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume de Dieu, lesquels ignorent s'ils seront dignes d'être comptés parmi les derniers. C'est déjà quelque chose de grand d'être le plus petit dans le ciel, où tous sont grands, parce que tous seront appelés et seront en effet les enfants de Dieu. Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux tandis que le pécheur, après une longue vie, ne trouvera que la mort. Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le royaume des cieux, ils entendirent cette réponse: Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera petit comme cet enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux.
Source
Et pour ceux que ça intéresse, la version versifiée par Pierre Corneille (je joins tout le chapitre 58) :
Qu’il ne faut point vouloir pénétrer les hauts mystères, ni examiner les secrets jugements de Dieu.
N’abuse point, mon fils, de tes foibles lumières
jusqu’à vouloir percer les plus hautes matières,
jusqu’à vouloir entrer dans les profonds secrets
de l’inégal dehors de mes justes décrets ;
ne cherche point à voir quelle raison pressante
fait que ma grâce agit ou paroît impuissante,
est avare ou prodigue, abandonne ou soutient ;
n’examine jamais d’où ce partage vient,
ni pourquoi l’un ainsi languit dans la misère,
et que l’autre est si haut au-dessus du vulgaire :
il n’est raisonnement, il n’est effort humain
qui puisse pénétrer mon ordre souverain,
ni s’éclaircir au vrai par la longue dispute
d’où vient que je caresse ou que je persécute.
Quand le vieil ennemi fait ces suggestions,
qu’un esprit curieux émeut ces questions,
au lieu de perdre temps à leur vouloir répondre,
lève les yeux au ciel, et dis pour les confondre :
" Seigneur, vous êtes juste en tous vos jugements,
la vérité préside à vos discernements,
et l’équité qui règne en vos ordres suprêmes
les rend toujours en eux justifiés d’eux-mêmes :
qu’il leur plaise abaisser, qu’il leur plaise agrandir,
on doit trembler sous eux, sans les approfondir,
et jamais sans folie on ne peut l’entreprendre,
puisque l’esprit humain ne les sauroit comprendre. "
Ne t’informe non plus qui des saints m’est aux cieux
le plus considérable ou le moins précieux,
et ne conteste point sur la prééminence
que de leur sainteté mérite l’excellence.
Ces curiosités sont autant d’attentats,
qui ne font qu’exciter d’inutiles débats,
enfler les cœurs d’orgueil, brouiller les fantaisies,
jusqu’aux dissensions pousser les jalousies,
lorsque de part et d’autre un cœur passionné
à préférer son saint porte un zèle obstiné.
Les contestations de ces recherches vaines
ne laissent aucun fruit après beaucoup de peines :
ce n’est que se gêner d’un frivole souci,
et l’on déplaît aux saints quand on les loue ainsi.
Jamais avec ce feu mon esprit ne s’accorde :
je suis le Dieu de paix, et non pas de discorde ;
et cette paix consiste en vraie humilité,
plus qu’aux vaines douceurs d’avoir tout emporté.
Je sais qu’en bien des cœurs souvent le zèle imprime
pour tel ou tel des saints plus d’ardeur et d’estime ;
mais cette ardeur, ce zèle, et cette estime enfin,
partent d’un mouvement plus humain que divin.
C’est de moi seul qu’au ciel ils tiennent tous leur place :
je leur donne la gloire, et leur donnai la grâce ;
je connois leur mérite, et les ai prévenus
par un épanchement de trésors inconnus,
de bénédictions, de douceurs toujours prêtes
à redoubler leur force au milieu des tempêtes.
Je n’ai point attendu la naissance des temps
pour chérir mes élus, et les juger constants.
De toute éternité ma claire prescience
a su se faire jour dedans leur conscience ;
de toute éternité j’ai vu tout leur emploi,
et j’ai fait choix d’eux tous, et non pas eux de moi.
Ma grâce les appelle à mon céleste empire,
et ma miséricorde après moi les attire ;
ma main les a conduits par les tentations ;
je les ai remplis seul de consolations ;
je leur ai donné seul de la persévérance,
et seul j’ai couronné leur humble patience.
Ainsi je les connois du premier au dernier ;
ainsi j’ai pour eux tous un amour singulier ;
ainsi de ce qu’ils sont la louange m’est due ;
toute la gloire ainsi m’en doit être rendue ;
ainsi par-dessus tout doit être en eux béni,
par-dessus tout vanté mon amour infini,
qui pour montrer l’excès de sa magnificence,
les élève à ce point de gloire et de puissance,
et sans qu’aucun mérite en eux ait précédé,
les prédestine au rang que je leur ai gardé.
Qui méprise le moindre au plus grand fait outrage,
parce que de ma main l’un et l’autre est l’ouvrage :
on ôte à leur auteur tout ce qu’on ôte à l’un ;
on l’ôte à tout le reste, et l’opprobre est commun.
L’ardente charité qui ne fait d’eux qu’une âme
les unit tous entre eux par des liens de flamme :
tous n’ont qu’un sentiment et qu’une volonté ;
tous s’entr’aiment en un par cette charité.
Je dirai davantage : ils m’aiment plus qu’eux-mêmes ;
ravis au-dessus d’eux vers mes bontés suprêmes,
après avoir banni la propre affection,
ils s’abîment entiers dans ma dilection,
et de l’objet aimé possédants la présence,
ils trouvent leur repos dans cette jouissance.
Rien d’un si digne amour ne les peut détourner ;
rien vers d’autres objets ne les peut ramener :
l’immense vérité dont leurs âmes sont pleines
par sa vive lumière entretient dans leurs veines
et de la charité l’inextinguible feu,
et de toute autre ardeur un constant désaveu.
Que ces hommes charnels, que ces âmes brutales
qui leur osent donner des places inégales,
ces cœurs qui n’ont pour but que les plaisirs mondains,
cessent de discourir de l’état de mes saints.
L’ardeur qu’ils ont pour eux, ou foible, ou véhémente,
au gré de son caprice ôte, déguise, augmente,
sans consulter jamais sur leur félicité
la voix de ma sagesse et de ma vérité.
L’ignorance en plusieurs fait ce mauvais partage
qu’ils font entre mes saints de mon propre héritage,
surtout en ces esprits foiblement éclairés,
qui de leur propre amour encor mal séparés,
ont peine à conserver dans une âme charnelle
une dilection toute spirituelle.
Le penchant naturel de l’humaine amitié
de leur zèle imprudent fait plus de la moitié :
comme ils n’en forment point que leurs sens n’examinent,
ce qui se passe en bas, en haut ils l’imaginent,
et tel que sur la terre en est l’ordre et le cours,
tel le présume au ciel leur aveugle discours.
Cependant la distance en est incomparable,
et pour les imparfaits est si peu concevable,
que des illuminés la spéculation
n’atteint point jusque-là sans révélation.
Garde bien donc, mon fils, par trop de confiance,
de sonder des secrets qui passent ta science ;
ne porte point si haut ton esprit curieux,
et sans vouloir régler le rang qu’on tient aux cieux,
réunis seulement tes soins et ta lumière
pour y trouver ta place, et fût-ce la dernière.
Quand tu pourrois connoître avec pleine clarté
quels saints en mon royaume ont plus de dignité,
de quoi t’en serviroit l’entière connoissance,
si tu n’en devenois plus humble en ma présence,
et si tu n’en prenois une plus forte ardeur
à publier ma gloire, et bénir ma grandeur ?
Vois ton peu de mérite et l’excès de tes crimes ;
et si tu peux des saints voir les vertus sublimes,
vois combien tes défauts et ton manque de soin
de leur perfection te laissent encor loin :
tu feras beaucoup mieux que celui qui conteste
touchant leur préférence au royaume céleste,
et sur l’emportement de son esprit malsain
du moindre et du plus grand décide en souverain.
Oui, mon fils, il vaut mieux leur rendre tes hommages,
les yeux baignés de pleurs implorer leurs suffrages,
mendier leur secours, leur offrir d’humbles vœux,
que de juger ainsi de leurs secrets et d’eux.
Puisqu’ils ont tous au ciel de quoi se satisfaire,
que les hommes en terre apprennent à se taire,
et donnent une bride à la témérité
où de leurs vains discours va l’importunité.
Les saints ont du mérite, et n’en font point de gloire ;
ils ne se donnent point l’honneur de leur victoire :
comme de mes trésors tout leur bien est sorti,
et que ma charité leur a tout départi,
ils rapportent le tout au pouvoir adorable
de cette charité pour eux inépuisable.
Ils ont un tel amour pour ma divinité,
un tel ravissement de ma bénignité,
que cette sainte joie en vrais plaisirs féconde,
qui toujours les remplit et toujours surabonde,
par un regorgement qu’on ne peut expliquer,
fait que rien ne leur manque, et ne leur peut manquer.
Plus ils sont élevés dans ma gloire suprême,
plus leur esprit soumis se ravale en lui-même,
et mon amour par là redoublant ses attraits,
le plus humble d’entre eux m’approche de plus près.
Aussi devant l’éclat qui partout m’environne
l’écriture t’apprend qu’ils baissent leur couronne,
qu’ils tombent sur leur face aux pieds du saint Agneau
qui daigna de son sang racheter le troupeau,
et qu’ainsi prosternés ils adorent sans cesse
du Dieu toujours vivant l’éternelle sagesse.
Plusieurs veulent savoir ce que chaque saint vaut,
et qui d’eux tient au ciel le grade le plus haut,
qui sont mal assurés s’ils pourront les y joindre,
et s’ils mériteront d’être reçus au moindre.
C’est beaucoup de se voir le dernier en un lieu
où tous sont grands, tous rois, tous vrais enfants de Dieu.
Le moindre y vaut plus seul que mille rois en terre,
et l’orgueil de cent ans frappé de mon tonnerre
n’a de part qu’au séjour de l’éternelle mort
qui du plus vieux pécheur doit terminer le sort.
Ainsi je dis moi-même autrefois aux apôtres :
" Si vous voulez au ciel être au-dessus des autres,
sachez qu’auparavant il faut se convertir,
qu’il faut s’humilier, qu’il faut s’anéantir,
se ranger aussi bas que cette foible enfance
qui vit soumise à tous par sa propre impuissance :
autrement, point d’accès au royaume des cieux.
Oui, ce petit enfant qui se traîne à vos yeux
de votre humilité doit être la mesure :
rendez-vous ses égaux, ma gloire vous est sûre ;
l’amour vous y conduit, et l’espoir, et la foi ;
mais le plus humble enfin est le plus grand chez moi. "
Voyez donc, orgueilleux, quelle est votre disgrâce :
bien que le ciel soit haut, la porte en est si basse,
qu’elle en ferme l’entrée à ceux qui sont trop grands
pour se pouvoir réduire à l’égal des enfants.
Malheur encore à vous, riches pour qui le monde
en consolations de tous côtés abonde !
Les pauvres entreront, cependant qu’au dehors
vos larmes et vos cris feront de vains efforts.
Humble, réjouis-toi ; pauvres, prenez courage :
le royaume du ciel est votre heureux partage ;
il l’est, si toutefois dans votre humilité
vous pouvez jusqu’au bout marcher en vérité.
Source
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