Mgr Lantheaume: "on a fait l'application d'une interprétation du Concile, mais pas du Concile lui-même" par Signo 2015-09-05 13:21:37 |
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Monseigneur, nous venons de fêter les cinquante ans du Concile de Vatican II. Pourtant, le pape a dû reconnaître que « c’est le vide qui s’est propagé ». Comment cela se fait-il ? Quelle est votre analyse de la réception du Concile en France ?
L’amer constat d’un vide dans l’Eglise en France, suite aux cinquante ans du 2ème Concile du Vatican est un fait incontournable. Il faudrait être vraiment stupide ou de mauvaise foi pour ne pas le constater. Mais la question qu’on doit se poser est tout autre : à quoi cela est-il dû ? Est-ce dû au concile en lui-même ou bien à une interprétation fausse qui en est faite ? Avant de répondre, il faudrait se rappeler que « partim convenit, partim non convenit », le Concile de Trente a exigé plus d’un siècle avant d’être appliqué, car il devait non seulement être approuvé par les Parlements de France mais ensuite être diffusé et appliqué !
Donc, pour ce qui nous concerne, nous avons encore cinquante ans devant nous ! Et même si les moyens du XXème siècle sont certes différents de ceux du XVIème, force est de constater qu’on en est « au début », et que le 2ème Concile du Vatican n’a pas encore été tout à fait « compris », car souvent peu appliqué dans certains endroits. On s’aperçoit au fil des réactions, qu’il n’a pas été lu et encore moins étudié. Ignoré par ceux qui le critiquent dans un sens ou dans l’autre, le Concile demeure une « inconnue » pour beaucoup de chrétiens qui n’en perçoivent que des apriori ou des idées reçues. On a fait l’application d’une « interprétation » du concile, mais pas du concile lui-même. A cela il faut ajouter une tendance dénoncée par le Pape : celle de l’herméneutique de la rupture. Certains font naître l’Eglise au moment du Concile, d’autres la font disparaître à la même époque.
Une saine compréhension du concile voulait au contraire qu’on le considérât dans la continuité de ce qui précède, notamment des dispositions des autres Conciles Œcuméniques, dans un ensemble de traditions ecclésiales et de la Tradition ininterrompue au fil des siècles. Or, certains ne voient dans le 2ème concile du Vatican que des « germes » d’hérésies, notamment dans la définition de la « liberté religieuse ». Encore une fois, là aussi, il faut avoir recours à la pensée analogique. Il faut tenir pour répondre à cette critique, que l’enseignement des papes a toujours été circonstancié, il s’inscrit dans la réalité d’une époque : la liberté religieuse d’aujourd’hui n’est pas celle – plus violente et plus philosophique – du XIXème siècle ; le concept, l’objet en sont radicalement différents ; la liberté religieuse envisagée par les papes du XIXème siècle, menacée de toute part à l’époque, n’a jamais été celle à laquelle les Pères du 2ème Concile Vatican II ont réfléchi ; d’autre part, en aucun cas le 2ème concile du Vatican n’a admis ni adopté le « syncrétisme » sous le nom de ‘la liberté religieuse’, ce serait un contre-sens !
le Concile de Trente a exigé plus d’un siècle avant d’être appliqué
Alors, si le « vide s’est propagé » c’est précisément sur la base d’une mauvaise, voire fausse interprétation du Concile, et d’une application approximative où le « relativisme religieux » devint l’instrument de lecture d’un texte ignoré des principaux protagonistes ! Si seulement l’on s’en était tenus à la « lettre du concile », aux normes et aux dispositions juridiques telles qu’elles furent rédigées et votées, comme cela s’est opéré dans de nombreux pays (mais pas en France), les fidèles n’auraient jamais été troublés par les inventions des protagonistes de « l’esprit du concile » … ! Finalement ce syncrétisme tant décrié par des détracteurs fixistes du concile n’est autre que le résultat d’une fausse interprétation donnée par les tenants de « l’esprit du concile ». Il est donc intéressant de constater que les détracteurs du Concile sont tombés dans le piège de leurs pires ennemis, puisqu’ils ne retiennent du texte qu’une interprétation fausse ou relativiste!
Aux États-Unis ?
Les Etats-Unis n’ont pas été épargnés par des conséquences regrettables dues à une fausse interprétation des textes du 2ème Concile du Vatican ; mais les catholiques américains ont dépassé ce stade, leur générosité et leur sens du sacré ont été conservés et ils connaissent aujourd’hui un « renouveau » qui est à la fois paisible et fécond. Ce renouveau s’inscrit aussi dans ‘l’herméneutique de la continuité’ comme l’a si bien défini le Pape Benoît XVI.
On doit noter aussi que dans les années post-conciliaires, la piété ‘tridentine’ (et pas seulement la messe) n’a pas disparu totalement aux Etats-Unis. Or donc, là où cette piété a été éradiquée dès la mise en œuvre des textes conciliaires (dans des pays comme la France, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Belgique) la réception du concile s’est très mal passée, les réactions furent très vives et les fidèles déstabilisés. Pourquoi ? Parce qu’aux fidèles, l’on a dit faussement qu’avec le concile il fallait « tout changer ». Cela n’était pas vrai ; Vatican II n’a jamais demandé de « tout détruire », de « tout remplacer », de tout supprimer. Si le 2ème concile du Vatican a demandé de « revoir » ou de « revisiter » la piété populaire de jadis par exemple, il ne s’agissait pas de la supprimer. En revanche, dans la pratique, l’on est donc passé d’un extrême à un autre… !
Vatican II n’a jamais demandé de « tout détruire », de « tout remplacer », de tout supprimer.
La piété tridentine dans d’autres pays a cependant été observée, continuée, entretenue. Dans ces pays la réception du « novus ordo » n’a posé aucun problème par voie de conséquence. Elle a permis une réception normale et équilibrée de la Réforme prévue par le même Concile. Aux Etats-Unis, comme en Espagne ou dans les pays de l’Est, cette piété populaire n’a jamais véritablement complètement disparu, mais en France elle a été méprisée, désacralisée, destituée et supprimée : il fallait faire « table rase ». Ainsi, en France, avec la parution du « Novus ordo », on chassa en même temps toute une piété populaire qui privait ainsi les fidèles de leurs « pratiques pieuses » et les laissait impuissant devant un « vide » d’absence réelle. Or, cette piété constituait l’écrin renfermant la force nécessaire pour les fidèles d’accepter avec douceur et fermeté, les changements nécessaires que désiraient les pères du Concile. Si la France et certains clercs de notre pays avaient été plus « humbles » dans l’application du Concile, nous n’aurions pas eu tous ces problèmes, ni même une réaction extrême, dans l’autre sens. Si les savants théologiens avait cherché d’abord le « sensus ecclesiae » et l’amour de l’Eglise, avant celui de l’originalité ou de l’invention et donc de dire n’importe quoi, nous n’aurions pas connu l’échec ! C’était dans l’humilité de l’obéissance amoureuse qu’il fallait appliquer les dispositions du Concile, et non pas en se livrant à cette prétention toute française et orgueilleuse qui consiste à vouloir être ‘original’ et interpréter les textes jusqu’à en dénaturer le sens! La « ratio legis » du Concile a été ignorée à souhait, et l’on en paie les conséquences !
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