Je n'ai pas dit... par Signo 2014-12-28 20:16:37 |
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... qu'il n'y a pas d'abus en Italie!
Ce que je dis, c'est que la crise liturgique a atteint un niveau de radicalité extrême seulement en France. Ailleurs, les abus ont existé, parfois même ils ont été nombreux, mais globalement les dégâts ont été limités dans le temps et dans l'espace. Ce n'est pas un hasard si c'est en France que Mgr Lefebvre a eu le plus de succès: les fidèles qui l'ont rejoint l'ont rejoint d'abord à cause de la liturgie, parce que les abus devenaient insupportables, ce qui semblait lui donner raison quand il disait que le Concile était une "oeuvre de Satan". Les questions dogmatiques ont été pour la plupart secondaires, et je pense que si la réforme avait été appliquée correctement, très peu de fidèles l'auraient suivi. D'ailleurs, ont a vu que dès qu'il y a eu une possibilité de rejoindre Rome en gardant le VOM, une grande partie des fidèles de Mgr Lefebvre l'ont fait...
Le fait que le NOM soit synonyme de créativité pour les gens aujourd'hui ne signifie pas qu'il promeuve réellement une telle créativité, et de fait les textes du Concile et du Missel de 1969 sont très clairs à ce sujet: la créativité n'est pas permise.
En revanche, c'est vrai, le nouveau rite donne plus de souplesse (trop à mon avis).
En fait, je pense qu'il faut bien essayer de comprendre ce qui s'est passé:
Le VOM était régi par des règles (les fameuses rubriques)qui décrivaient minutieusement le moindre geste du prêtre, et ce jusqu'à l'absurde (j'ai lu des exemples assez hallucinants, en effet) ce qui fait qu'au final, très peu de place était laissé à la prière, notamment intérieure. En outre, le rite était très rigide: un prêtre isolé avec une poignée de fidèles dans une petite église d'une région rurale déchristianisée devait célébrer exactement de la même manière qu'un évêque dans sa cathédrale disposant de tous les moyens (chantres, schola etc), y compris les rites assez compliqués du Triduum Pascal. Cela était dû au fait, comme vous l'avez dit, que le Missel de St-Pie V avait été publié pour codifier et par-là uniformiser la liturgie dans l'Eglise latine, d'où l'importance (excessive) des rubriques pour que la messe soit très exactement célébrée partout de la même manière.
Au moment du Concile, les catholiques et les Pères conciliaires étaient conscients de cette excessive rigidité, mais en voulant régler ce problème ils sont tombés (ce qui arrive souvent quand on veut réagir à un abus) dans l'excès inverse, qui consiste à donner des directives tellement vagues et si peu de règles précises que cela revient de facto à encourager la créativité du célébrant. Comme l'unité de la liturgie semblait alors évidente, on ne s'est pas intéressé aux risques relatifs à cette question.
Il y a un autre problème: dans les années 1950, apparemment, tout allait bien dans l'Eglise: séminaires plains, clergé abondant, fidèles massivement présents aux offices, processions nombreuses etc. Il y avait en outre une assez grande effervescence intellectuelle dans certains milieux catholiques. Du coup les responsables de l'Eglise se sont dit: "Bon, visiblement tout va bien, les fidèles sont de grands garçons et de grandes filles, ils savent maintenant tous lire et écrire (je caricature), donc on va les considérer comme tels et leur accorder plus de liberté et assouplir les règles héritées du Concile de Trente."
Ce qu'ils n'avaient pas compris, c'est que l'apparente forte pratique était liée, surtout dans les campagnes, à une forme de conformisme social plus qu'à des convictions réelles et solides. C'est ce qui explique -entre autres- l'effondrement de la pratique dans les années 1970-1980, quand les gens ont commencé à céder aux mirages de la société de consommation. Ça, je l'ai constaté dans ma propre famille, comme tout le monde d'ailleurs. J'appelle d'ailleurs votre attention sur le fait que ce sont les régions les plus pratiquantes dans les années 1950 (en gros, l'Ouest avec la Bretagne, la Vendée, et l'Est, avec notamment l'Alsace et la Lorraine) qui sont aujourd'hui les plus délabrées proportionnellement à leur situation préalable. Vous ajoutez à ça le fait que avant le Concile, il n'y avait pas à proprement parler de formation et d'explication de la nature de la liturgie dans les séminaires (il était demandé seulement d'obéir docilement aux rubriques sans les comprendre); que la réforme a malencontreusement rencontré tout le mouvement de mai 68, et vous avez le cocktail dévastateur qui a tout détruit depuis 40 ans...
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